Auparfum

Isabelle Doyen : "Je n’ai jamais signé quelque chose qui ne me ressemble pas sur le moment."

Question bien senties

par Jeanne Doré, le 8 février 2008

Isabelle Doyen, parfumeur indépendant travaillant entre autres pour Goutal Paris et LesNez, nous a fait le plaisir de répondre à nos "Questions bien senties" avec humour, sincérité... et une petite pique pour les critiques que nous sommes !

Comment êtes-vous tombée dans la parfumerie ? Quel a été votre parcours ?

Par hasard : mon père travaillait dans les nuages (météo) et ma mère aidait la vie à aparaître (sage-femme) : rien en rapport direct avec le parfum sauf que tout cela se passait en Polynésie paradis des odeurs et des saveurs.

Et il n’y a pas de hasard : une de mes deux grandes interrogations métaphysiques à 6 ans : pourquoi la poire avait le goût du parfum de la rose et la rose le parfum du goût de la poire, puis un coup de Rimbaud « ....on n’est pas sérieux quand on a dix sept ans... les tilleuls sentent bons dans les beaux soirs de juin.. ». A 17 ans sous les tropiques cela interpelle... alors 2 ans de biologie à Orsay pour se rapprocher des tilleuls et comprendre mais trop long et ch...barbant et le père d’une amie qui me balance une brochure d’une école à Versailles (lieu d’atterrissage après les tropiques) : l’Isip (ancêtre de l’Isipca) qui me dit - cela prépare au métier de la création de parfums : révélation. En sortant de l’école et grâce à Monique Schlienger je démarrai directement en indépendant puis 3 années plus tard je rencontre Annick Goutal et notre grande complicité commence.

Isabelle Doyen

Quel est le parfum dont vous êtes la plus fière (qu’il s’agisse d’un succès commercial ou non) ?

Je suis fière de tous et j’ai un attachement particulier pour l’Antimatière (Ndlr : de la marque LesNez) car c’est le résultat d’une profonde recherche esthétique. De ce fait, je comprends que cela puisse ne pas être compris. Je suis extrêmement attachée aussi à une composition que je travaille en ce moment : un parfum construit absolument sur-mesure pour quelqu’un qui ne m’a rien demandé, qui vit et survit pour et grâce à la poésie ; les essayages se font de temps en temps sans préméditation, le prochain se fera peut-être dans deux mois ou plus je ne sais pas ça dépendra... du vent et ça c’est pour moi vraiment la création, tout le reste est de l’artisanat.

L’Antimatière
Isabelle Doyen (Les Nez)

Etes-vous amenée parfois à signer des parfums qui ne vous ressemblent pas ?

Je n’ai jamais signé quelque chose qui ne me ressemble pas sur le moment.

De plus en plus de parfums sont co-signés par plusieurs parfumeurs. Selon vous, en quoi le travail d’équipe améliore-t-il la création ?

Pour ce qui est du travail en équipe, c’est la façon de faire que nous avons toujours eu avec Annick et maintenant avec Camille, donc je trouve cela évidemment fructueux.

Quel est le parfumeur (concurrent) dont vous admirez le plus le travail ?

J’aime le travail d’Annick Menardo : très pro, très efficace et créatif, dans un autre genre celui d’Olivia Giacobetti pour son côté "ikebana"

Que pensez-vous des critiques de parfums en général ? et en particulier de auparfum.com ?

Je ne trouve pas les critiques très intéressantes. Je ne pense pas qu’un parfum puisse être critiqué comme un livre ou un film, c’est trop subjectif. Qui peut se déclarer expert pour le faire, en fonction de quels critères ? Moi-même je suis sensible aux critiques qui me sont faites en face en direct et qui alors m’aident.

Pouvez-vous nous citer votre matière première préférée ? détestée ?

Difficile de citer une matière préférée, il y en a plusieurs, entre autres l’essence de rose vertigineuse, le patchouli mystérieux sexy, l’hédione comble de la délicatesse,le vétyver suave et torride.

Matière détestée ? dihydromyrcenol, les santals synthétiques, certains nitriles...

Quand sortira votre prochaine création ?

La prochaine création sortira chez Goutal dans à peu près deux mois.

