Auparfum

Episode 9 - Troisième Partie : Sous le Vent

par - - , le 15 août 2014

(Cet article fait partie de notre Saga Guerlain)

Une brise d’air passe dans la pièce, l’impression d’un souffle d’air verdoyant et frais, inattendu dans la salle où les jurés se trouvent située en sous-sol. Rien de si étonnant, étant donné quel parfum passe sous le regard avisé de Denyse...

Sous le vent - Jacques Guerlain, 1934 - par Denyse Beaulieu pour Grain de Musc

Sous le Vent serait, dit-on, un hommage aux îles antillaises du même nom inspiré par Joséphine Baker (laquelle, née à Saint-Louis dans le Missouri, n’y a jamais mis les pieds). Mais ce vent-là, à vue de nez, a dû faire un détour pour souffler sur les hauteurs de Cabris à l’époque de la cueillette des roses – disons, à l’Hôtel de l’Horizon, d’où l’on aperçoit la maison d’Edmond Roudnitska… Thym, romarin, estragon, lavandin, myrte, acacia (pour la touche amandée) ? Cabris, par un matin du 15 mai, ça sent Jicky.

Mes camarades d’Auparfum, qui m’ont si gentiment invitée à participer à cette saga Guerlain, me soupçonnent peut-être déjà de m’emmêler les mouillettes. Disons plutôt que le chemin de la touche au nez, dans cette séance d’olfaction historique, est à peu près aussi rococo que le vol de l’emblématique abeille Guerlain. Métaphore que je laisse aussitôt filer pour aller en butiner une deuxième : ce qui frappe, lorsqu’on parcourt en accéléré le corpus disparu de Jacques Guerlain, c’est que le marabout-bout-de-ficelle liant ses formules entre elles est loin de se restreindre à la seule Guerlinade.

On vous a déjà détaillé dans les précédents épisodes les effets de la bergamote "sans épilation brésilienne" et des muscs nitrés. Passons donc aux épices. Piment, girofle, cannelle, ce sont elles qui corsètent un Mitsouko, auquel les versions repesées et restaurées rendent toutes deux sa vraie nature de vamp 1919, plutôt Musidora que modèle de Renoir aux joues veloutées. Si elles ne sont pas revendiquées dans la pyramide fournie par Frédéric Sacone pour Sous le Vent, elles y font tout de même passer un coup de sirocco. Lequel balaie en passant le poudré jonquille de Vol de Nuit, contemporain de Sous le Vent, pour décaper un galbanum ancré à un fond moussu presque amer. On survole là un territoire déjà exploré par le Chypre de Coty ; il jouxte de près sur le cadastre la zone des eaux fraîches (selon mes notes de la séance, Sous le Vent aurait inspiré l’Eau de Guerlain de Jean-Paul G.).

Plongeons en piqué sur le jardin potager : au cœur du bouquet d’herbes de Provence qui mijotait déjà dans Jicky, une touffe anisée – verveine, estragon – finirait, à force, par susciter un fantôme de basilic… Et c’est là qu’on débouche sur les hauteurs de Cabris, le fief d’Edmond Roudnitska. Parce que Sous le Vent, au pif, préfigurerait quasiment Eau Sauvage.

En simplifiant à l’extrême ses formules à partir de Diorissimo, Roudnitska souhaitait notamment les dépouiller de ces notes alimentaires ajoutées, selon lui, pour mater les aspérités des matériaux de synthèse. Songeait-il à Guerlain, ses vanilles, ses tonkas, ses pompes et ses œuvres ? Le maestro, fort peu disert dans ses nombreux écrits sur le compte de ses contemporains, n’en a jamais soufflé mot. Sous le Vent démontre néanmoins que Jacques Guerlain savait s’aventurer hors du boudoir gourmand où s’est conçu Shalimar ; peaufiner un chypre aromatique aux limites des néo-Colognes Sixties, sec, anguleux et concis.

