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Aleksandr

Arquiste

Flacon de Aleksandr - Arquiste
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Duo pour un duel

par , le 29 octobre 2019

Un mariage de feuille de violette et de cuir qui nous plonge dans la littérature russe, brisant une autre union, celle-ci bien réelle.

J’ai déjà parlé ici de la maison Arquiste, qui est tout autant passionnante d’un point de vue olfactif que narratif : le parcours de Carlos Huber, son travail de fourmi et ses collaborations fidèles avec Rodrigo Flores-Roux et Yann Vasnier en ont fait une maison qui a bel et bien son mot à dire dans la dernière décennie parfumée.
Après avoir imaginé un dessert gourmand concocté par des nonnes dans un couvent mexicain à la fin du XVIIe siècle, nous voici invités à explorer un moment et un lieu de l’Histoire, cette fois l’hiver 1837, près de Saint-Petersbourg. Le célèbre poète Alexandre Pouchkine - le personnage principal de notre parfum - se prépare avec soin et sérénité à... affronter son beau-frère en duel !
Oui, ces faits sont véridiques, Pouchkine ayant été maintes fois exaspéré par la conduite de cet officier français qui séduit sa femme de manière répétitive. Après un premier duel refusé avec courtoisie par le provoqué, celui-ci niant les accusations et épousant même la sœur de la femme convoitée pour montrer patte blanche, de nouvelles tensions s’ajoutent aux précédentes. Cette fois Pouchkine n’y tient plus, il veut son duel, et il obtient gain de cause, assisté de son meilleur ami pour fixer les modalités de l’affrontement.
Le dénouement fut dramatique pour le poète russe, qui perdit son duel et succomba à ses blessures le surlendemain, auprès de son épouse (pour les curieux : non, celle-ci ne finit pas dans les bras de l’officier).

Dans Aleksandr, Carlos Huber voulait retranscrire littéralement et le plus fidèlement possible la journée du duel. Pour cela il étudia bien-sûr la biographie détaillée de Pouchkine et poussa même le vice jusqu’à consulter le rapport de police de l’époque. Ces efforts ne furent pas vains. En effet, dans la première moitié du XIXème siècle, les hommes se parfumaient assez naturellement à la Cologne mais aussi aux parfums à la violette. Huber décroche ainsi une des deux composantes principales de son parfum.
Travaillant de concert avec Yann Vasnier (Tom Ford, Parfums Divine, Maison Trudon...), ils ouvrent ce journal intime avec une note de néroli, qui procure un départ frais, évoquant par ailleurs les eaux de Cologne de l’époque. La violette se fait plus feuille que fleur, verte et végétale, pour un rendu gras. Rejoint par une pointe d’iris, comme un clin d’œil poudré à l’aristocratie russe, le bloc floral s’affirme et s’impose comme le liant entre le néroli du début et l’évolution cuirée, boisée qui se profile à l’horizon.
L’expression paraît cliché mais Huber la mentionne stricto sensu, il voulait littéralement naviguer entre froid et chaud : l’ouverture fraîche voire froide et un peu aldéhydée pour figurer l’hiver, qui se réchauffe progressivement avec l’évocation des gants et des bottes de cuir de Pouchkine, que complète un fond boisé de fir balsam à l’odeur de sapin, pour achever de peindre les forêts russes recouvertes de neige.
Le cuir qui se dévoile n’a rien de fumé à outrance, malgré l’ambiance russe et les bottes frottées au bois de bouleau. Il se fond si bien à la feuille de violette qu’il en devient presque insaisissable, on le devine par son épaisseur, cette chose qui donne du volume, de la vie en somme, un peu comme dans I Miss Violet chez The Different Company, où le cuir se fait très végétal. Sur le papier, l’accord violette/cuir d’Aleksandr fait instantanément penser à Fahrenheit, mais je le vois plus proche d’un Cuir Pleine Fleur de Heeley, une autre très jolie interprétation de ce thème, aux inflexions florales et poudrées.

Je n’ai jamais lu Pouchkine, aussi, pour moi, Aleksandr incarnerait plutôt le parfum de Dmitri, l’aîné des frères Karamazov dans cette œuvre magistrale de Dostoïevski. La palette entière des émotions humaines s’agite dans l’âme de ce personnage : amour, jalousie, violence, spiritualité, sensualité, piété, amitié, et au final, beaucoup de sensibilité.
C’est peut-être cela qu’Arquiste, en véritable archéologue du nez, dépoussière le mieux du passé.

— 
- A noter : Nez a consacré son article « Portrait de marque » à Arquiste, dans son numéro 3, intitulé « Le sexe des parfums »

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magie_nocturne

par , le 29 octobre 2019 à 19:37

Quelle belle plume !
Bravo pour ce texte qui me fait rêver...

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par , le 30 octobre 2019 à 10:49

Bonjour Magie Nocturne.
Merci pour votre message, cela me touche beaucoup.
Je vous encourage à aller ce sentir ce parfum pour vous faire votre propre avis :-)
Bien à vous

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