
Par PoisonFlower le 10 janvier 2012
Marque : Estée Lauder
Année : 1952
Genre : Féminin
Créé par : Ernest Shiftan - Joséphine Catapano
Famille: Orientale
Note des visiteurs :
(20 avis)
par PoisonFlower, le 11 janvier 2012 à 00:41
Vous avez bien fait d’ajouter la photo de la publicité, Jeanne. J’avais d’ailleurs hésité à poster un lien pour la visualiser ou bien à vous demander de l’incorporer à l’article.
Je l’avais trouvée sur ce site : http://www.paperpursuits.com/advaul...
Si vous êtes à la recherche de publicités américaines de parfums, maquillage, mode, accessoires, visite obligatoire !
par zab63, le 11 janvier 2012 à 09:59
Souvent considéré comme l’ancêtre d’Opium, lui, au moins, ne semble pas avoir subi de reformulations sauvages. Je trouve la comparaison avec le Coca très pertinente. J’ai toujours associé YOUTH DEW au rhum et au pain d’épices. Pas du pain d’épices trempé dans du rhum, non :plutôt une rasade de rhum d’abord, et du pain d’épices ensuite.Il faut noter également sa ténacité qui aujourd’hui pourrait paraître excessive à beaucoup de gens que j’ entends d’ici s’ exclamer : "Ouh, lala, c’est fort !" avec un mouvement de recul. Car la discrétion est à la mode, semble-t-il. Pour parler familièrement, je dirais que le "light" plaît beaucoup, mais qu’un parfum "hard" peut faire un bien fou.YOUTH DEW est un tonique, un élixir sur la bouteille duquel il vaudrait mieux inscrire "Ne pas avaler".Un incontournable.
réponse de Patrice, le 11 janvier 2012 à 10:41
Et d’ailleurs, Azurée (également de Lauder), sent réellement le Coca !!!
Bel article PoisonF. Bravo et merci !
réponse de PoisonFlower, le 12 janvier 2012 à 19:32
Voilà qui m’intrigue ! D’après ce que j’ai lu, ce serait une version plus fraîche du thème chypré cuiré développé dans Cabochard et Aramis, les trois parfums ayant en commun d’avoir été créés par Bernard Chant. Vous parlez bien du premier Azurée (1969) ?
En 2012, il faut que je me débrouille pour pouvoir le sentir, tout comme Aliage, Aramis 900 (dérivé d’Aromatics elixir) et Devin (dérivé d’Aliage).
Déjà, je viens de récupérer un échantillon de J.H.L. Je vais donc enfin pouvoir évaluer par moi-même comment il se situe par rapport à Youth-dew et Cinnabar ! ^^
J’ai toujours beaucoup aimé les Lauder, mais je suis encore plus fasciné par la marque depuis que je sais qu’elle n’a pas hésité à réutiliser des formules de ses parfums féminins pour créer des masculins de la gamme Aramis.
Je ne sais pas si le groupe avait ou non en tête de décomplexer les hommes qui appréciaient Aromatics elixir ou Cinnabar sans oser les porter en leur en proposant des déclinaisons masculines, parfois à peine modifiées, mais je trouve cette démarche, en plus d’être maline (à partir d’une même formule, sortir à la fois un féminin et un masculin, ça doit quand même avoir une certaine rentabilité !), très révélatrice quant au fait qu’une fois de plus preuve est donnée que les parfums n’ont décidément pas de sexe, si ce n’est celui que les marques décident de leur attribuer plus ou moins arbitrairement, sur l’emballage ou au travers de la communication faite autour. Mais ça, je ne l’apprends à personne sur auparfum !
Et merci pour le compliment. ;-)
réponse de Patrice, le 12 janvier 2012 à 20:15
C’est intéressant cette reprise des formules féminines pour les passer dans une autre marque mais dans des jus masculins !
Pour Azurée, c’est bien la version de 1969 dont je parle, oui ! Et nous avons été plusieurs à constater cette odeur flagrante de soda !
Je connais fort mal les Lauder (je sais, je devrais aller me cacher !), mais après avoir senti Azurée et Private Collection de 1973, je vais plus m’y intéressé maintenant !
réponse de PoisonFlower, le 16 janvier 2012 à 00:48
En parlant d’Opium, je pense que s’il n’avait pas existé, Cinnabar n’aurait sans doute jamais vu le jour non plus.
