Auparfum

Le parfum comme oeuvre de l’esprit ? Pas pour 2014 !

par , le 5 janvier 2014

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La nouvelle arrivée ce vendredi 3 janvier 2014, est tombée comme un cheveu sur la soupe du nouvel an tout frais des perfumistas.

La Cour de Cassation saisie pour une affaire de plagiat opposant la société Lancôme à un vendeur de parfums ambulant, a confirmé le premier jugement de la Cour d’Appel de Nancy, en stipulant qu’un parfum "n’est pas une œuvre de l’esprit susceptible d’être protégée par le droit d’auteur".

Le vendeur proposait en effet sur les marchés une fragrance intitulée La Valeur, semblant correspondre de façon troublante au fameux Trésor de la maison Lancôme. Tout au plus ledit vendeur pourrait-il être poursuivi en dommages et intérêts pour concurrence déloyale.

Cette nouvelle décision de justice, qui s’est d’ailleurs appuyée sur la jurisprudence existante, relance de débat de la protection des œuvres olfactives qui ne sont donc toujours pas considérées comme des œuvres de l’esprit à part entière. Cette impossibilité pour le parfum d’être reconnu comme une œuvre tiendrait au fait que, selon la Cour, la forme "sensible" d’une fragrance n’est pas suffisamment "identifiable et précise" pour permettre sa communication et sa compréhension de façon uniforme par le public. En d’autres termes, le parfum, c’est trop subjectif.

La question de la protection des parfums est un sujet très épineux, emportant dans son giron des problématiques telles que celles des reformulations, de la paternité d’un parfum (la marque, le parfumeur, le parfumeur et les évaluateurs/rices ?), ou du plagiat.

Mais ces créations ne méritent-elles pas une forme de reconnaissance ? Y a-t-il, auprès du grand public, une méconnaissance si grande du métier de parfumeur ?

Cette décision vient relancer le débat : est-il légitime qu’un parfum soit protégé par le droit d’auteur ? Et plus largement : la parfumerie sera-t-elle un jour reconnu comme un Art ?

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Lancôme
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par , le 30 mai 2014 à 12:36

Je comprends bien le souci de certains, mais c’est un sujet difficile aujourd’hui. Quid du droit d’auteur dans le cas d’un parfum tellement remanié par les marketeux et les terrifiants "panels de tests" ? Qui plus est quand ce sont trois "nez" qui s’y collent (comme dans le cas de "La vie est belle", de Lancôme). Il y avait certes une "idée initiale", un geste artistique au départ, mais tellement labouré ensuite... qu’on se demande, in fine, QUI est l’auteur du parfum ? C’est une "oeuvre de l’esprit" de QUI finalement ? Le "nez" ? La boîte qui l’emploie ? Le public test (qui a tout ramené à lui) ? Epineuse question. Qui se pose moins, bien sûr, lorsqu’il s’agit d’un petit parfum de niche loin de la grosse machine broyeuse. Tout comme on se demande qui est l’auteur d’un blockbuster cinema type Superman volet 7... Pas évident de trancher, et c’est bien pour ça que la justice pédale dans la yaourt. Les auteurs véritables disparaissent sous des couches qui les dépassent.

Par ailleurs, et là c’est juste pour amuser (et relancer ?) le débat : Pourquoi la fameuse tarte Tatin n’est pas une oeuvre de l’esprit à ce moment là ? Et le lapereau aux pistaches ? Et la ratatouille au mérou confit ? Recettes imaginées tout d’abord par d’audacieux cuisiniers, et sacrément créatifs...

Ce qui nous pousse à nous demander, finalement : qu’est-ce qu’une oeuvre de l’esprit à l’ère du copié-coller, des réseaux de partage de données, et des "mêmes" ?...

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Jean-David

par , le 6 janvier 2014 à 11:39

Voici ce que m’inspire le texte de Poivre bleu d’hier soir ; je répondrai du même coup à Chris.

1) Le statut d’oeuvre doit être reconnu au bénéfice de toutes les formules de la parfumerie artistique : parfums sous forme d’extrait, eaux et huiles de parfum, eaux de toilette, à l’exclusion des cosmétiques de type shampoings et gels. Si des molécules odorantes sont brevetées, à plus forte raison les formules complexes, formant oeuvre, doivent-elles être protégées.

2) C’est le parfumeur lui-même, créateur de la composition d’un parfum, qui doit se voir reconnaître le droit de propriété intellectuelle sur son oeuvre. La firme qui l’emploie, la marque commanditaire, font figure de producteur et d’intermédiaire ; à ce titre, elles tirent de la commercialisation de l’oeuvre la majorité des bénéfices qu’elle engendre. Il est tout à fait normal que le parfumeur ait vocation à recevoir un pourcentage de ces bénéfices, en tant que créateur, indépendamment du salaire perçu pour son travail.

3) A défaut de jurisprudence suffisamment créative et affranchie d’un ordre social favorable aux grandes firmes, c’est à la loi de corriger l’anomalie où nous nous trouvons : légiférer pour reconnaître au parfumeur un statut d’auteur, et au parfum celui d’oeuvre, engendrant des droits d’auteur pour son créateur.

4) Il ne faut donc pas reculer devant la complexité d’une situation dans laquelle le parfumeur n’est pas indépendant : c’est précisément à la loi de prendre la mesure des nécessités de notre temps, et de faire correspondre l’état du droit avec la réalité de la création.

5) A cette fin, c’est un devoir sacré pour les parfumeurs de se fédérer afin de faire progresser le droit, et c’est un devoir civique pour les citoyens que de faire pression pour le respect de la création et du patrimoine, dans toutes les formes de la loi.

6) Quant au ralentissement à prévoir dans la production, c’est tant mieux. Trop de flankers, trop de lancements, trop de piètres lancements tirent la parfumerie vers le bas, contribuant d’ailleurs à confiner celle-ci dans un rôle exclusif d’industrie, au détriment de son caractère artistique. Ce ralentissement ne sera pourtant pas fatal à l’industrie : tout au plus, les scandaleux bénéfices des grandes enseignes seront-ils ralentis durant quelques années. Le consommateur ne pourra que se féliciter d’être moins sollicité : il faut du temps pour qu’un parfum réellement artistique s’intègre à la culture. Autre effet bénéfique : un moindre anonymat du parfumeur, ce qui est important, tant du point de vue de la reconnaissance de cette profession, que de la transparence.