(Interview réalisée en février 2008)

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Thelittlebox

par Thelittlebox, le 9 février 2015 à 17:40

Houuuuuuuuuu je viens de recevoir les 4 échantillons des parfums de la marque !
Hâte de tester !

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Mado33

par Mado33, le 12 août 2012 à 20:29

J’ai lu tout Maupassant dans ma jeunesse ( waouh quel Maître ! ), hélas je ne me souviens pas du moindre mot, merci d’éclairer plus que ma lanterne ma thymie bien maussade ( lol ), le lilas représente la mélancolie pour moi ( le caractère éphémère de la vie disons ), mais à cette époque il avait visiblement un autre sens que la tubéreuse ou la fleur d’oranger n’ont certes pas perdu du tout !
Et puis Hermès a dédié un parfum à Maupassant, du coup il faudra que j’aille redécouvrir ce parfum légendaire à défaut de relire l’auteur. Baudelaire, Maupassant via Bel Ami, et sûrement d’autres encore. Bien sûr, l’olfactif est l’élément le plus important de nos vies, Freud avait bien tort de mépriser l’odorat, c’est LE sens par excellence.

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par Jicky, le 12 août 2012 à 21:31

C’est surtout dans ses nouvelles qu’il y a le pouvoir annonciateur des odeurs... Dans ses romans, c’est beaucoup plus pour étayer que pour annoncer (naturalisme oblige) donc plus social etc.

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Jicky

par Jicky, le 12 août 2012 à 20:12

Plus que Flaubert, le rapprochement sexualité/odeur est flagrant chez Maupassant !
(le lilas annonce toujours une scène sexuelle, et il arrive que certains héroïnes jouissent de la puissance olfactive des fleurs comme l’oranger, la tubéreuse, le lilas, etc...)

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par Matthieu, le 12 août 2012 à 20:35

Oui c’est sûr il adorait les parfums. Il était "archi fan" de Houbigant il me semble.

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Mado33

par Mado33, le 12 août 2012 à 20:07

Je me doute... Homais le pharmacien et oui.
Propreté chirurgicale aussi évidemment dans l’écriture ( parfaite ), mais derrière cela se cache autre chose, précisément toute la saleté d’une certaine bourgeoisie ( dsl je n’appartiens pas à la bourgeoisie c’est sans doute ce qui m’a fait réagir ).
Bref, on se comprend !

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par Matthieu, le 12 août 2012 à 20:27

Exactement. Merci d’avoir mis des mots sur ce que je voulais dire. C’est ce qui résume parfaitement ce parfum pour moi ! Isabelle Doyen, le nez de l’une des maisons les plus proprettes/16ème/petite fille parfaite, Annick Goutal, qui crée avec une écriture presque chirurgical un parfum de peau salée, chauffée presque sexuel. Il faut que vous essayez ce parfum ! J’adorerais avoir vos impressions également.

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Mado33

par Mado33, le 12 août 2012 à 19:43

Hello,
Je ne connais pas ce parfum mais quel flacon ! Oh il est somptueux !
Quant à Flaubert, le mot " classe " m’a fait sourire, oui d’accord si on compare aux " écrits " minables de Régine Desforges ( et je suis gentille ), mais tout de même son père était chirurgien et Flaubert en garda un souvenir très vivide, notamment dans Madame Bovary. Du sexe idéalisé chez Flaubert ? Oh que non, tout l’inverse puisque justement découpé au scalpel.
Pour revenir au très pertinent " Un parfum doit-il sentir " ? Oui au fait ?
Bonne soirée.

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par Matthieu, le 12 août 2012 à 19:53

Je citais Flaubert uniquement pour la représentation d’une sexualité bourgeoise, utilitaire/procréatrice et hygiénique (Homais). Donc tout sauf "sale". :)

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par Matthieu, le 12 août 2012 à 16:51

