
Par Jeanne Doré , PoisonFlower le 08 novembre 2008
Marque : Guerlain
Année : 1989
Genre : Féminin
Créé par : Jean-Paul Guerlain
Style: opulent
Famille: Orientale
Note des visiteurs :
(18 avis)
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par jerryb, le 8 novembre 2008 à 17:14
J’ai peur que le débat éternel sur "Guerlain, d’hier, d’aujourd’hui et de demain" soit de nouveau lancé ! Pitié... non !!!! On en a déjà tellement débattu qu’il faudrait presque créer une rubrique spéciale ! An tout cas, c’est bon de ressentir Samsara grâce à vos avis. Hélas, même si ce parfum est encore une très belle évocation de l’idée de départ véhiculée par le spot joint, je crains qu’il ait du mal a trouver sa place aujourd’hui. Surement trop puissant, trop typé en parfum de jour, il reste parfait pour le soir, mais pour qui ? Je ne crois pas qu’il soit passé de mode, mais madame tout le monde préfèrera sans doute une nouveauté plus tendance et l’élite a surement oublié Guerlain, devenu trop "popu". Espérons que cet article permettra au concept Samsara de retrouver un public, au titre d’un vrai Guerlain comme Chamade ou l’Heure Bleue qui semblent connaitre une nouvelle jeunesse "vintage" !
réponse de La Dogaresse, le 9 novembre 2008 à 15:22
Heureusement qu ’il y a encore des femmes qui ont envie de sentir la femme plutot que ces parfums juveniles plus roses bonbon les uns que les autres ! Samsara est probablement le dernier des grands Guerlain ; j ’ai beaucoup aime vos descriptions a toutes les deux, en revanche il faut savoir qu ’il a ete reformule avec du santal indien et sythetique a cause de la decision des autorites indiennes d ’exporter du santal de Mysore (l ’extrait original en utilisait 30% !).
par tambourine, le 13 février 2009 à 14:10
samsara... c’est marrant j’ai toujours du mal à le reconnaître et pourtant je me souviens bien de son empreinte olfactive, c’est très paradoxal.. Pour moi c’est avant tout le parfum de ma maman (avec à l’époque Paris, comme beaucoup, et jardins de bagatelle) bien qu’elle lui préfère aujourd’hui Après L’ondée.
Je ne sais pas, je le trouve assez digne des guerlain, pour les années 90 en tout cas. A mes yeux Guerlain a vraiment perdu son âme lorsqu’est sorti Insolence. Mais Samsara est un bel héritage de Guerlain adapté aux année 90 je trouve... mais pour le coup je manque peut-être d’objectivité.. en tout cas c’est bien dommage qu’il soit délaissé et oublié aujourd’hui, car même, si comme bcp je lui préfère dix foix l’Heure bleue et shalimar etc.., ça reste quand même un beau parfum par rapport à ce qui est globalement proposé aujourd’hui.
par tambourine, le 8 juin 2009 à 16:06
Jeanne, (oud ’autres personnes) que pensez-vous de chamade ?
réponse de zab63, le 13 juin 2009 à 17:45
TAMBOURINE, Méchant Loup donne une excellente description de "Chamade" sur "Olfactorum" . J’adore ce parfum, à la fois fleuri, boisé, "baumé", vanillé, avec une note verte en tête. Il m’a toujours paru étrange, séduisant et extrêmement sensuel. Je me le suis offert en extrait et quand je le porte, j’ai l’impression d’aller " un peu trop loin" .
par zab63, le 13 juin 2009 à 18:06
Rectificatif : la description de "Chamade" dont je parlais est sur "My Blue Hour", et je suis désolée pour cette erreur. Pardon, donc, à la rédactrice de ce blog. Cela dit, Méchant Loup a peut-être lui-aussi décrit ce parfum ... vraiment "vintage" et vraiment moderne.
