Auparfum

Au cœur de L’Heure perdue : de la vanilline à l’isobutyl quinoléine

par , le 16 août 2018

L’Heure perdue, création 100% synthétique de Mathilde Laurent, se poursuit !

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Le parfumeur, artiste par excellence de l’assemblage, doit une fière chandelle aux chimistes qui depuis des décennies enrichissent sa palette. Au prétexte du décorticage de L’Heure perdue, création 100% synthétique de Mathilde Laurent, nous rendons aussi hommage à ces travailleurs de l’ombre... aux trouvailles si lumineuses. Épisode 5 !

N°7 Vanilline

Molécule naturelle reproduite par l’homme

Autre mythe fondateur de la parfumerie moderne, la vanille. Cette matière première naturelle au prix exorbitant a déclenché de nombreuses recherches pour identifier la nature du composé odorant qu’elle contient, puis pour en faire la synthèse chimique. Après plusieurs collègues malchanceux, Ferdinand Tiemann (il est partout !!) [1] Wilhelm Haarmann réussissent à trouver la véritable composition de la vanilline en 1874. La même année, ils réalisent sa synthèse à partir de la coniférine présente dans la résine d’épicéa. La société Haarmann’s Vanillinfabrik est fondée à Holzminden en 1875 pour produire cette vanilline artificielle. L’endroit n’était pas fortuit, Holz signifiant bois, la région très arborée de sapins fournissait toute la matière première nécessaire. La collaboration avec Karl Ludwig Reimer conduit en 1876 à une nouvelle synthèse plus rentable à partir du gaïacol et la société se transforme alors en Haarmann & Reimer Vanillinfabrik, pour devenir Symrise, après son rapprochement avec Dragoco en 2003.
La première utilisation de la vanilline en parfumerie fine est à mettre à l’actif d’Aimé Guerlain qui l’utilise pour Jicky, en 1889, associée à la coumarine et au linalol.

Karl Reimer et Wilhelm Haarmann en 1878. (Archives Symrise)
(Archives Symrise)

N°8 Bacdanol

Molécule artificielle, inspirée d’une molécule naturelle

Parmi les bois utilisés en parfumerie, le santal tient une place à part. Sa douceur lactée, son odeur crémeuse, onctueuse et profonde, sont qualifiées de sensuelles très proches des hormones que l’homme sécrète naturellement à la surface de la peau. Ajoutons à cela sa rareté insigne car l’huile s’obtient à partir des arbres vieux d’au moins 40 ans, et l’on comprend que le santal se hisse au rang des matières mythiques. Le santal indien, de la variété Santalum album, de la plus haute qualité, a été exploité jusqu’à la quasi extinction des arbres, engendrant une hausse faramineuse des prix de l’huile essentielle. C’est ce qui a motivé les chimistes à rechercher des molécules artificielles ayant une odeur proche du santalol, le composé qui est présent dans le santal naturel. Des dizaines de produits ont été étudiés, et une poignée est utilisée en parfumerie fine, dont le Bacdanol pour sa puissance et sa ténacité. Cette molécule a été découverte par les chimistes d’une société d’Allemagne de l’est, en pleine guerre froide. L’avantage du procédé qu’ils brevètent le 8 mai 1968, tient à ce que le Bacdanol peut être produit à partir du pinène, que l’on trouve en grande quantité et pour très peu cher dans l’essence de pin. Un nouveau brevet IFF du 20 septembre 1985 va permettre d’améliorer le procédé industriel et ainsi de fournir le Bacdanol pour un prix compétitif.

Les dérivés artificiels du santal vont progressivement être utilisés en parfumerie, l’un d’entre eux, le Polysantol le sera même en overdose dans Samsara (Jean-Paul Guerlain, 1989) où la molécule vient soutenir les quantités pourtant prodigieuses de santal naturel présentes dans la formule (on parle de 26 % constitués de produits santalés).