Intermède culturel…
« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus », écrit le philosophe Walter Benjamin dans Thèses sur la philosophie de l’histoire. « Il représente un ange qui semble avoir dessein de s’éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d’événements, il ne voit qu’une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d’amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si forte que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l’avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu’au ciel devant lui s’accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès. »

Si j’ai cité aussi longuement Benjamin, c’est qu’il me vient à l’esprit dès qu’un dossier de presse nous assène de l’« intemporel ». Encore récemment, lors de la présentation des deux prochains Kurkdjian, une « spécialiste de l’art contemporain » aventurait quelques réflexions en ce sens en s’appuyant sur la Joconde et les Demoiselles d’Avignon (artillerie bien lourde pour introduire un floral et une fougère marchant délibérément dans les clous).

Balayé une première fois comme la quasi-totalité des 400 parfums composés par Jacques Guerlain (il n’en subsiste que 11), puis à nouveau lors de sa réédition en 2005 par la rafale de micro-collections de la maison, Sous le Vent appartient bien aux myriades de « vaincus » de l’histoire de la parfumerie – à ces morts que la séance Guerlain, séance de spiritisme aussi bien, a convoqués… Du coup, on le sentirait plutôt à contretemps qu’intemporel – intempestif, pour rester dans le vocabulaire éolien de l’Ange de l’histoire, poussé « vers l’avenir auquel il tourne le dos ». Mais c’est justement parce qu’on peut relire chaque moment du passé à chaque instant du présent, tracer des filiations underground, contourner l’histoire officielle en sentant Sous le Vent après Eau Sauvage, que Sous le Vent est intelligible maintenant.

Après ce dénouement étonnant et cette dernière partie passionnante, retrouvez-nous ensuite au rythme habituel d’une publication par semaine.
A mercredi prochain...

(Cet article fait partie de notre Saga Guerlain)

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Opium

par , le 20 août 2014 à 18:15

Bonjour encore à tou(te)s.
Denyse, je te remercie grandement d’avoir bien voulu participer à cette série et d’avoir sacrifié du temps de baignade et bronzage pour te vaporiser de la bergamote "sans épilation brésilienne" pleine de bergaptènes qui adorent s’associer au soleil pour faire pleins de "jolis" trucs bien sympas sur la peau...
Et, merci surtout d’avoir mené tes recherches aussi sérieusement.

La trouvaille de Denyse nous a tou(te)s tellement surpris(es) que chacun(e) y a été de sa propre vérification et constatation. Ainsi, le chypre aromatique de Guerlain de 1934 posséderait suffisamment de traits communs avec les "néo-colognes 60’s" et surtout l’une d’entre elles, qui tient lieu de chef de file, pour interpeller. Et, pour ainsi dire, personne l’aurait remarqué jusque-là... ?

Bah, ouais, Denyse a vu juste, et c’est assez dingue car cela est passé sous le nez de nous tou(te)s ! Elle a montré des talents d’excellente inspectrice donc ! ^^
Les contours d’Eau Sauvage se dessinent déjà dans le parfum de Guerlain des années 40.
Nous ne saurons jamais si, effectivement, Edmond Roudnitska a pu être influencé par la création de Jacques Guerlain. Et, cela, pour plusieurs raisons : car il a pu de manière sincère ne pas en être conscient (combien de fois avons-nous l’impression d’avoir une idée neuve alors qu’il s’agit de la digestion mentale de tout un ensemble d’idées piochées par ci et par là...) ; quand bien même il en aurait été conscient, les références et la documentation étant très minces, trouver des sources fiables relève de la quête impossible à satisfaire... ; enfin, quand on connaît la mauvaise foi de Roudnitska quant à la parenté, pourtant évidente !, entre "son" Femme et le Mitsouko de Guerlain, admettre une parenté entre Sous le Vent et Eau Sauvage me paraît hautement improbable. Pourtant, il suffit de sentir, durant l’envol des notes de tête agrestes et zestées du parfum de cette saga, cela "saute au nez" ! ;-)

À propos de l’intemporalité, mon avis rejoint celui de Denyse. En revanche, une chose sûre selon moi, c’est que, probablement, Sous le Vent sera arrivé trop tôt, et, comme la parfumerie est aussi un commerce, le timing ne pardonne pas. Ne pas être dans le "bon timing", c’est être condamné à l’oubli malheureusement. Innover trop tard est un malheur, innover trop tôt est une erreur (non-voulue) également.