En recherchant des infos sur LesNez (je viens de recevoir leurs échantillons) je viens de lire cet interview. Très intéressant !
Et j’aimerais vraiment trouver plus de critiques sur l’Antimatière qui est un parfum des plus surprenants. Aucune note de tête puis un parfum enveloppant, très "je viens de faire l’amour dans des drap propres qui ont chauffés au soleil". Ce qui est assez étonnant c’est aussi que parfois on ne le sent pas et parfois il est très présent. Ces deux états alternent régulièrement. Certaines personnes le sentent (et parfois de loin), d’autres en sont incapables. Pour moi ce fut un vrai coup de coeur. Et je suis ravi de lire cette interview où elle cite l :’antimatière comme le parfum dont elle est le plus fière.
Sinon pour les autres parfums, j’ai adoré le nouveau Vetiver "Front". Très fort, très vetiver, un fini boisé un peu crémeux. Une vraie réussite. Unicorn Spell est intéressant aussi : Violette glacée, un peu d’Iris, pour moi ça sent les bourgeons de dahlia !
Bref, un nez que j’aime bien. Sables, Ninfeo Mio, L’Antimatière... Isabelle Doyen a créé de bien jolis parfums...

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par Jicky, le 12 août 2012 à 19:10

Sans vouloir nous faire de la pub, voici l’article sur L’antimatière sur J&P qui a été écrit par notre lectrice Tangerine (que nous remercions à nouveau !)
Pour ma part, c’est un parfum que j’aime beaucoup mais que j’ai pas encore eu assez l’occasion de tester. J’y vois moins un parfum sexuel qu’un parfum jouant sur le propre de l’odeur. Un parfum doit il sentir ? Je pense que j’aurais l’occasion d’en reparler...
Isabelle Doyen est un ange. Elle fait partie de mes nez préférés je pense !

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par Matthieu, le 12 août 2012 à 19:29

Merci Jicky ! Je voulais justement lire d’autres avis. Très bien écrit et il y a des passages tellement vrais : "Elle se trouvait chez sa grand-mère, une maison en bois au bord de la mer, toujours imprégnée d’air salé." Ce parfum me rappelle aussi le bord de mer en corse, les serviettes propres posées sur le sable chaud, peau salée après la baignade...Encore un parfum ’madeleine de Proust’.
Mais en même temps pas enfantin.
Car ce coté sexuel, pour moi il est très très présent mais pas avec des tonalités ’sales’. Plus pour le coté peaux chauffées. Du sexe idéalisé et propre d’un roman de Flaubert (ou pour faire moins classe, d’un bon vieux téléfilm américain où les acteurs sont très pretty & clean même après un ébat).
J’ai du mal à expliquer tout ce que me fait ressentir ce parfum. Et en particulier ces vagues successives où on a l’impression de ne rien sentir et en même temps mon copain qui était un jour bien derrière moi dans la rue me disait qu’il ne sentait que moi. Etrange. Parfum presque parfait.
Donc Il me tarde d’avoir ton avis si tu l’essayes complètement un jour :) :) ! J’adore ton blog et ta manière d’écrire.

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par Jicky, le 12 août 2012 à 20:10

Je vois ce que vous voulez dire, oui oui. Mais est ce que parfois on peut détacher le parfum soit du rapprochement culinaire soit de la sexualité ?
Cest vrai après tout ? Un parfum sans sexe et sans saveur...
Merci en tout cas, je suis flatté ! Mais je souligne bien, ce texte sur L’antimatière a été écrit par une lectrice qui s’est essayé à l’exercice de l’écriture ! Encore merci Tangerine !

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par Jicky, le 12 août 2012 à 20:17

Je me fais des réponses à moi même...
Depuis Jicky, la sexualité en parfum est omniprésente. La parfumerie se baigne dedans. Mais si ça se trouve, cette sexualité est une sorte d’illusion, une sorte de flaque d’eau au dessus de la parfumerie qui ferait que quand on se penche pour observer la parfumerie, on ne voit qu’un reflet plutôt que le sujet en lui même.
On ne voit alors qu’un vide attirant, et le propre de l’homme à "combler le vide" nous pousse à associer les deux !
C’est pour ça qu’au final il ne faut pas tuer la dualité du parfum !

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par Tangerine, le 14 août 2012 à 09:25

Merci pour la mention !
Isabelle Doyen est l’une de mes nez préférés, capable de passer à la beauté délicate et rétro des Goutal comme Grand amour et Heure exquise à un boisé réjouissant comme Let Me Play the Lion et bien sûr l’ambre gris très intime de l’Antimatière.

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