7) Le plagiat : il est parfaitement normal, dans le cadre de la protection de la propriété intellectuelle, de protéger les œuvres contre le plagiat de la même façon qu’on le fait pour les productions littéraires et pour la musique. Il est certes plus facile de faire constater un plagiat pour un texte que pour une musique, et ce doit être plus facile pour une musique que pour un parfum. Mais j’observe que des experts sont cités devant les tribunaux quand les magistrats ne peuvent à eux seuls reconnaître l’évidence d’un plagiat musical ; de la même manière, il ne serait pas difficile de dresser une liste d’experts auprès des tribunaux en matière de parfum, afin de distinguer le plagiat du simple emprunt ou de la simple proximité d’inspiration.

Il faut à ce propos distinguer le plagiat de la contrefaçon. Est-il possible, en dehors des cas de contrefaçon, de parler de plagiat en matière de parfumerie ? Oui, dès lors que l’on reconnaît au parfum le caractère d’une oeuvre, elle-même définie par le choix discriminant d’un ensemble de matériaux, de proportions, de formalisations, d’une conception d’ensemble et d’un résultat sensible. Ces éléments sont loin d’être exclusivement subjectifs.

8) Reformulations : là encore, si la propriété intellectuelle est reconnue, l’effet sera excellent pour le consommateur : le droit de faire un flanker ne sera pas remis en cause, de même que l’on peut librement reprendre une musique avec une autre orchestration. Mais il est indispensable à la protection du consommateur de ne pas brouiller son information : il faut donc respecter la formule originale qui s’attache au titre original d’une oeuvre.

9) Concernant les abus d’organisations non élues, qui méconnaissent la création et interdisent certaines matières sous le prétexte de protéger la santé publique, il est piquant de constater qu’elles ne trouvent rien à redire à l’utilisation de produits chimiques autrement dangereux que des produits naturels parfois allergènes, ni à l’intrusion de l’aluminium dans nombre de cosmétiques, alors que ce métal est nuisible à la santé. Là encore, c’est à la loi de remettre de l’ordre, et de faire prévaloir le politique, au sens noble du terme, sur la technocratie.

10) En conclusion, j’aimerais attirer votre attention sur le fait que la propriété attachée aux formules des parfums existe bel et bien ! Elle est simplement captée à leur profit par les sociétés qui emploient les parfumeurs, et par les sociétés qui exploitent les parfums, au lieu d’être principalement reconnue à leurs créateurs. La jurisprudence qui ne reconnaît pas le statut d’oeuvre de l’esprit au parfum n’est donc pas innocente : protectrice d’un ordre social reposant sur l’exploitation du travail, y compris du travail de l’esprit, par une caste de possédants, la justice a tout intérêt à traiter le parfum comme un banal produit de consommation, afin que les créateurs n’aient pas leur part dans les bénéfices engendrées par leur travail. Ce schéma peut bien se retourner contre de grandes marques, ponctuellement, comme dans le cas dont la Cour de cassation a eu à connaître ; le principal est de ne pas remettre en cause le schéma général qui protège "les honnêtes gens", c’est-à-dire le grand capital. Mais c’est peut-être là un très injuste procès d’intention à l’encontre des magistrats de la République ; qu’ils me pardonnent en ce cas ! Souhaitons simplement qu’ils se comportent bien en magistrats de la République, et non en garants d’un ordre injuste.

Allez, et ne pêchez point !

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par , le 6 janvier 2014 à 12:25

Ah ah ! Bonjour Jean-David,
Et merci pour cet excellent exposé complet et fouillé des différents points soulevés par cette décision et par nos échanges. Je suis heureuse de voir que vous faites partie de ceux qui ne baissent pas les bras et qui semblent voir cet imbroglio comme démontable et possible à clarifier.
Il est vrai que le législateur pourrait prendre les mesures que l’industrie et les parfumeurs n’ont pas encore été capable d’appuyer et de promouvoir. Après tout, le Ministère de la Culture a bien su décerner plusieurs médailles en 2012 à des parfumeurs, leur accordant, par ce geste, un statut bien plus noble que celui de simple exécutant-tambouilleur-marmiton.
Mais vous soulevez le point épineux de la position de l’industrie dans tout cela, qui n’est peut-être pas prête à renoncer à l’ordre actuel des choses, un ordre bien trop lucratif pour eux pour vouloir le modifier. Le lobby de la parfumerie existerait-il vraiment ? Mais pas celui que l’on voudrait ? Je ne sais pas. En tout cas, j’espère que vous avez raison et qu’un jour la loi saura évoluer dans le bon sens...

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par , le 6 janvier 2014 à 15:57

Tout d’abord très belle année parfumée à toutes et à tous
En ce qui concerne ce sujet passionnant, il m’évoque juste que la vie est faite de changements et que le cadre juridique du parfum doit être corrigé pour deux raisons ; c’est véritablement une oeuvre de l’esprit et il est toujours bon de mettre un peu d’esprit dans une industrie galopante.
J’ai espoir que cette nouvellle considération engendrerait un cercle vertueux dans lequel, on incluerait une approche plus ethique à chaque étape de la fabrication et in fine de la consommation donc du consommateur.
Oui je sais, c’est mignon mais j’y crois et j’ai été agréablement étonnée de voir quelques parfumeurs décorés par le ministre de la culture, c’est déjà un pas, reste à transformer l’essai, statuer et asseoir un cadre à cette formidable inspiration créatrice.

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par , le 6 janvier 2014 à 18:33

Bonsoir,
Merci également pour ce "rapport" très complet et très intéressant. Au moins ça va dans le sens de l’un des points que j’ai abordés : la question est complèxe, sensible, ce n’était pas la question posée à la cour de cassation et donc surement pas à elle de se prononcer sur le sujet.

