Auparfum

Aristia : le repos du guerrier par Lubin

par - , le 6 juin 2019

La maison parisienne, née en 1798 et relancée par Gilles Thévenin en 2004, propose une nouvelle collection dédiée aux héros des grandes civilisations.

« Aristia », ou « la vertu des meilleurs » : c’est ainsi qu’Homère nomme dans l’Iliade les qualités exceptionnelles des combattants, qui transcendent leur condition de mortel pour s’élever vers l’Olympe, mi-hommes, mi-dieux. C’est aussi le nom de la nouvelle collection de « haute parfumerie » de Lubin, signée par Thomas Fontaine et Delphine Thierry, produite en quantité limitée, et qui ne sera disponible que dans 100 boutiques dans le monde.

« L’idée initiale était le repos du guerrier, ou plutôt du chef de guerre, après la bataille, quand les armes sont posées et qu’on se plonge d’autant plus dans les délices de la vie qu’on a failli la perdre », explique Gilles Thévenin.

Galaor rend hommage à ce chevalier du Moyen-Âge, « serviteur des nobles causes », qui, lorsqu’il ne guerroie pas contre l’empereur d’Occident, fait la cour à la princesse Briolanie et profite « des délicatesses sucrées et des encens subtils » à la cour du château de Sobradine. La composition associe bergamote, myrrhe, cannelle, rose de Bulgarie, patchouli, baume du Pérou et vétiver.

Sinbad s’inspire du célèbre marin aventurier des contes des Mille et une nuits. Une fois rentré de ses voyages, il raconte à ses amis les plus chers « les trésors par lui découverts et à jamais disparus », entouré de la fumée des encens. Le poivre rose, la mandarine et la bergamote annoncent la rose, la cannelle, l’encens, la fleur d’oranger, la vanille, le benjoin, le santal, et l’ambre gris.

Daïmo fait référence au chef d’une armée de samouraïs qui combattait au nom de l’empereur du Japon. « Il appréciait le raffinement extrême et avait le souci de l’apparat », et se parfumait avant le combat, de notes de bergamote, citron, feuille de violette, pêche, girofle, cuir, patchouli, santal et ambre.

Condottiere célèbre les combattants de la renaissance italienne, qui « s’habillaient des cuirs les plus odorants » et « se parfumaient des iris les plus raffinés », en mariant l’iris et le cuir au citron, à la bergamote, à l’angélique, à la violette, à la mûre, à la myrtille et au bois de Cachemire.

Sarmate évoque les combattants barbares de la fin de l’Empire romain qui avaient la particularité de porter une armure de métal. La composition traduit « l’odeur des destriers énervés », le « cuir imprégné des pourpoints » et les « baumes enivrants qui faisaient briller les longues chevelures » grâce au davana, à l’angélique, à la muscade, au safran, à la myrrhe, au styrax, au cuir, au cèdre Atlas et au bois de oud.

Gajah Mada tient son nom du plus célèbre général javanais, « qui permit à la civilation Majapahit de rayonner ». Avant le combat, ses princes faisaient des offrandes aux dieux. Fleurs, fruits et baumes précieux sont figurés par l’orange sanguine, le coing, la prune de Damas, la datte, le baume de Tolu, la fleur de frangipanier, le patchouli, le benjoin et le santal.

Collection Aristia, extraits de parfum, 250 euros/100ml
Disponibles en juin

Premières impressions

Une bien jolie collection, qui malgré ses flacons dorés et ses écrins précieux, ne lorgne pour autant pas vers le Moyen Orient à coup de bois ambrés pseudo-oudés (à part peut-être Sarmate qui flirte un peu avec le genre, mais de façon cuirée-fumée plutôt élégante).
Les belles matières et les constructions classiques sont au rendez-vous : bois, épices, baumes et fleurs procurent une atmosphère riche, texturée et dense à chaque création.
Mention spéciale à l’iris cuiré de Condottiere et la belle rose baumée de Sinbad.