En effet, Lauder avait déjà modulé la formule de Youth-dew en lançant Soft Youth-dew en 1977. En ce qui concerne l’année de sortie, je me fie à une publicité de magazine actuellement en vente sur ebay.
Si l’on s’en tient à la présentation du concept de Soft Youth-dew sur cette même publicité, il s’agissait d’une déclinaison très proche de l’original, qui avait simplement pour but de l’adoucir : "Everything that made Estée Lauder’s original fragrance so unforgettable is still here. It is all just a little s-o-f-t-e-r."
Mais c’est alors qu’Opium fait son apparition la même année et l’énorme succès qu’il remporte ne peut qu’agacer Mrs. Lauder, qui trouve que sa composition orientale épicée s’inspire d’un peu trop près de son Youth-dew.
La guerre est donc en quelque sorte déclarée et elle riposte en sortant Cinnabar en 1978, l’année du lancement d’Opium sur le sol américain.
Comme Saint Laurent n’a pas hésité à marcher sur ses plates-bandes au niveau de l’idée générale de la composition, elle ne va pas hésiter non plus à reprendre un concept oriental et à adopter une teinte proche du vermillon emblématique des conditionnements d’Opium pour habiller et emballer le flacon de Cinnabar. Il n’est pas dit qu’elle ne fera pas tout pour contrer un maximum le succès de ce "Youth-dew à gland" dans son propre pays !
Au niveau du parfum en lui-même, elle retravaille, peut-être par manque de temps, la formule de Soft Youth-dew. Ce qui est sûr, c’est qu’elle entend bien rappeler au monde entier que la spécialiste des orientaux épicés, c’est elle et personne d’autre !
Le plus étonnant dans tout cela reste le texte accompagnant ce qui semble être la première publicité de Cinnabar (à voir ici : http://www.paperpursuits.com/advaul...), qui explique très clairement et sans vergogne qu’il ne s’agit finalement que d’une nouvelle version de Soft Youth-dew dans un bel emballage rouge : "Cinnabar is the new 80’s version of Soft Youth-dew, Estée Lauder’s great fragrance classic. She warms it with deep spice-notes and wraps it in rich Cinnabar Red. Discover this new opulence now."
réponse de lolo, le 16 janvier 2012 à 15:56
Toutes ces informations sont intéressantes, merci de nous en faire part. Je n’ai pas souvenir du soft Youth Dew ! le premier je l’ai porté, mais m’en suis vite lassée ...là je viens de racheter CINNABAR effectivement étrangement parent avec le premier OPIUM, mais aussi avec NOIR EPICES. Je trouve que les Lauder ne s’affadissent pas : bcp de tenue et de présence. Une gamme très variée, aucun ne ressemble. J’en suis fan depuis longtemps.
réponse de dominique, le 16 janvier 2012 à 16:21
En effet ! J’ai aussi porté Opium, je continue de trouver la gamme de bain splendide, mais le nouveau flacon n’est pas top dans un sac et la formule connait la même crise que les produits financiers ...
J’ai abordé Youth Dew du temps de Amber Nude, un bel été (voir nos discussions sur les parfums muy caliente) et je le retrouve toujours avec plaisir. Il glisse le long de mon cou, ou s’échauffe sous mon pull, parfois additionné d’une large pulvérisation de Patchouli de Réminiscence ou d’eau de toilette Coco (j’aime "signer" en mixant les parfums).
Et à ce prix là, il faut ne surtout pas s’en passer.
Très heureux qu’il ait ses adeptes et que le groupe Lauder le maintienne à un bon niveau de qualité et de distribution.
réponse de lolo, le 16 janvier 2012 à 17:20
WOUAHHHOUHHH... il glisse le long de mon cou... très sensuel votre commentaire !
réponse de dominique, le 16 janvier 2012 à 19:51
Youth Dew est un pur philtre de sensualité, issu du chaudron d’une Estée Lauder enchanteresse de la cosmétique, telle Circé, penchée sur les coiffeuses (le meuble, pas la profession !) américaines, qui a libéré ces pudibondes en leur faisant adopter cette recette sous forme de geste d’hygiène alors qu’il sent le sale, le sombre, les secrets cachés et les drames hollywoodiens !
Et en effet, je suis assez "terrien" !