N°9 Isobutylquinoléine (IBQ)

Molécule artificielle

Cette molécule totalement inexistante dans la nature possède une odeur terreuse, de mousse, des accents de tabac et de cuir. Sa synthèse a été rendue possible grâce au procédé découvert en 1880 par Zdenko Hans Skraup. Cette réaction pouvait s’avérer très violente - explosive même - et devenir une véritable ordalie faisant la terreur des chimistes qui avaient à la mettre en œuvre, les recherches ultérieures ont permis de la réaliser sans aucun danger. Plus connue par son diminutif d’IBQ, elle a d’abord été mise sur le marché au sein de la Base « Mousse de Saxe » composée par Marie-Thérèse de Laire, et utilisée par Ernest Daltroff dans Nuit de Noël en 1922 pour Caron. Le tempérament de cette molécule à fort caractère a été exploité par l’indomptable Germaine Cellier avec le pur IBQ pour faire le mythique Bandit chez Robert Piguet en 1944.

Germaine Cellier sur la plage de Belle-Île dans les années 1930 (Vanity Fair)
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Petrichor

par , le 20 novembre 2018 à 04:48

J’ai appris l’existence historique des santaliers.

Il s’agissait de bateaux. Ils accostaient dans les îles, et leurs occupants allaient couper les santals au milieu de la végétation.

Souvent ils recrutaient la population locale, mais ils achetaient les arbres à vil prix. Ca restait une "économie de prédation".

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Galate

par , le 24 août 2018 à 14:47

Merci , je viens de comprendre pourquoi j’avais eu le coup de foudre pour Samsara dès sa sortie : son beau santal naturel qui me rappelait l’odeur des fines statuettes en bois sculpté que les Indiens utilisent pour parfumer leurs temples. Ces statuettes dégagent leur formidable odeur pendant des mois.
A quand un edito sur la mousse de chêne et ses maigres succédanés ?

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par , le 24 août 2018 à 18:11

Bonjour Galate,

Ah, ravi de vous avoir ouvert une porte olfactive, surtout pour le santal naturel qui est une matière qui m’est chère et dont les répliques synthétiques sont peu à mon gout quand elles sont poussées, la finesse et la délicatesse du véritable santal est trop souvent transformé en caricature.

Si vous prisez le santal naturel, les parfums les plus dosés sont l’extrait de Bois des Iles, Chanel, et moins connu Sables d’Annick Goutal, qui en contient presque 25% !! Autant que le Tam Dao en version originale edt, mais ce n’est probablement plus le cas de nos jours, c’est devenu un cèdre/santal.

Pour la mousse de chêne, il y a de quoi faire car un cette matière a bien été étudiée par les chimistes. Mais l’Evernyl qui y est présent, ne suffit pas, et de loin, à rendre la complexité phénoménale de ce joyaux naturel de nos jours castré par l’IFRA, à raison, c’était de loin le responsable majoritaire des réactions de sensibilisation de la peau par les parfums :-(

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par , le 24 août 2018 à 19:05

Merci Passacaille, je retiens Sables de Goutal. Et comme vous êtes chimiste, nous attendons que vous découvriez un vrai substitut à la mousse de chêne :p
Hop hop hop au travail, vous allez devenir riiiiiiiche mdr

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Beer luc

par , le 17 août 2018 à 08:05

Toujours aussi passionnant à parcourir et avec la surprise de voir Germaine Cellier,dont la forte personnalité se dégage de la photo.
Un grand merci pour ces sujets qui contibuent à notre éducation olfactive.
Bandit ne m’as pas séduit du tout,par contre je vais essayer Fracas,j’aime les parfums de caractères plus chaud,peut-être la tubéreuse avec laquelle j’ai un peu de mal sauf Poison de Dior qui reste le top.
Je l’apprécie également avec Royal Pavillon de Etro mais pas du tout Tubéreuse Criminelle de Lutens.

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