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Petrichor

par , le 14 juillet 2019 à 01:29

Sinbad de Lubin, c’est l’idée que je me fais du bois de citronnier (Merci Jovoy pour l’échantillon)

On raconte que le bois de citronnier est apprécié pour l’odeur qu’il diffuse quand on le brûle. Il est dit être chaud, sucré, doux, suave, pénétrant et pétillant. Je me figure la tarte au citron, avec sa meringue braisé au chalumeau sur le dessus.

Pour moi Sinbad sent puissamment le bois de citronnier. Les intenses notes hespéridées et épicées sont épaulées par un fond boisé très confortant. C’est innovant et c’est très agréable.
Les évolutions, l’intensité et la richesse m’évoque un esprit aventureux.
L’accord bois de citronnier, stable, évoque le parfum d’un foyer, et une personnalité posée et accueillante.
La saturation rappelle le chamarré des brocards de soie, turban, veston... exactement l’image qu’on se fait du personnage des 1001 nuits.
Ca tombe bien, c’est exactement le brief ! Rares sont les parfums qui réussissent la cohérence "parfum - émotion&concept - nom". Chapeau à Thomas Fontaine et Delphine Thierry !

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La tête : beaucoup de poivre, comme "Bois d’encens"

L’accord de tête ressemble beaucoup à "Bois d’encens" d’Armani, collection privée. Et c’est tout aussi plaisant. Le poivre écrase la composition pendant 5mn. C’en est presque hors sujet par rapport à l’accord principal du parfum.

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Le coeur : rappelle Opium edp vintage, mais façon bois de rose et bois de citronnier

Le coeur rappelle par son intensité "Opium" vintage en eau de parfum (le "secret de parfum" des années 90). Chez Sinbad, la richesse des épices est dominée par la cannelle. Les notes fleuries sont dominées par la rose. Cannelle et rose trouvent contrepoint dans l’acidité de l’accord bois de citronnier. C’est l’accord principal du parfum et il dure longtemps.

Opium secret de parfum avait plus de rose et de mandarine que l’edt. Celà créait un immense accord oeillet qui se superposait à la complexité d’Opium, l’original. Ici pas d’oeillet, mais un effet "bois de rose" et "bois de citronnier" qui durent très longtemps. Ils survolent et donnent une lisibilité à la complexité du parfum. Ce sont des notes que beaucoup de gens aiment, mais qu’on trouve très rarement en parfumerie, et rarement avec intensité. On les relègue souvent à des thèmes cologne.

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Le fond : très benjoin, et sans faute

Autre différence, l’accord principal "bois de citronnier" de Sinbad s’étire jusqu’à un fond dominé par le benjoin, et j’adore le benjoin de qualité. Pas d’accord de fond lourd, pas de notes de synthèse pénibles pour fixer le parfum -c’est une marque d’éthique de la part de Lubin à notre époque-, c’est un sans faute.
Après quelques heures, on réalise aussi combien le parfum contenait de vanille et emprunte à Shalimar. Il exhale en parfum de peau un léger souffle poudré. (C’est Shalimar, quand la vanille se libère du corset des notes sèche de fumées). Sinbad a atterri en souplesse et sans bruit comme un chat. Et du chat, il a la douceur olfactive de ses coussinets, pour reprendre un métaphore de Juliette Faliu. Subtiles effluves animales sur fondu de vanille, gousse, mimosa.

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Usage : une arme de séduction massive empruntée aux femmes

A l’usage, Sinbad me rappelle donc comment des hommes adoptèrent Opium edt, ou Shalimar edp. Et ils ont raison. Entre la peau et la chemise, ces parfums produisent leur effet euphorisant et rendent tout aussi sexy. Par ailleurs, quand on touche au sublime, on ne différencie plus les genres.
Sinbad est moins casse-gueule que Opium vintage et son nuage de clou de girofle en tête. Il est plus masculin que Shalimar par son approche boisée et citron. Bref son sillage est plus facile à assumer et il est son propre animal.
Une femme peut tout aussi bien le porter, l’assumer.