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par , le 6 janvier 2014 à 10:48

L’enjeu de la "défense" de Lancôme, c’est le COMMERCE.
Rien d’autre.
Aussi "noble" que se réclame la démarche, ce qui les défrise, c’est tout l’argent que, censément, les acheteurs des marchés n’iront pas dépenser en Parfumerie...
Mais, si je peux me permettre ^^ si les parfums n’étaient pas devenus HORS DE PRIX depuis la mise en place de l’euro, personne ne perdrait de clients...
Soyons honnêtes, qui maintenant peut se permettre de "claquer" 300 euros par mois pour se parfumer autant qu’il le voudrait, ceci cumulé aux charges EXORBITANTES que suppose une vie bien installée, avec loyer, voiture, frais de vie courante, avec ou sans enfants à élever ?
Pas grand monde, convenons-en !
Et encore, nous ne parlons là que des JUS, pas des crèmes, soins, maquillages et autres onguents que ces officines devraient nous mettre à disposition à des prix abordables pour soigner nos physiques devant rester "visuellement cohérents"...
Ces produits, qui ont au plus six mois de vie devant eux, dans le meilleur des cas, qui sont proposés à des prix véritablement SCANDALEUX...
Le parfum est vraiment devenu un produit DE LUXE...
J’ai moi-même acheté de ces "imitations", quand les vaches maigres devenaient anorexiques...
Bien sûr, j’aurais préféré l’ambiance des parfumeries (quoi que... ) et payer la tête haute mon Jus de Bon Faiseur, et sortir enchantée et les yeux pleins d’envies avec mon p’tit sac Tsoin-Tsoin à la main...
Mais... quand les patates sont menacées, ça sent le "bon marché", un point, c’est tout !
Mon salaire de secrétaire divorcée et au smic ne me permettait plus d’acheter mes merveilles dans les magasins dévolus au luxe... tout simplement...
Et... si je peux ENCORE me permettre, acheter "comme ça" ne m’a pas empêchée de reprendre le chemin de la Parfumerie "normale", une fois les vaches maigres remplumées, qui plus est, j’ai même découvert d’autres fragrances que je n’aurais peut-être pas essayées, sans cette expérience curieuse et inédite, pour moi !
Comme quoi, il ne faut jurer (ni juger) de rien...
Les grandes marques ont tout à gagner à se laisser "imiter", les jus de Bon Faiseur ayant (quand même) plus de pérennité sur peau que ces aimables "imitations" qui permettent d’attendre des jours meilleurs sans renoncer à ses effluves adorés...
Je connais des dames "très bien" qui pratiquent ces "ventes de marché" pour économiser leur "potion magique", tant elle revient cher, de nos jours...
On se parfume "en grand" pour sortir, ça devient une chose commune, par ces temps de crise récurrente et morose...
Il n’y a pas de petites économies, les marchés se remplissent, les parfumeries se vident, mais le flux n’est pas figé...
Avec des tarifs moins prohibitifs, les gens pourraient envisager de retourner en parfumerie un peu plus souvent... notamment les "middle class", qui retrouveraient ainsi les moyens de se faire plaisir, sans pulvériser leur PEL... ^^
Quand on sait la quantité qu’écoulent les fameux marchés, des prix médiants en parfumerie mettraient tout le monde d’accord... CQFD...
Les Parfumeurs sont unanimement reconnus CREATEURS par leurs clients attitrés, les heureux mortels qui ont les moyens de sur-consommer leurs jus inabordables, de nos jours... Où est le problème ?
N’est-il pas plutôt que, la qualité des jus en question baissant d’année en année, les fameux clients attitrés se mettent à feuner du côté des marchés, lorgnant sur des produits peu ou prou de "même facture" ?
J’ai porté une superbe imitation d’Opium que j’ai même fini par préférer au "vrai", tant celui-ci avait été dénaturé par une main criminelle... (ou un "nez", allez savoir...) ^^
Bref, une histoire de "gros sous", tout ça, et la volonté des Maisons de gagner toujours plus en en donnant dix fois moins, que voulez-vous, un moment donné, la quadrature est close...
Comme cette affaire de "propriété créative"...

^^

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par , le 6 janvier 2014 à 12:04

Bonjour MonaJoys
Je suis arrivée à la même conclusion que vous sur le sujet. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à acheter des jus tout à fait bien construits chez des enseignes pratiquant des prix ’honnêtes’ comme Fragonard, l’Occitane et même quelques trouvailles chez des imitateurs, qui m’ont pleinement satisfaite.
Et oui, certains Dior et autres sont de vrais scandales et un manque de respect flagrant envers la clientèle. L’écart de qualité n’étant plus toujours flagrant, pourquoi se ruiner, si ce n’est pour se dire que l’on porte une maaaarque !
J’espère que ce n’est qu’une mauvaise passe de la parfumerie. La maison Guerlain semble avoir décidé de réagir à ce constat préoccupant. Quand on est très bas, on ne peut que remonter, non ?

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par , le 6 janvier 2014 à 13:32

Bonjour Lolo ;-)

Remonter ? Mais... je l’espère bien !!!
Tout comme j’espère voir ce merveilleux "produit" qu’est le parfum, d’usage quotidien (voire multi-quotidien selon nos activités) revenir à des prix décents...
Tout le monde n’a pas un "nez", et la fugacité d’un sillage nous autorise toutes les transgressions de clientèle, qu’on se le dise !!!
Les "riches" ne sont pas ceux qui consomment le plus, c’est AUSSI une évidence !
Je reste fidèle aux grandes Maisons, mais... j’ai divisé par deux (en dix ans) ma consommation de parfum, et... j’ai, comme vous, découvert des valeurs sûres chez l’Occitane et autres Parfumeurs de Grasse, moins chers et bien plus "heureux" dans le choix de leurs ingrédients...
Avec bonheur et sans frustration, il faut bien le dire !!!
C’est une autre façon de se parfumer, tout simplement...
Je peux m’adapter à un produit, pas à la ruine de mon budget !
Que les marques tirent les leçons de leurs avatars, nous reprendrons (gaiement) le chemin de leurs officines...
Evidemment...

 ;-)

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ChrisB

par , le 5 janvier 2014 à 22:27

Bonsoir,
Je vais peut-être jeter un pavé dans la mare, mais je suis assez d’accord avec le jugement de la cour de cassation. Il est difficile, pour ne pas dire impossible de parler de plagiat sur un simple critère olfactif. Lorsque dans une foire - comme nous le constatons souvent - on nous vend du parfum en clamant clairement "voilà du Angel", "là c’est du Opium"...."je vous fais le lot de 5 pour 50 € alors qu’on parfumerie c’est 500 €", avec des noms et des flacons plus qu’équivoques, là on peut parler de contrefaçon. Mais lorsque le flacon n’a rien à voir, le nom itou, que seule la fragrance se rapproche de l’original, est-il juridiquement et OBJECTIVEMENT possible de parler de plagiat ? Si oui, et bien vous pouvez définitivement fermer une des parfumeries les plus célèbres de Grasse (dont je tairai le nom), et virer pas mal de flacons de chez Séphora and co. D’ailleurs, relisez tout les commentaires sur ce site : combien de fois peut-on lire "ce nouveau parfum évoque tel ou tel parfum ?". Alors, plagiat, pas plagiat ?