réponse de clochette, le 13 juin 2009 à 23:43
Bonsoir Zab, the blue hour, c’est justement le blog de Tambourine ! C’est drôle que vous lui ayez conseillé son propre article !
par zab63, le 14 juin 2009 à 13:59
Ah vraiment, je ne suis pas très douée, et je ne sais plus où je vais... enfin, ce n’est pas si grave, l’important, c’est que Tambourine sache que j’aime "Chamade", et que sa description me plaît ! Mais quand même ... heureusement que vous êtes là, Clochette !
réponse de clochette, le 15 juin 2009 à 00:35
Mais non, pas de quoi être embarassée, c’était plutôt drôle et sûrement flatteur pour elle !
par germanomio, le 24 juillet 2009 à 16:19
inconditionnel, mais critique, de Guerlain, je trouve les notes de Samsara saturées jusqu’à en être écœurantes trop c’est trop ! je crois que Luca Turin parlait à sa sortie d’une "Ode aux matières synthétiques" ou quelque chose d’approchant je me demande quel genre de femmes peut porter encore ce parfum (j’ai en tête l’image d’une grande bourgeoise qui "cocotte"...)
réponse de Céa, le 28 juillet 2009 à 19:26
MOI ! J’ai 25 ans et pas grand chose à voir avec une bourg’ qui cocotte (je ne le prends à titre personnel, loin de là, mais l’expression m’a amusée) !
Plus sérieusement, je comprends très bien qu’on ne le supporte pas, il ne passe pas inaperçu et puis on associe souvent un parfum aux personnes de notre entourage qui le portent même si ce n’est pas exhaustif, pour ne pas dire réducteur. Ce qui fait son charme c’est justement son coté overdosé et sur-puissant très 80’s mais je suis une inconditionnelle du genre (Coco, Poison, Opium...). Je le trouve très élégant et j’aime beaucoup ce contraste entre les notes jasminées capiteuses et le crèmeux du bois de santal omniprésent. Il évolue peu mais il est riche et faceté. Il est très Guerlain, finalement plus pour son caractère affirmé et controversé que pour sa composition.
Enfin, bref, c’est un de mes parfums préférés et je tacherai de le décrire un peu mieux une prochaine fois (là c’était pas terrible mais c’est les vacances !). Fashionista, accro aux escarpins vertigineux, oui, mais "bourg’ qui cocotte" quand même je ne me voyais pas comme ça ! ;)
par Claudie, le 22 août 2009 à 16:08
Bonjour, je viens de découvrir ce site, par l’intermédiaire de Samsara, si on veut. En effet, j’ai découvert ce parfum quand j’avais 15 ans et depuis, "il me trotte dans la tête" (j’ai 33 ans). J’y reviens toujours, avec l’espoir de pouvoir un jour me l’offrir et, enfin, le porter... A la lecture de vos messages, je remarque que Shalimar revient souvent comme référence. C’est en effet un très bon parfum mais, personnellement, je le trouve plus lourd et rond que Samsara qui me ravit toujours, même après plusieurs jours, par son fond piquant voire pétillant. Après, tout ceci reste propre à chacun, chacune, avec tous les aspects personnels et affectifs qui manquent rarement d’être rattachés à un parfum, tant l’odorat est un sens particulièrement en lien avec tout ce qui touche les émotions, les souvenirs... A bientôt ! Pensées parfumées à vous toutes...
par zab63, le 4 janvier 2010 à 21:31
Je n’ai pas aimé "Samsara" à sa sortie, et aujourd’hui, il me réconforte, me dynamise, m’encourage... surtout par temps froid. Etonnant, ce changement de point de vue... Je comprends donc qu’on puisse le trouver lourd, écoeurant, etc. Je me souviens également de la campagne de pub à son lancement et, en effet, ce parfum n’a pas été conçu dans le même "esprit" que les Guerlain précédents mais ... je le trouve malgré tout original, et très réussi. D’après mes lectures, "Jardins de Bagatelle" serait le dernier parfum Guerlain créé "à l’ancienne" , avec prise de risque.