Encore un grand merci pour ces réflexions sur l’appréhension d’un objet (artistique) dans le temps, pour cette comparaison inattendue et qui semble si flagrante aujourd’hui alors qu’elle n’existait pas hier, et pour le plaisir de cette lecture tout bêtement ! ;-)
À très bientôt...
Opium

Ps : Et, comme chaque mercredi, la suite, c’est très bientôt...

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par , le 21 août 2014 à 11:43

Je rebondis sur la question des parfums "précurseurs" et de l’intemporalité... Quelqu’un sait-il quand Sous le Vent a été retiré de la vente dans sa première incarnation ? On peut également se demander s’il a connu du succès, à l’époque ou par la suite : s’il existait encore à la fin des années 60, son langage était-il devenu plus intelligible, ou différemment reçu ? Un ami artiste me dit souvent : "il faut avoir raison cinq minutes avant, pas une demi-heure". Bref, ne pas être *trop* précurseur... Mais si ça se trouve, Sous le Vent a été apprécié à l’époque, et il existe peut-être de nombreux autres exemples de ce type de forme olfactive auxquelles nous ne songeons pas, notamment parce qu’elles n’existent plus. Je pense aux colognes de Coty...

Tout cela pour reformuler, avec d’autres interrogations, ce que je disais en réponse aux autres commentaires et ce que tu soulignais dans le tien : il nous manque trop d’informations, tues ou non-préservées, pour appréhender le parfum comme démarche artistique au même titre que d’autres arts appliqués comme le design, l’architecture ou la mode... sans parler des beaux-arts, de la musique ou de la littérature ! Notamment les conditions de production et de réception des "oeuvres".

Ravie, en tous cas, que l’équipe d’Auparfum ait été suffisamment intriguée pour remettre le nez dans Sous le Vent à l’éclairage de ce billet... et ait trouvé juste le parallèle avec Eau Sauvage. La vérité, malheureusement, est depuis longtemps tombée dans les poubelles de l’histoire !

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par , le 21 août 2014 à 12:58

Salut Denyse, il me semble que Sous le vent a été produit jusque dans les années 70 (je crois qu’il a été arrêté en 1972 mais je ne suis pas sûr de la date précise, il faudra se renseigner). Ça me semble assez étrange d’ailleurs puisque pour le coup il aurait été totalement dans la tendance de ces années là... Mais on le voit encore aujourd’hui, des parfums sortis il y a trente ans et faisant parti d’une tendance moderne ne marchent pas forcément. Pour la réédition de Sous le vent, c’est quand la maison a ouvert à nouveau en 2005.

Des parfums comme Cordon Vert ou L’Eau de Coty me semblent moins novateurs qu’un Sous le vent, qui possède une architecture plus abouti, un départ vert, aromatique et hesperidé peut être moins jouissif pour certains mais d’une élaboration et d’une complexité d’un autre niveau !

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par , le 21 août 2014 à 13:01

En cherchant sur Google, Sous le vent a bien été arrêté en 1972 mais réédité en 2006 et non en 2005 (d’après the perfumed court).

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par , le 22 août 2014 à 08:42

Merci de t’être fendu de cette recherche Google pour laquelle j’ai été un peu flemmasse ! Je n’ai jamais senti les deux Coty dans un état acceptable (étant aussi trop flemmasse pour aller jusqu’à Versailles à l’Osmothèque — dès que je dépasse le périph’, je saigne du nez).

Curieux, en effet, que Sous le Vent ait été retiré du catalogue juste au moment où il devenait le plus intelligible. Je pense qu’il pourrait l’être encore aujourd’hui, justement auprès des amateurs d’Eau Sauvage qui sont légion (j’en ai croisé un dans l’avion en rentrant de Montréal, un biochimiste travaillant dans l’industrie du vin, qui vouait d’ailleurs les flankers d’Eau Sauvage aux gémonies !).

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Thelittlebox

par , le 17 août 2014 à 19:06

Bonjour,

Chère Grain de Musc, merci beaucoup pour ce bel article.

Sous Le Vent est donc un aromatique, que chance vous avez eu de pouvoir le sentir ! Vous a t-il convaincu, vous et les membres de l’assemblée ?
Jacques Guerlain, 400 créations, nous rendons-nous compte de tout ce qu’on ne connaitra jamais ! Tous les coups de cœur avortés :).