Les autres parfums de la gamme Aristia partage cette façon d’avoir des noms de conquérants, tout en empruntant leurs armes de séduction aux femmes.

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Une composition qui évite les écueils

J’ai déjà traité du fond, que je trouve impeccable.

Je salue la composition. Beaucoup de ces notes contiennent le risque de faire "pot pourri", c’est super casse-gueule. Or ici on ne tombe jamais dans cet écueil.

Le parfum arrive aussi à faire oublier les restrictions allergènes sur les notes épicées, qui sont pourtant drastiques.

Sinbad me rappelle ce que Thierry Wasser avait réussit avec l’extrait de Habit rouge : plus de tension, plus de féminin, plus de masculin, plus de luxe, même structure. Plus exactement, il y avait plus d’essence de fleur d’oranger, plus de réglisse, plus de luxe dans le patchouli (fraction à facettes de vin rouge) et dans le vétiver (celui qui rappelle un encens) que l’original.

Pour ceux qui hésiteront à l’acheter, une fois testé, je confirme que l’intensité est plus forte que l’EDP d’un oriental comme -disons- Shalimar. Pour 250€, en parfumerie de niche en édition limité, vous avez une quantité généreuse de 100ml.

La prochaine fois : Condottiere, que je dois essayer sur peau à domicile (re-merci Jovoy pour l’échantillon)

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Petrichor

par , le 13 juin 2019 à 23:27

J’ai hâte de les sentir.

J’ai été à deux doigts d’acheter Galaad, puis Korrigan, puis Akkad.

(Galaad : ce que j’y aimais, c’était en fait les emprunts à Jicky, qui est mieux. Galaad a de très beaux ingrédients, mais n’arrivent pas à les porter plus loin que les notes de tête -selon moi-, ce qu’arrive à faire le Jicky actuel en extrait et EDP)

(Korrigan : pas sûr que je veuille sentir le whisky grande distribution avec son arôme caramel surdosé. Au porté, c’est surtout le coeur du message qui ne me correspond pas, ce va et vient entre un santal australien -je peux pas- et des notes épicés anisé)

(Akkad : commence comme "L’air du désert marocain" de Tauer, une ciste-labdanum sublime de dosage, sauf que je m’ennuie à mi-parcourt, au point de me dire "t’es con, t’as Fate woman d’amouage ou même Shalimar EDP, qu’est-ce que tu t’emmerdes")

Pourtant les Lubin sont qualitatifs et à leur bon prix.

Donc si j’ai un déclic avec un de ces Aristia, je n’aurais pas de problème à payer 100€ plus cher.

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Farnesiano

par , le 6 juin 2019 à 20:36

Amateur des Lubin depuis ma découverte d’Akkad grâce à une émission télévisée diffusée il y 5 ou 6 ans, émission de FR3 qui suivait la parfumeuse sur ses sentiers préférés dans la belle nature sauvage du Sud de la France, je me réjouis de cette seconde " renaissance " de la marque légendaire. Entre-temps, je me suis régalé d’échantillons aussi divers que ceux de Kismet, de Gin Fizz, de Korrigan, de l’exquis Nuit de Longchamp et du magnifique Black Jade. Ici, j’aimerais ne pas déchanter au vu du prix plutôt élevé des 100 ml et de la curieuse impression que me laissent ces étranges flacons, dérivés de ceux, sublimes, des Akkad, Galaad, etc, dessinés je crois par Serge Mansau (de loin ils rappellent un peu les courbes, les arcs de son beau vase Zig-Zag). Je ne manquerai cependant pas d’aller tester ces créations dans la charmante et accueillante boutique de Saint-Germain des Prés, rue des Canettes, lors d’une prochaine escapade à Paris et des les savourer assis à la terrasse du café de la Mairie, face à la fontaine de la place Saint-Sulpice. Eh oui, Paris me manque ;-)

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