par Jeanne Doré, le 7 janvier 2010 à 20:38
Bonsoir Zab, vous avez donc du partager nos deux “visions” différentes de ce parfum ! C’est vrai que Jardin de Bagatelle est sans doute le dernier qui ait cette petite touche “Guerlinesque à l’ancienne”, bien que plutôt inscrit dans son époque, avec son bouquet de fleurs blanches épicées, qui ne plait pas à tout le monde non plus !
par Jicky, le 14 mai 2010 à 22:42
Sachez tout d’abord que Samsara c’est le parfum de ma mère, un parfum que je porte moi-même de temps en temps sur mon écharpe (règle n°1 : toujours avoir une écharpe sur soi), et qu’il fait partie des pionniers de mon intitiation au parfum.
Conclusion : mon avis ne sera aucunement objectif et bien loin des querelles sur l’identité de Guerlain.
A vrai dire, je m’en moque un peu, je suis né avec Samsara, j’ai grandi avec Samsara et je vis avec Samsara. Qu’importe la pub des années 80, le marketing, la mode : aujourd’hui, Samsara n’est plus comme ça, il est connu des initiés Guerlain, apprécié de tous en tant que tel et non pour sa communication. Pour moi, votre débat s’arrête là, j’y suis même un peu froid. Mais c’est parce que c’est pas de ma génération.
Pour clore cette déviation, une petite phrase de Oscar Wilde : "Le seul charme du passé c’est qu’il est passé".
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Samsara, en fait rien que le nom fait rêver. Le côté orientalisant, il révèle tout le parfum : la douceur du "s", la veloupté du "m" et la magie du "a".
Le parfum s’ouvre avec une onctuosité rare : les notes hespéridées sont là, mais aucunement agressive, juste très discrètes, très en retrait histoire de te répéter "eh eh ! attend voir ce qui arrive". Ce qui arrive ensuite, c’est pour moi une note de thé. Un thé vert assez fumé, infusé de tanin, un Darjeeling magnifié. Je le vois sans tasse, juste cet océan de thé avec une feuille verte majestueuse se laissant couler sur le flot. L’infusion s’intensifie dans le temps, comme si elle se fumait. On peut imaginer une baisse d’intensité, mais au moment où la bougie semble s’éteindre, le jasmin arrive.
J’ai appris le jasmin avec Samsara. Il apparait dans toute sa noblesse devant cette Sémélée que je suis, abasourdi. il est velouté comme du coton, il régule peu à peu le thé intense de la tête, offre un accord très charnel. Il est inevisageable à mes yeux de sentir Samsara sur papier. Non. Savourer ce mélange de fleurs intensément poudrées, évoquant une écharpe rouge et dans un camaïeu de marron. Des lèvres sublimes d’un carmin profond, accrocheur et liant une intimité parfaite. Je sens aussi du ylang-ylang très solaire, un peu comme beaucoup de parfum du même acabit que Songes de Goutal ou même Mahora de Guerlain. Là où L’Heure Bleue évoquait ce ciel dont entre soleil et étoiles, Samsara pourrait évoquer le crépuscule brûlant, ardent. Un océan de puissance, recelant toute l’énergie accumulée en un jour, sous l’oeil attentif du Soleil, qui se met en retrait. La nuit commence où la femme Samsara peut s’épanouir et aller jusqu’à ce Nirvana tant rêvé.