Et pour aller plus loin : qu’en serait-il alors du goût ?

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par , le 5 janvier 2014 à 23:22

Je suis assez d’accord mais en fait je crois que le problème n’est pas trop là. Ce qui fait chier dans le truc c’est que "le parfum n’est pas reconnu comme œuvre de l’esprit". Ce qui est faux. Point.

Après, les conséquences sont multiples. Et pas forcément applicables. Que Lancôme l’ait dans l’os bon, ok. Néanmoins, cela pose la question du statut du parfum et du statut du parfumeur. Après la question du plagiat est complexe et traverse le milieu artistique depuis la nuit des temps.
Sauf que pour en venir à cette question, il faudrait d’abord reconnaître le parfum comme "œuvre de l’esprit". C’est tout. Le reste - et c’est là qu’est toute la difficulté - c’est l’industrie, le système autour qui bloque.

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par , le 5 janvier 2014 à 23:32

Bonsoir,
Je suis tout à fait d’accord, mais malheureusement on tourne encore et toujours en rond : pour les oeuvres reconnues, ce n’est pas vraiment l’oeuvre en elle-même qui est protégée, mais son auteur. Ce serait donc le créateur de parfum qui serait protégé, non la marque. Tant mieux, mais ça ouvre alors la voie à d’autre problèmes...

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par , le 5 janvier 2014 à 23:40

Ah ça c’est sur qu’on est pas sortis de l’auberge...
Mais ne l’oublions pas, la parfumerie est un art "jeune" (bon, 5500 ans avant JC quand même). Disons que la parfumerie moderne est jeune. Donc c’est que le début. Mais ce serait cool de régler cette question quoi.
Juste transformer le "ce n’est pas une œuvre de l’esprit" en "c’est une œuvre de l’esprit". Rien que ça ce serait bien.

(je sais, je vis dans le monde des bisounours)

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par , le 5 janvier 2014 à 23:47

Voyez le nombre d’avis, de commentaires, juste entre quelques personnes. Imaginez la même chose, dans une cours de justice, avec toutes les conséquences qu’il peut y avoir derrière. La question est très très complèxe.

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par , le 5 janvier 2014 à 23:29

Bonsoir ChrisB,
Le problème avec ce genre de jugement c’est qu’on relègue l’olfaction au rang de sens bâtard et inutile puisque difficile à utiliser. Parce que le problème a mes yeux est déontologique. En acceptant que le moindre quidam soit incapable de dire si un parfum ressemble à un autre au point de dire que c’est une copie, cela revient à dire que l’olfaction est un sens archaïque sur lequel on ne peut pas se fier. Platon, aristote et surtout Kant, qui jugera l’olfaction "d’inutile et ingrat", sont les pères d’une pensée qui, à mes yeux, mériterait d’être franchement dépoussiérée.
Ce que vous dites est loin d’être faux chrisB mais en acceptant la décision de la cour, c’est comme dire à la parfumerie d’aller jouer avec ses crottes de nez parce que l’art qui mérite d’être protéger c’est "une affaire de grande personne" :)
Et lorsqu’on va dire que ce parfum fait penser à celui là, il y a une certaine réserve dans l’emploi de "fait penser à". Un parfum à le droit de s’inscrire dans la lignée d’un autre, en reprenant des effets, des facettes mais il n’a pas le droit d’être tout bonnement une copie. Ce pose alors le problème de l’inspiration ou plagiat .

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par , le 5 janvier 2014 à 23:39

Bonsoir,
Là dessus on est tous d’accord. D’ailleurs tout le monde sait que la mémoire olfactive est la plus vive. Mais remettons les choses à leur place : est-ce à la justice de décider que le parfum est une oeuvre, sur une "simple" plainte pour plagiat ? N’est-ce pas aussi aux parfumeurs de faire leur travail et d’intenter une véritable action pour que leur art soit reconnu ? Mais en ont-il vraiment envie ? Une fois la boîte de Pandore ouverte...

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par , le 5 janvier 2014 à 23:45

J’oubliais pour le "fait penser à", désolé, tout à fait d’accord, cependant il n’y a pas toujours des réserves, et avec juste raison ; et là on ne parle pas de parfum vendus dans la rue.

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par , le 5 janvier 2014 à 23:48

Demachy (encore lui) refuse clairement de se considérer comme un artiste. Ernest Beaux, Roudnitska, Mathilde Laurent se considèrent comme des artistes. Bref... Il faudrait poser la question à une parfumeuse chez IFF qui adore les kabochomvair juste par curiosité...

 

A la base, je voulais juste dire que je ne suis pas sûr que la mémoire olfactive soit forcément la plus vive... En fait, je pense tout simplement que c’est la plus surprenante. Le sens est tellement négligé qu’on ne s’y attend pas. Et plus on fait attention à son odorat, moins on a ce genre de claque de mémoire olfactive je trouve (purement empirique, c’est mon cas en tout cas). De plus, les gens ont quand même une mémoire olfactive (ou parlons peut être de "bagage olfactif") assez naze quand même, ce qui est normal. Parce que entre le ça sent fort, frais, fruité, va tenter de parler d’une matière première... (Bien entendu, il y a la question du vocabulaire).

ah tiens, je fais un GROS hors sujet.
*tente une pirouette de rattrapage*

Tout ça pour dire qu’il faudrait aussi éduquer les gens, les sensibiliser à la question !
*s’éponge le front de soulagement* (oui, la pirouette était hyper facile)

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par , le 6 janvier 2014 à 00:00

Bonsoir Jicky,

J’avoue que je kifferai vous rejoindre dans votre monde des "bisounours" où les gens sont éduqués olfactivement et où le parfum est une œuvre de l’esprit haha ! ( à tout ça on rajoute un gros doigt à l’IFRA et à la commission européenne et là on a un monde utopique où il ferait bon vivre !

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par , le 6 janvier 2014 à 00:21

Vous allez bouffer du Narcisse Bleu et du Iris Silver Mist dans ce monde là... Faut s’accrocher.
Et je ne vous parle pas de Guerlain...