Merci,
Thelittlebox

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par , le 18 août 2014 à 07:08

Je ne peux pas parler pour mes camarades, mais je crois en effet qu’ils ont été séduits eux aussi... Quant à ces très nombreuses créations de Jacques Guerlain, certaines étaient "circonstancielles", voire sur mesure, m’avait dit la chargée du patrimoine de la maison lorsque j’avais posé la question.

Ce qui permet de rebondir sur cette idée de chefs-d’œuvre perdus également évoquée par Zab63 ci-dessous. En sentant ces nombreuses reconstitutions où se trouvaient également des parfums ayant survécu — Après l’Ondée, Mitsouko, Shalimar — j’ai eu l’impression que ces survivants étaient en effet les plus marquants, les plus aboutis : bref, ceux qui méritaient le mieux de survivre. Mais est-ce du fait que, les connaissant de longue date, j’appréciais mieux leur structure, leurs subtilités ? Qu’elles étaient plus profondément gravées dans mes neurones ?

Tout, dans ce que nous avons senti, n’est pas du même niveau, même si tout était intéressant et nous permettait de mieux appréhender Jacques Guerlain dans son parcours artistique. Parmi les centaines de compositions "immergées", il est possible qu’en effet certaines soient aussi magnifiques et originales que les "piliers", mais que d’autres n’en soient que des variations ou des étapes intermédiaires.

Jacques Guerlain n’ayant pas laissé de témoignages écrits de sa démarche en dehors de ses formules, on ne pourra jamais l’étudier comme on peut le faire pour un artiste ou un écrivain dont on aurait préservé une grande part du corpus, les manuscrits, la correspondance, des témoignages contemporains... D’autant que, cette séance chez Guerlain le démontre, les moyens d’expression du créateur — les matériaux de l’époque — ne nous sont plus accessibles sauf de façon confidentielle. C’est une réelle limite de l’étude du parfum en tant que forme d’expression artistique (mais on pourrait dire la même chose de la danse, par exemple, qui comme le parfum a quelque chose d’éphémère). Vaste sujet !

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zab63

par , le 16 août 2014 à 15:37

"Jacques Guerlain savait s’aventurer hors du boudoir gourmand où s’est conçu Shalimar"
Tout-à-fait d’accord. Pour preuve : Liù, le fleuri aldéhydé très Guerlain, mais aussi très fleuri aldéhydé ! Je sais que la comparaison est un peu délirante mais J. Guerlain est pour moi une sorte de Picasso de la parfumerie : connu pour une partie seulement de ses oeuvres, il savait néanmoins tout faire.

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par , le 18 août 2014 à 07:28

Absolument ! J’ai développé la question ci-dessus... Si, pour des artistes du XXème siècle comme Picasso, nous avons accès à une quantité immense d’œuvres et de documents, lorsqu’il s’agit des parfumeurs qui sont leurs contemporains, on se retrouve un peu dans le cas de créateurs beaucoup plus anciens (écrivains de l’Antiquité, compositeurs de la Renaissance...) dont presque tout est perdu. Ou alors, de formes de créations plus éphémères liées au spectacle — chorégraphies, fêtes royales...

On songe aussi à l’œuvre de grands chefs cuisiniers comme Carême — mais là encore, on a souvent plus de matériaux pour les étudier car Carême a laissé des ouvrages, et des témoins de l’époque ont écrit à son sujet, alors qu’on n’a pas d’analyse contemporaine du travail d’un Jacques Guerlain... Notre séance n’a été qu’une esquisse de ce que pourrait être l’étude de son oeuvre.

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François

par , le 15 août 2014 à 22:17

Bel article très bien construit :)
Toutefois une question : les îles sous le vent ne sont-elles pas en Polynésie Française et non pas aux Antilles Françaises ?
"Sous le Vent serait, dit-on, un hommage aux îles antillaises"

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par , le 15 août 2014 à 22:35

Merci François. C’est également ce que je croyais, mais en faisant des recherches sur la question, j’ai appris qu’il existait également des Iles sous le Vent aux Antilles (http://bit.ly/1uYqlN0) !

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par , le 16 août 2014 à 00:19

Un bon moyen de parfaire sa géographie tout en se cultivant autour du parfum ;)
Merci pour le lien !

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