Et il est vrai que tout doucement apparaît l’iris. On extrait l’essence d’iris de sa racine. On obtient alors une essence très poudrée, typée, assez crémeuse parfois que l’on appelle aussi "beurre d’iris". Or, dans Samsara, j’ai l’impression de sentir une fleur d’iris. J’ai grandi avec beaucoup d’iris car mes parents ont toujours aimé cette fleur. Petit, je mettais mon nez dans ces grandes plantes imposantes, inodores pour les adultes. Mais moi je m’imaginais un petit monde remplit de choses en sentant cette fleur. Samsara me rappelle cette enfance bénie, où je m’inventais des histoires de fleurs. Il y en a une qui m’a particulièrement marqué et que je vais prendre la peine de dévoiler. C’était l’histoire d’un géant amoureux d’une iris violette. Mais devant le refus de la belle il devint fou et mangea des bébés crocodiles sous l’emprise de la tristesse. Dans le ventre du géant, les crocodiles découvrent un monde remplit de tristesse devant cette incapacité à aimer : des petits glacons avec des jambes qui pleurent de petites larmes d’amour (c’est cette image qui m’a marquée ! Faudrait que vous soyez dans ma tête pour voir ce que je ressens !). Ces petits glaçons pleurent des larmes d’une beauté infinie, qui au final coulent des yeux du géant et tombent délicatement près de l’iris, formant une petite mare irisée de couleurs rouges et profondes issue des entrailles du géant. C’est là que je situe Samsara, dans un monde remplit de peur, de tristesse mais aussi d’amour, de joie, de couleur. L’infine océan de douleur, mais les fleurs chatoyantes et cette odeur maternelle enivrante.
Le fond vient tout en douceur, il découle sans rebondissement grotesque. Inévitable. Le santal a toujours était omniprésent dans la création, sous la forme de l’aspect fumé du thé, de la douleur du géant et de l’iris. Dans le fond il est maître du délicat. C’est un boisé intense, noir, ocre, rouge, où s’allie une vanille imparable, très Guerlain dans son exploitation. Mais je sens aussi la fève tonka, qui apporte un accord millésimé au fond. Le thé se pare de nouvelles facettes gustatives entre la force du bois, l’intensité de la vanille et la chatoyance de la fève. Intemporel, unique, c’est une sorte d’apothéose de la parfumerie. On sent une maitrise parfaite de la composition avec la maturité d’un cuir léger et d’une Guerlinade mystérieuse et femme fatale, telle qu’elle était dans entre la tête et le coeur. Rouge à lèvre, robe du soir, nuit profonde avec pour seule visibilité un sillage magnifique.
Samsara c’est une facette importante de ma personnalité forgée dans ma plus tendre enfance baignée d’imagination. Ce que n’a pas Insolence, étant donné que je l’ai découvert bien plus tard, lui qui m’a révêlé concrétement la parfumerie. Samsara c’est une évolution très personnelle. On peut hésiter à parler de ses histoires, celles que l’on s’inventait tout enfant, car elles peuvent paraître absurdes aux yeux des autres aujourd’hui et que l’on ne peut recréer la poésie de l’image que l’on s’est créé. Mon avis peut paraître totalement inadapté, ce que je conçois, mais c’est ma vision maternelle d’une identité à part entière, bien loin des querelles sur "Guerlain d’hier et d’aujourd’hui"
Je vais finir là aussi par une citation de Jean Anouilh : "Avec un peu d’imagination, on peut très bien vivre toute sa vie en un soir"
Vive l’odorat !
réponse de dreamparfum, le 1er juin 2010 à 23:18
C’est vrai que le nom fait rêver, moi aussi j’adore. Et très beau flacon aussi. Puis c’est vrai que comme tu dis, on s’en moque de savoir comment il a été lancé, ce n’est pas ça le plus important, mais c’est ce que l’on ressent dès qu’on le met. Le passé c’est le passé. Aujourd’hui, il a surement trouver des adeptes et rencontré un certain succès. Je ne sais pas si c’est autant que les anciens Guerlain, si il fait partie des très grands Guerlain, mais je suis persuadé qu’il a du mérite, que c’est un parfum rare lui aussi, vu qu’il est encore dans les grandes parfumeries après pratiquement 21 ans d’existence, ça ne doit pas être pour rien. Mais comme je l’ai dit plus bas, je l’ai senti rapidement et donc je n’ai pas eu le temps de bien le définir. Il faut dire que j’en avais senti près de 10 avant et que mon odorat avait certainement le tournis. Mais je ne tarderais pas à donner un avis précis et définitif.