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par , le 7 janvier 2014 à 15:33

Je vous rejoins à 200% et je ne trouve pas votre commentaire hors sujet, bien au contraire...
A l’école, on éduque bien évidemment la vue, on apprend les couleurs, les formes etc...
On éduque l’ouïe, quoiqu’un peu moins bien, à travers la musique, les langues...
Tout petit on apprend à reconnaître par le toucher les textures (ma fille a quantité de livres avec des trucs mous, durs, rugueux, doux...)
Restent le goût et l’odorat, qui sont liés. On va dire qu’à la cantine on apprend basiquement le goût.
Maintenant quid de l’odorat ? Combien d’heures dans les programmes scolaires ? Combien de mots dédiés dans notre langage ???
Et sans éducation, sans langage, comment parler, reconnaître, critiquer, comme on peut le faire d’autres oeuvre d’art ? Bien sûr qu’une formule est un élément fort, identifiable, différentiable. Mais ce n’est pas ça l’oeuvre.
Au-delà de faire reconnaitre le métier de parfumeur comme un vrai métier artistique, ce qui est une évidence aux yeux des quelques intéressés par le domaine, il faudrait éduquer en masse nos enfants au monde de l’odorat.
En attendant, je le fais avec la mienne. ;-)

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par , le 7 janvier 2014 à 15:41

Personnellement, je vote Aaricia si remaniement ministériel il y a :D !

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par , le 7 janvier 2014 à 17:19

OUI Aaricia, c’est très juste.
A quand la semaine de l’odorat, ou alors la journée (au pire).
Mais je n’ai pas attendu cela pour éduquer les enfants aux parfums et les y mettre par la même occasion ( c’est pas drôle, d’accord), avec une réussite très moyenne auprès des hommes, mais ma fille est aussi folle que moi et commence à posséder une collection qui frise l’indécence, si l’on considère ces temps de crise,, dont j’entends parler depuis 1970....mais passons !
Le superflu et parfois indispensable.

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par , le 7 janvier 2014 à 17:31

C’est très bien ça, à défaut de semaine ou de journée de l’odorat, l’éducation des proches, la communication de la passion est un de nos devoirs de perfumistas !

Ma petite soeur de 11 ans est capable de différencier une rose d’une tubéreuse (en nommant et en disant pourquoi), elle distingue la plupart des classiques Guerlain (brave petite) et sait apprécier aussi la niche pointue de Vero Kern des grands publics de Mathilde Laurent :D !

(et son délire c’est de parfumer mes sous-vêtements avec Vol de Nuit... chacun son trip hein...).

Et c’est aussi pour ça qu’il faut partager au mieux les bons reportages sur le parfum à la télé ;) (poke Aaricia ;) sans rancune hein ! je suis pas le grand méchant loup décrit sur bt !)

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par , le 7 janvier 2014 à 20:22

Elle est à bonne école, la petite soeur !
Ma fille aussi a un nez incroyable qui distingue bien les facettes d’un parfum et reconnait toutes les familles et sous-familles ... bien mieux que moi, je dois l’admettre. C’est pareil pour les vins et la cuisine en général. Une truffe de malinois !

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par , le 8 janvier 2014 à 10:35

Pas de souci, Jicky, je ne suis pas femme à me vexer d’un échange un peu vif sur un sujet passionnant.
Par contre, grand méchant loup sur BT ? Je le fréquente depuis à peu près 1 an, et honnêtement je n’ai jamais entendu parler de vous en ces termes... ;-)

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par , le 8 janvier 2014 à 11:21

Juste un petit ramenage de fraise, Jicky, pour confirmer les dires d’Aaricia : pour fréquenter assidûment BT, à ma connaissance, tu n’y es nullement considéré comme le grand méchant loup (ou alors j’ai aussi raté des épisodes)

En revanche, puisqu’on parle de copie, de plagiat et de reformulation, il faut bien avouer (nous plaidons coupables, hein, Aaricia ?) que nous avons effrontément et sans vergogne pillé, recopié et réutilisé ton terme "sniffathlon", que nous pratiquons sans modération sur BT !

A quand la même chose sur auparfum, d’ailleurs, en suivant par exemple les ballades parfumées parisiennes, ou pour des sorties à thème ?

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par , le 7 janvier 2014 à 18:31

Ah voilà ! voilà qui me fait chaud au coeur, tiens ! J’explique. Je suis documentaliste (autre appellation : la dame du CDI) et il m’a pris un jour la folie furieuse de faire une expo sur le parfum. Cela faisait des années que j’en rêvais et si je suis devenue dame du CDI c’est parce que j’aime (j’adooooooooore) faire des expos. Je m’étais fait la main en 2000, pour le fameux passage du millénaire, en proposant de remonter les siècles sur vingt semaines. L’année suivante, 2001, à l’ère infra-numérique où tout se faisait encore par la poste, je décidai de me l’offrir, cette expo sur le parfum. Bim ! Douze semaines.(Pourquoi faire les choses à moitié ?). Puis regroupir de tous les volets en une seule grande et magnifaïque exposition en fin d’année. (enfin damnée, devrais-je dire !) Je travaille loin, bien loin de vos cieux français, sous des latitudes quelque peu tropicales et demander aux parfumeurs de jouer le jeu a été une gageure. Mais ils ont été, pour la plupart, extrêmement sympathiques.Outre l’autorisation de citer leur nom dans mon expo, ils m’ont vivement encouragée, tant et si bien que Thierry Mugler ma envoyé une vitrine entière de miniatures d’Angel, que Lancôme a été super généreux, que Issey Miyaké m’a noyée sous son eau, que j’ai eu visuels Guerlain sublimes et que Chanel seul a répondu par un très sec et sans appel "cela ne fait pas partie de notre ligne marketing". (On s’en fout, on se passera de vous). Treize ans après, lorsque mes anciens élèves reviennent hanter les couloirs du Lycée Français de Tananarive, ils passent me voir et égrainent leurs souvenirs lycéens. Parmi eux, celui d’une bibliothèque transformée en laboratoire d’enfleurage à chaud, la magie de ces énormes flacons prêtés par une généreuse parfumeuse de la place (Le Dior a en fait baver plus d’une... Les Guerlain leur ont tiré des larmes de convoitise...). Et je crois bien être à la base de deux ou trois vocations.

Alors, vous comprendrez que je batte des mains à l’idée d’éduquer les mômes au respect des parfums ! Et je me demande si, à bien y réfléchir, je ne referais pas une petite expo l’an prochain...