Mitsouko, cet été, je suis allé visiter le musée Colette (l’écrivain, pas la boutique !) dans son village de jeunesse, au gré de mes vacances. A recommander à tous ses lecteurs.
réponse de mitsouko, le 16 janvier 2012 à 19:59
Le musée Colette, ça me plairait beaucoup, moi qui aime tant sa prose. J’ai un excellent souvenir de Giverny, non seulement des célèbres jardins mais aussi de la maison du maître Monet.
réponse de lolo, le 17 janvier 2012 à 12:58
La sensualité faite femme Colette ! elle qui adorait les parfums, elle aurait fait son miel de ce site ! Elle revendiquait la paresse, la gourmandise, toutes les bonnes choses qui rendent la vie belle et me font aimer cette grande écrivaine !
réponse de PoisonFlower, le 17 janvier 2012 à 22:36
dominique, vous dites que Youth-dew sent "les drames hollywoodiens", je ne peux qu’être d’accord avec vous, tant il me fait toujours penser à la dernière scène du film Sunset Boulevard, dans laquelle Gloria Swanson descend, de façon théâtrale et plus diva que jamais, les marches du grand escalier de sa villa.
Et puisque le nom de Colette est évoqué, je ne peux m’empêcher de vous recommander l’adapation de Chéri au cinéma par Stephen Frears en 2009, qui donne lieu à un très beau film (décors et costumes magnifiques), illuminé par la présence de la toujours exquise Michelle Pfeiffer, parfaite dans le rôle de cette courtisane vieillissante dont l’histoire nous est contée
réponse de dominique, le 18 janvier 2012 à 20:54
YD était le sillage-signature d’un vrai monstre, tant sacré qu’au sein de sa cellule familiale, Joan Crawford, et c’est au film de Cukor, The Women que je ferais allusion : les plus intraitables garces des studio MGM de 1939 s’y livrent à un brillant jeu. Je suis un grand nostalgique du cinéma en noir et blanc, de ces images avec du grain et un glamour que je ne retrouve plus que rarement.
Je n’ai pas vu cette adaptation de Chéri, mais je recommande aussi la lecture de sa suite, "La fin de Chéri", et de toute l’oeuvre de Colette, c’est si beau, vivant, sensible et juste.
par dominique, le 14 janvier 2012 à 19:49
Je ne peux que dire merci et bravo pour un si beau commentaire pour un parfum qui, faisant office de référence en matière d’orientaux vénéneux, ne pouvait que faire l’objet d’un article sur le site. Quel dommage que Lauder ne commercialise pas l’huile sur le continent ni le flacon turquoise en Europe ...
par William, le 23 janvier 2012 à 14:47
Je vais être dur avec ce parfum, bien que cela reste mon jugement personnel et qu’il ne tient qu’à moi... Ce parfum sent trop la Rose... On parle de note Orientale, mais nous ne devons pas avoir la même vison des parfums d’Orient !!! Ce parfum, me fait penser à cette poudre parfumée que l’on utilisait à une époque bien lointaine dans les Chateaux, pour masquer ses mauvaises odeurs... ! Désolé, mais je n’ai pas aimé ce parfum !
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[Pour celles qui s’adonnent à Estée Lauder]
Par PoisonFlower
Lorsqu’en 1952 Estée Lauder lance Youth Dew, son premier parfum, elle sait qu’elle relève là un défi. A l’époque aux Etats-Unis, le bon ton veut en effet que les femmes attendent de se faire offrir du parfum par leurs maris, qui la plupart du temps se tournent vers les jus importés de France dont la réputation n’est plus à faire. Tout le contraire de la parfumerie américaine qui n’en est alors qu’à ses balbutiements.
Elle compte pourtant bien remédier à cela. A cette fin et plutôt que de voir les Américaines s’adapter aux fragrances que l’on daigne bien leur acheter, elle part du principe que son parfum devra s’adapter à elles et à leurs habitudes de consommation en la matière.