par dau, le 15 mai 2010 à 07:39
Il m’a plutôt laissé un bon souvenir ce Samsara. Oui, c’est peut-être pas très Guerlain, dans la mesure ou ça manque d’enrobage, mais à l’époque, ces notes aussi nettes, ça ne se faisait pas trop, il prenait le risque d’une surdose comme on en a vu beaucoup depuis. Ce n’est pas vraiment mon santal préféré, mais avec sa belle tenue, son sillage, il était très aisément identifiable avec un coté masculin/féminin très marqué et pas déplaisant du tout. Moi, je trouvais ça plutôt bien de la part de Guerlain, d’innover, d’essayer autre chose plutôt que se reposer sur ses lauriers et nous vendre une soupe « tradition » toujours un peu la même et sans imagination. Heureusement que l’Heure Bleue ne ressemble pas à Jicky et que Vol de Nuit n’est pas un copié-collé de Shalimar ! Pour moi, Samsara, c’était plutôt retour aux sources, après l’eau de toilette jeune fille Jardins de Bagatelles, on en revenait ou parfums pour femmes qui se font remarquer dans la rue, embaume toute une pièce (sont insolente ?) etc. Oui, ça fait peut-être bourgeois puisque ce sont de jolies matières un peu précieuses. Et c’est un peu cocotte puisque clairement, avec Guerlain, on est toujours un peu dans la séduction. Tant mieux !
Je ne trouve pas que ce soit une réussite absolue et il me donne invariablement la migraine mais je ne peux pas m’empêcher de penser que les jugements sont un peu durs parce qu’il est signé Guerlain. Et que tous, il y a toujours un Guerlain que nous avons tant aimé…
par dreamparfum, le 1er juin 2010 à 23:05
Je lui met 2 pour l’instant car je l’ai senti vite, je ne me suis pas attardé dessus, et c’est pour cela que j’ai du mal à le décrire olfactivement. Je dirais au premier abord que c’est un parfum puissant et très oriental. C’est vrai qu’il a été malheureusement lancé à l’aide du marketing, vu la concurrence élevée, mais je ne peut m’empêcher de penser que le flacon et la pub sont plutôt bien réussis, et j’espère que le parfum aussi. Le flacon est très beau, il reflète bien les couleurs de l’orient, et la pub met en avant une femme élégante, habillé d’une belle robe rouge, et d’une féminité comme il est dit affirmée mais sans excès. Mais je ne saurais dire si il fait partie des grand Guerlain, pour l’avoir senti sans m’y être attardé. il faut que je le ressente plusieurs fois, que je m’attarde dessus pour pouvoir donner un avis précis et définitif. Je verrais donc bien, selon les avis partagés de Jeanne et de Poison Flower si je suis pour ou contre. Mais à mon avis il doit rencontré assez de succès, avoir trouvé des adeptes. Peut être pas autant que les plus anciens Guerlain mais quand même. Car après pratiquement 21 ans d’existence, si il se trouve encore dans les grandes parfumeries, ce n’est pas pour rien je pense.
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[Le pour et le contre]
Une fois n’est pas coutume, vous aurez droit à deux avis pour ce parfum ! Un de nos fidèles internautes, Poison Flower s’est prêté au jeu de l’écriture, et nous livre sa vision de Samsara, qui diffère quelque peu de celle de Jeanne... Et vous, vous en pensez quoi ?
L’avis de Poison Flower
[En route vers le Nirvana]
Samsara fut en quelque sorte mon passeport pour la galaxie Guerlain, un sésame sous la forme de la première publicité du parfum, que j’ai découverte vers 1990/1991 au hasard de recherches d’images dans des magazines pour le cours d’arts plastiques.