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par , le 7 janvier 2014 à 21:44

Bonsoir rasoph ;

Wahou... que dire... c’est trop génial :D !!!
Bravo, c’est vraiment le genre de démarche supers touchantes. C’est super !!

Ah la la, c’est ça qui est quand même fou, c’est que le parfum c’est quelque chose qui touche beaucoup les gens, leur font se poser beaucoup de questions, fait naître beaucoup de vocations, c’est étonnant qu’il n’y ait pas plus de choses dessus, d’initiatives comme la votre. Ou même de véritable discours...

Franchement, c’est super en tout cas comme histoire.

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par , le 8 janvier 2014 à 10:22

Juste
BRAVO.
J’aurais aimer avoir une documentaliste comme ça dans mon collège ou mon lycée.

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par , le 8 janvier 2014 à 12:28

Bonjour Rasoph,

Je trouve votre initiative tellement géniale ! Au lycée les élèves sont obligés de passer du temps au CDI, pour les TPE (ça s’appelle bien comme ça, non ?), mais bon, ce n’est pas non plus toujours bien foufou comme approche du lieu... Alors que lier livres et parfums (ils le sont déjà beaucoup, par leurs natures je trouve), le rêve.

J’aurais moi aussi adoré être élève dans votre lycée !

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par , le 8 janvier 2014 à 15:59

Merci à tous ceux qui ont commenté mon envoi.
Je n’ai jamais conçu mon métier comme celui de rat de bibliothèque, je n’aime les livres que par ce qu’ils contiennent et j’ai choisi de devenir doc - je l’ai déjà dit je crois - pour avoir cette liberté d’action qu’offre ce métier. L’Education nationale réfléchit actuellement (si, si,des fois ça leur arrive mais souvent ça fait pschitt) à transformer des CDI, centres de Documentation et d’Information et CCC Centres de Culture et de Connaissances. Ce que j’appelle le Ccube. Si c’est bien mené, bien compris et bien appliqué, et pas essentiellement un succédané de cyber café...cela peut être une avancée formidable mais qu’en sera-t-il ? Toujours est-il que cela fait un bonne vingtaine d’années que mes CDI ont été transformés en Ccube, sans qu’aucun texte ne m’y incite... Ca c’est pour la petite histoire et pour me faire mousser un peu : My name is Soph, Ra-Soph... Mais j’essaye vraiment de faire des trucs un peu en dehors des programmes contraignants. L’an dernier, j’ai fait une expo sur le chocolat, sur 6 volets d’une semaine. Avec dégustation aléatoire. Et, suprême fantasme, une fontaine à chocolat...
Donc, pour le parfum, promis, je vous tiens au courant, quand je refais une expo. Pour l’heure le programme est un peu booké jusqu’à l’année prochaine mais je pense que ça peut être une chouette récidive.
A bientôt et toutes mes amitiés à chacun.

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par , le 8 janvier 2014 à 16:34

Wouahou :-O
Hé bien moi je dis simplement bravo pour tout ! Et voilà une idée qu’elle est belle !

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par , le 5 janvier 2014 à 23:49

Mais ils sont pieds et poings liés pour beaucoup d’entre eux. Pour avoir parlé avec un parfumeur de maison mère (Givaudan, IFF, Firmenich) Il m’expliquait que lorsqu’il gagnait un brief pour une grande marque ( genre Gucci, Mugler ) il avait interdiction de dire que c’était lui qui avait fait tel parfum dans une interview sans l’aval de la marque. C’est chaud d’être à ce point brider. Alors de là à ce qu’ils se battent pour leurs droits, y’a du boulot .

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par , le 5 janvier 2014 à 23:51

Ah ouais nan mais on parle d’une industrie bien cheloue quand même.... Entendons nous bien !
(mon dieu, j’ai besoin d’alcool)

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par , le 6 janvier 2014 à 11:08

Bonjour ChrisB,

D’autres vous ont déjà répondu, mais je souhaitais réagir à vos propos. Je pense que votre position vient peut-être du fait, comme le dit Jicky, que l’odorat n’est pas considéré comme un sens assez "valable et fiable" pour pouvoir accepter que les formes olfactives aient une identité propre et qu’elles constituent bien en une œuvre de l’esprit.

Pour petit rappel, c’est grâce au vide juridique total qui entoure aujourd’hui le parfum que de telles entreprises peuvent exister : http://www.pirate-parfum.fr/
Ce site surfe donc totalement sur l’inexistence d’une protection pour les formes olfactives, se gausse du savoir-faire et de la créativité du parfumeur, et affirme haut et fort que "de toute façon, le parfum c’est trop subjectif, ça dépend de la perception de chacun" (donc je peux vendre éhontément des COPIES sans craindre aucune représailles). Cette position n’en fini pas de me hérisser les poils, car j’en ai assez de cet argument qui ne tient pas la route une seconde. (Attention je ne m’énerve pas contre vous hein, je développe juste mon propos.)

La différence de perception et d’interprétation existe en réalité pour n’importe quel art, sous quasiment n’importe quelle forme. J’ai l’impression que les gens oublient que lorsque l’on parle d’art, il s’agit toujours de quelque chose de personnel. Regarder un tableau, écouter un morceau de musique provoquera des émotions et des images différentes, même chez un seul et même individu, selon qu’il soit triste, mélancolique, heureux ou euphorique. Pourtant, on a arrêté depuis longtemps de dire que "la musique ou la peinture, c’est trop subjectif". Pourquoi ? Parce que presque toutes les autres formes d’art (visuels et auditifs notamment) ont eu le temps d’établir un langage commun qui sert à faire correspondre les visions et les interprétations entre elles. S’appuyer sur les critiques d’art pour comprendre une œuvre est une bonne chose : cela peut donner des clés pour regarder l’œuvre d’un œil différent, ouvrir des portes pour laisser entrer des images, permettre au spectateur d’entrer, autant que faire se peut, dans la tête de l’artiste. Mais à l’arrivée, l’émotion et la perception sont personnels. Pourtant, même lorsque l’on y connait RIEN en musique (comme c’est mon cas) ou en peinture, cela ne vient à l’idée de personne de contester le fait que la musique est un art et les musiciens des artistes (Même des artistes comme Justin Bieber *tousse tousse*)...