Il est vrai qu’en ce temps-là, les Américaines se parfument peu, essentiellement pour les grandes occasions. Aussi va-t-elle contourner le problème en lançant dans un premier temps Youth Dew uniquement sous la forme d’une huile parfumée pour le bain, vendue moins cher qu’un parfum traditionnel et dans un flacon non scellé pour que les femmes puissent le sentir avant même de l’acheter. De cette manière, l’air de rien, elle donne l’habitude à ses compatriotes de se parfumer tous les jours à l’occasion du bain, voire même de se parfumer tout court, le personnel de vente Estée Lauder ne manquant pas de mentionner que la formule de cette huile permet également une application à même la peau comme un parfum.
Utilisée dans l’eau du bain ou directement sur la peau, l’huile est en tout cas si riche qu’elle parfume du soir au matin, une efficacité que les Américaines apprécient tout de suite beaucoup et seront ravies de retrouver dans l’extrait, proposé par la marque dès 1953. La carrière de Youth Dew est ainsi lancée et dès le départ couronnée de succès. Encore aujourd’hui, plus de cinquante ans après sa création, le parfum fait toujours partie des senteurs féminines les plus vendues aux Etats-Unis (voir à ce sujet le dossier que Jeanne avait consacré aux parfums les plus vendus aux Etats-Unis en 2008).
Mais venons-en à présent à ce qui rend Youth Dew si marquant.
Comme il était à la base employé dans une huile pour le bain, on aurait pu s’attendre à ce qu’il soit centré autour de la rose ou de la lavande, ou toute autre fleur à connotation romantique ou fonctionnelle prompte à ravir les desperate housewives de l’époque.
On aurait pu s’attendre également à ce qu’il reprenne les tendances olfactives du moment, fleuris aldéhydés et chyprés en tête, voire même qu’il se pare de notes de fleurs blanches, dont les Américaines raffolent traditionnellement.
Au final, Youth Dew n’est rien de tout cela. Non, Lauder a voulu créer la surprise en concoctant un oriental surpuissant, pas vraiment raffiné, mais terriblement sensuel. Elle aurait voulu dévergonder les Américaines, sous couvert d’un nom délicieusement inoffensif, qu’elle ne s’y serait pas prise autrement.
Il faut dire que les parfumeurs, Joséphine Catapano et Ernest Shiftan, sont allés chercher l’inspiration du côté du sulfureux Tabu, lancé par la marque espagnole Dana en 1932 (qui avait, paraît-il, donné comme instruction à Jean Carles de composer "un parfum de puta" !), auquel ils empruntent son accord caractéristique d’oeillet et de patchouli.
Le départ plante le décor avec ses notes orangées, acides, vertes et liquoreuses, au travers desquelles on sent déjà crépiter la senteur terreuse et moisie d’un patchouli (qui s’épanouit en arrière-plan) plus flamboyant et sauvage que jamais : on est en présence d’un fort tempérament qui ne laissera à coup sûr personne indifférent.
Le coeur, fleuri épicé, avec oeillet, cannelle et clou de girofle à foison, s’il ne manque pas de caractère non plus, se fait toutefois plus aimable et féminin.
A ce stade, le parfum m’évoque un autre produit phare de l’industrie américaine, le Coca, qui possède la même teinte or brun et constitue lui aussi une potion explosive à base d’agrumes et d’épices !
Le fond fait cohabiter les deux facettes de la femme fatale qui sommeille dans chaque flacon de Youth Dew : le duo chypré mousse/patchouli nous la montre dure et intransigeante, tandis que les notes balsamiques, résineuses et ambrées déposent un voile de fumée de cigarette sur la peau pour mieux révéler sa volupté.
Youth Dew, avec son aura impressionnante, écrasante diront certain(e)s, me fait penser à ces grandes stars que l’on devine capricieuses et tyranniques avec leur entourage, mais dont le charisme, l’allure et l’aplomb sont tels que l’on ne peut s’empêcher de les admirer. Odieuses, mais divines en somme !
La dernière publicité en date, qui remonte à 1993, semble d’ailleurs aller dans ce sens pour représenter Youth Dew, avec une photo noir et blanc et une Paulina Porizkova hiératique en robe du soir rendant hommage au glamour hollywoodien des années 50. Mais l’on sent bien que la jeune femme est malgré tout un peu trop lisse pour incarner totalement le parfum, pas assez drama queen. Pour toucher au plus juste, il aurait fallu utiliser un cliché d’une Gloria Swanson, d’une Joan Crawford ou de tout autre monstre sacré du cinéma classique américain à la beauté tellement exacerbée, qu’elle en devenait inquiétante.