Quasiment d’emblée, tout m’a attiré dans ce que proposait la marque au travers de ce visuel. Déjà, le nom Guerlain résonnait dans mon esprit comme un synonyme de distinction suprême et de bon goût. Et puis il y avait ce slogan mystérieux, "A l’aube du troisième millénaire, la femme se réincarne en Guerlain", aussi intrigant que le nom du parfum, aux sonorités venues d’ailleurs.
Il y avait enfin cette femme à la beauté et à l’allure sereines, derrière laquelle on pouvait deviner les tentures luxueuses d’un palais oriental. A la manière d’une offrande, elle tenait entre ses mains le précieux flacon. Pour l’anecdote, sa robe drapée rouge était tellement mise en avant, que je me suis demandé un certain temps si Guerlain en plus d’être parfumeur, n’était pas également une marque de haute-couture à l’image de Saint-Laurent ou de Chanel !
Le parfum en lui-même, je ne l’ai respiré que deux ou trois ans plus tard, grâce à la miniature d’extrait. Et là, dans la continuité de ce que la publicité m’avait fait ressentir, j’ai été subjugué. De ce tout petit flacon émanait en effet une senteur infiniment suave et envoûtante, qui semblait exhaler en son cœur une odeur montante de fleur exotique et précieuse. Divin.
Le départ hespéridé se distingue de celui des grands Guerlain, en ce sens que les agrumes sont moins là pour distiller leur fraîcheur que pour empêcher quelques secondes le reste de la composition d’"exploser", car on rentre rapidement dans le vif du sujet et le parfum reste quasiment le même du début à la fin de son évolution. Après les notes de tête donc, extrêmement fugaces, tout arrive très vite, cœur et fond semblant entremêlés : les fleurs capiteuses (jasmin, ylang-ylang) ourlées discrètement d’une note verte, les notes poudrées, vanillées, balsamiques (vanille, iris, benjoin, fève tonka), le tout dominé par le bois de santal qui procure à l’ensemble une odeur onctueuse aux relents de lait de coco et de caramel.
Tout cela fait de Samsara un oriental fleuri et boisé d’excellente facture, chaleureux et enveloppant, puissant et tenace, tout en étant d’une grande subtilité, qui diffuse un magnifique sillage doux et féminin. Il s’inscrit naturellement dans la plus pure tradition Guerlain avec ses accords poudrés et vanillés, qu’il renouvelle toutefois en mettant à l’honneur le santal, ce qui annonce en quelque sorte les notes boisées, féminines et sensuelles, des années 90 de parfums comme Féminité du Bois, Angel ou Dolce Vita.
Pour tout dire, Samsara me fait penser à deux autres grands succès orientaux des années 80. Sa facette florale et poudrée me rappelle en effet quelque peu le côté fleur exotique, entêtante et vanillée de Loulou, en beaucoup plus raffiné bien sûr ! Et son murmure vert me paraît en outre légèrement "réminiscent" de Must.
En 1989, je pense que le pari pour Guerlain a été avec Samsara de proposer un nouveau grand parfum féminin capable de rivaliser avec la popularité de Shalimar et qui inscrirait le nom du parfumeur de nouveau dans l’actualité, puisque le dernier gros succès en date remontait sans doute à Chamade, lancé vingt ans plus tôt. Pour ce faire, Jean-Paul Guerlain a repris la recette inaugurée par son grand-père, soit un cocktail oriental de notes hespéridées, boisées, poudrées et vanillées. L’originalité a été d’accentuer le côté boisé, avec en contrepoint un accord fleuri assez prononcé, pour ainsi donner naissance à une composition certes dans la lignée de Shalimar, mais bien plus douce et subtile, et séduire au final aussi bien les fans du parfum de 1925 que celles qui le trouvaient un brin too much. Car si Shalimar est un peu le grand jeu selon Guerlain (ne s’agit-il en effet pas de "s’afficher Shalimar" ?), Samsara constitue une alternative moins "rentre-dedans". En cela, la publicité dont je parlais, qui montrait une féminité affirmée mais sans excès, était une parfaite illustration du parfum et de celles qu’il était censé attirer.