Les parfums et la parfumerie souffrent donc du fait que le langage pour les décrire est peu maîtrisé, confus, et non-structuré par l’éducation et la culture (encore que nous sommes en France, et d’autres cultures comme la culture indienne et moyen-orientale dans son ensemble accordent une place importante aux odeurs). C’est un des points que nous abordons souvent entre nous autres passionnés : le but n’est pas que tous le monde ait la même vision, mais bien que l’on ait assez de vocabulaire en commun pour se comprendre. Et c’est en cela que pour moi le jugement de la Cour ne tient pas : il est faux et primitif de dire qu’une forme olfactive n’est pas assez distincte et précise pour pouvoir être protégée. Ce n’est pas parce que l’on ne connait pas les mots pour la décrire que cette forme n’existe pas et n’est que la répétition et la mise en application d’une recette avec variantes. C’est nier le travail de toute une industrie et c’est aussi nier tous les échanges que nous avons ici et ailleurs depuis des années.

Cependant, je dois reconnaître que la décision ne me surprend pas. On ne pouvait pas en attendre plus de la part de juristes qui ne font que se baser sur l’état actuel des mœurs et des textes de lois. Cependant, cette décision fait tout de même preuve d’un manque de courage, d’ouverture d’esprit et d’objectivité (oui, oui) assez crasse. Mais je ne blâme pas particulièrement les magistrats sur ce point, je blâme une fois de plus l’industrie et ses parfumeurs qui, incapable de se fédérer pour des intérêts autres que financiers, laissent des ignorants (magistrats, scientifiques, administrateurs et membres de gouvernements) leur dire ce qu’ils ont à faire et leur dicter la manière dont les choses doivent fonctionner dans un domaine qu’ils ne connaissent pas.

Pour conclure sur la décision et faire un parallèle un peu lourd, mais parlant, on a longtemps considéré que les populations noires étaient congénitalement débiles, que les femmes n’étaient pas capables d’avoir un avis politique éclairé et indépendant, ou encore que l’homosexualité était une maladie...

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par , le 6 janvier 2014 à 12:39

Bonjour Poivrebleu,
Puisqu’il est impossible, et c’est très bien ainsi, de "liker" un commentaire, je tiens à vous complimenter pour cette très lucide et convaincante analyse.
La reconnaissance en tant qu’"Art" de la parfumerie n’est certes pas pour demain ! Cependant l’enthousiasme qui nous anime et le goût du bel objet parfum partagé par tous les profanes ou érudits de ce site et des blogs dédiés nous rassurent quant à la vigilance d’ un "peuple" d’esthètes !
Mozart fut enterré de nuit à la sauvette comme saltimbanque...Remercions notre "système" d’avoir laissé à Jean Claude Ellena la liberté de créer l’Eau de Narcisse Bleu !
Vive l’odorat...Et prions Iris Silver Mist de nous préserver de l’anosmie...^^

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par , le 5 janvier 2014 à 20:39

Personnellement je pense que la justice devrait arreter de se "palucher". Bien sur qu’un parfum est "identifiable et précis" et ce par n’importe qu’elle personne avec un minimum de grouin. Lorsque Roudnitska parle du "Qualia" d’une matière première, c’est aussi applicable au parfum ! Je suis désolé, a partir du moment ou on se rapproche de "l’âme" d’un parfum, bien précis, alors c’est du plagiat. Pas besoin d’une forme de savoir ésotérique pour juger que tel ou tel parfum est une pâle copie. Bien sûr je mets de côté l’idée de "chef de file". On peut très bien suivre une mouvance sans pour autant tâter le travail de faussaire.
Enfin bref je brasse de l’air là, le débat est vieux comme hérode et je me sens pas l’âme de Louis la Brocante ce soir :)

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Jean-David

par , le 5 janvier 2014 à 19:39

Je vois que personne n’a relevé ma petite blague de tout à l’heure : Mon coeur juke-box, cette petite niaiserie, n’est pas de Frédéric François mais de François Valéry. Huhu !

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Jean-David

par , le 5 janvier 2014 à 15:36

Voyons un peu les moyens de la Cour : ainsi donc, la forme sensible d’une fragrance ne serait pas suffisamment identifiable et précise ? Si c’était vrai, les grandes firmes se soucieraient-elles de choisir tel parfumeur plutôt que tel autre ? Le parfumeur lui-même aurait-il soin de choisir telle matière première, d’en sélectionner la provenance et la qualité parmi mille autres, d’en régler la proportion au sein des autres notes ? Ferait-on cent tests ou cinq cents avant de le proposer au public ? Tout le travail du parfumeur, comme de tout artiste, consiste précisément à donner une forme à la matière, après avoir choisi une matière propre à servir la forme. La forme, c’est le parfum même !

Mais on nous dit que le public ne peut se le voir communiquer ni ne peut le comprendre de façon uniforme. Certes ! Un parfum, comme toute oeuvre de l’esprit, est précisément une oeuvre interprétable. Ceux qui en prennent connaissance ne le comprennent, ne l’éprouvent, ne le perçoivent pas tous de la même façon. Quelle grande découverte ! S’aviserait-on de nier à la Divine comédie, à Faust, à Don Quichotte la qualité d’oeuvre, au motif que chaque lecteur a sa lecture ? Et cela vaut plus encore pour la poésie et la musique, plus proches du parfum en ce qu’ils suggèrent souvent plus qu’ils n’explicitent.

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par , le 5 janvier 2014 à 20:22

Re-bonsoir Jean-David,

Je crois que la plupart de nos commentaires ici iront dans le même sens, mais je m’interroge quand au meilleur moyen de faire évoluer les choses. Jicky le soulève très justement, mais ce qui est un frein essentiel au statut d’Art pour la Parfumerie (et donc d’oeuvre d’art pour un parfum) vient de la structuration de l’industrie. A commencer par le métier de parfumeur. La majorité des parfumeurs qui exercent aujourd’hui, ne sont absolument pas indépendants. Ils travaillent pour une société, qui elle-même fournit une autre société. Dans cette configuration des choses, il est très difficile de savoir à qui attribuer un droit de propriété intellectuelle.

Ainsi, j’ai tendance à croire que c’est bien des parfumeurs eux-mêmes que devra venir le changement. Ce n’est qu’en se fédérant et en faisant reconnaître leurs savoirs-faire et leurs talents, ainsi que le rôle qu’ils jouent dans la conception d’un parfum que les choses pourront peut-être évoluer.
L’arrivée du droit d’auteur aurait probablement pour conséquence de considérablement ralentir la production de parfum, le temps que l’industrie digère toutes les implications que cela entrainerai. Mais il est probable que ce ralentissement d’activité lui soit fatal, compte tenu du fonctionnement actuel.
De plus, rien de ni qu’elle soit capable de le digérer, car au-delà du plagiat (qui n’est à mon sens qu’une question annexe), c’est la question des règlementations qui est en ligne de mire. Si la formule d’un parfum vient à être protégée, plus possible de la reformuler. Mais que faire si les composants de cette oeuvre sont considérés comme dangereux ? Cette notion de danger serait-elle à revoir, à aborder autrement ? Personnellement, j’ai envie de dire que OUI, il serait temps d’aborder la question des allergies différemment, mais encore une fois l’industrie est-elle prête ?

A tendance des autorités à verser dans le "total-secure", s’ajoute la volonté des laboratoires de poursuivre leur travail de brevetage (le vrai droit d’auteur en parfumerie) sur les molécules odorantes. Car pour le moment, c’est bien ça qui rapporte de l’argent. Les droits de propriété intellectuelle qui seraient reversés aux parfumeurs ne les intéressent pas, puisque ça ne rentrerai pas dans leurs caisses. Il ne faut pas oublier que la grande majorité de la parfumerie, c’est aussi le fonctionnel (gel douche, savons, shampoing, produits ménagers...) et que cela rapporte des sommes astronomiques aux laboratoires. Et de là découle une nouvelle question, doit-on protéger le parfum de notre shampoing ou de notre liquide vaisselle ? Mon avis serait de limiter le droit d’auteur à la parfumerie fine bien sûr, mais la question se pose.

Bref, il y aurait beaucoup de choses à écrire encore sur le sujet. Mais je ne peux m’empêcher d’être déçue de la décision qui est tombée dernièrement. Elle est le reflet d’une méconnaisse totale du domaine, mais que l’on ne peut malheureusement pas reprocher aux magistrats, compte tenu du "jeune âge" de la parfumerie. De plus, je suis convaincue qu’une décision en faveur de Lancôme n’aurait pas considérablement fait bouger les choses. Cela aurait simplement été une avancée de plus en faveur des parfums...

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par , le 5 janvier 2014 à 20:51

Merci Juliette pour ce texte juste, limpide et profond. J’y répondrai demain, car je voudrais à mon tour ajouter mon grain de poivre.

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par , le 5 janvier 2014 à 23:04

Bonsoir,
Oui, mais la loi protège l’auteur, pas l’oeuvre. N’importe qui peut reprendre une oeuvre du moment que la mélodie, le texte...est respecté. J’en reviens donc à d’autres commentaires. Qui protéger : la marque, le créateur... Et puis il y la remarque très judicieuse de Poivrebleu : quid des lessives, gels douche, liquide vaisselle etc etc... Quant à la notion de parfumerie fine, est-il là aussi possible d’être objectif ? Yves Rocher ? Parfumerie fine ou non ? Et Narta ? Et Monsavon ? Et un savon Roger et Gallet ? Et un savon Chanel ?

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Jicky

par , le 5 janvier 2014 à 15:18

Je pense que ce serait bien les parfumeurs se bougent un peu les fesses aussi.
Ah oui mais non, ils ne peuvent pas ^^.

Cette question est tellement compliquée, complexe et tellement imbriquée dans une industrie qui brasse tellement d’argent qu’une sorte de bouclier autistique à l’évocation de "parfum comme un art" me protège de tomber dans la folie.

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Jean-David

par , le 5 janvier 2014 à 15:12

Il doit y avoir une erreur : il n’existe qu’une Cour de cassation en France, et elle siège à Paris. Vouliez-vous dire la Cour d’appel de Nantes , ou la Cour de cassation tout court ?

Quant à l’arrêt lui-même, il est bien regrettable, et montre à quel point d’ignorance se trouvent les magistrats français en matière de parfum. Dire que le parfum n’est pas une oeuvre de l’esprit, c’est tellement faire fi de la réalité, c’est tellement nier les faits, que c’en est presque une injure. L’oeuvre peut être petite, elle peut être grande, bien ou mal inspirée, elle peut être un chef d’oeuvre ou un attrape-gogos, mais elle est une oeuvre. Quoi ? Mon coeur juke-box de Frédéric François serait une oeuvre, et le n°22 de Chanel n’en serait pas une ? De qui smoke-thon ?

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par , le 5 janvier 2014 à 15:21

Il me semble que c’est la Cour de Cassation qui confirme, au moins partiellement, un arrêt de la Cour d’Appel de Nancy.

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par , le 5 janvier 2014 à 19:52

Bonjour Jean-David,

Vous avez raison j’ai commis une erreur, la Cour d’Appel de Nantes avait effectivement jugé en appel qu’un parfum ne pouvait être protégé par le droit d’auteur, ce que la Cour de cassation (à Paris donc), avait confirmé.
Je ne suis pas une bonne juriste, même s’il est vrai que je devrais savoir ces choses là... Mea culpa !

Quand au reste, je vous réponds un peu plus haut :)

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par , le 5 janvier 2014 à 19:57

Merci chère Poivrebleu... Juliette, pas plus que Cléopâtre, n’a point besoin d’être juriste : c’est son nez qui change la face du monde !

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par , le 5 janvier 2014 à 21:25

J’ai corrigé et ré-aménagé.. j’aurais dû être plus vigilant en ce week-end frangipaneux !!

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Darjeeling

par , le 5 janvier 2014 à 14:49

Le parfum est une œuvre d’art à lui tout seul, et par conséquent devrait bénéficier d’une protection contre toute copie ou interprétation frauduleuse, comme un livre, une chanson, un tableau.
Que dire des ventes à la sauvage de parfums, sur le trottoir du côté de Barbès, venus de nul part...

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par , le 5 janvier 2014 à 23:11

Mais non, tout le monde a le droit de reprendre une oeuvre. C’est l’auteur qui est protégé, pas l’oeuvre. Aucun chanteur ne peut empêcher que sa chanson ne soit reprise. Rien n’interdit de copier un tableau, sous conditions, et le revendre à partir du moment où ne le revendique pas comme authentique. Le métier de copiste est connu et reconnu. Un parfum vendu dans la rue une misère, à partir du moment où il n’y a pas le logo YSL dessus et où on ne le vend pas en disant c’est du Chanel, désolé, mais juridiquement il est impossible de faire quoique ce soit.

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