J’ai parfois l’impression que Samsara est considéré avec un peu de dédain par certain(e)s inconditionnel(le)s de Guerlain, car ce fut le premier parfum de la marque lancé à l’aide du marketing. Pourtant, le travail d’élaboration d’une imagerie accompli pour Samsara a été exemplaire. La communication, le flacon, le nom, tout était très cohérent et prolongeait admirablement la fragrance et l’histoire du célèbre parfumeur.
Le mot Samsara, qui vient du sanscrit et désigne le cycle des naissances et des renaissances menant normalement au Nirvana, est une autre référence implicite à Shalimar, dans la mesure où ce dernier avait déjà emprunté son nom à cette même langue. Et si l’Inde était la toile de fond de ce dernier, Samsara poursuit quant à lui le voyage jusqu’au Cambodge, comme en témoigne le flacon, très original, qui emprunte ses courbes à une statue khmère du Musée Guimet à Paris et dont la teinte rouge sombre est symbole d’Orient. A l’arrivée, le concept de Samsara, empreint de spiritualité et de plénitude, annonce le retour à des valeurs moins superficielles et matérialistes que celles véhiculées dans les années 80 et que Trésor sera le premier à mettre en scène dès 1990 à l’échelle des parfums de luxe.
Pour moi, Samsara est un formidable oriental et un grand Guerlain, que je situerais entre la sensualité ambrée et vanillée de Shalimar et la douceur florale et boisée de Chamade. Les années passant, il devrait enfin accéder au statut de parfum culte, c’est du moins tout le mal que je lui souhaite. Dommage en tout cas que la marque ait cessé d’en faire toute promotion presse ou télé depuis plusieurs années, car tout en étant très Guerlain, il est tout à fait accessible et demeure ainsi toujours à même de conquérir un large éventail de femmes...
L’avis de Jeanne
[Sacré santal]
Jusqu’en 1989, Guerlain était une maison qui fonctionnait encore “à l’ancienne”. Si lorsque le parfumeur créait un parfum, on le trouvait bon, on lui trouvait un nom et un flacon, on le mettait sur le marché, s’il marchait, tant mieux, et sinon, on le retirait des ventes.
Compte tenu de la concurrence accrue et l’internationalisation de la parfumerie en cette fin des années 80, Guerlain fit pour la première fois la démarche inverse, aujourd’hui généralisée pour la plupart des grandes marques (hélas !) : le marketing définit le concept de Samsara, basé sur une envie du moment d’exotisme et de spiritualité inspirée du sud-est asiatique, et Jean-Paul Guerlain dut interpréter cette image en parfum. Ce fut également la première fois que le parfumeur maison fut mis en compétition avec d’autres parfumeurs externes, afin de le motiver à faire le meilleur parfum !
Ce sont deux matières d’origine asiatique et considérées là-bas comme sacrées qui furent choisies pour former le squelette du parfum : le santal, bois crémeux et fumé, utilisé ici en surdose, et le jasmin, fleur exotique, opulente et sensuelle. Ce duo, qui constitue la véritable empreinte olfactive du parfum, s’accompagne toutefois de quelques notes de rose, de narcisse, d’iris, de fève tonka et de vanille. Cette touche de “guerlinade” est ici apportée de façon si extrêmement discrète que Samsara n’est souvent pas considéré comme dans la lignée des “vrais” Guerlain, et je partage plutôt cet avis.
Avec sa vocation de vouloir plaire dans tous les pays, à d’autres femmes que les adeptes de Shalimar ou de L’Heure Bleue, Samsara représente exactement ce que Guerlain voulait qu’il soit : un produit à la mode, donc démodable, olfactivement imposant et monolithique, au succès international et qui fit entrer la marque dans la nouvelle ère de la parfumerie, soumise corps et âme au roi marketing.