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My Sin

Lanvin

Flacon de My Sin - Lanvin
Les Classiques - Les grands disparus
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Plaisirs capiteux

par , le 6 janvier 2015

My Sin a été créé en 1924, six ans après la fin de la Grande Guerre et trois avant Arpège, toujours chez Lanvin, par une mystérieuse Madame Zed qui créera plusieurs parfums durant deux ans mais dont, malheureusement, il ne restera rien d’autre, ou presque. Mais, il est des auteurs qui restent célèbres pour une œuvre qui, si elle est unique, n’en est pas moins admirable, même plus de 25 ans après sa disparition. Ainsi, cette création reste, dans ses diverses concentrations, l’un des parfums les plus recherchés par les amateurs de vintages bien qu’il ait été arrêté à la fin des années 80.

Des aldéhydes fondus et peu cinglants accompagnent un bouquet floral d’un classicisme souvent déjà "entendu" qui évoque indéniablement Chanel No. 5, mais plutôt dans une de ses incarnations "d’avant", lorsque savon et fourrure étaient si bien entremêlés qu’ils ne pouvaient qu’intriguer fortement.

La rose et le jasmin, qui deviendront le couple tenant lieu de chef d’orchestre donnant le la de toute la parfumerie durant un siècle et annoncent quelques années auparavant Joy de Jean Patou, sont accompagnés d’iris poudré, d’ylang et de narcisse épicés, âpres et charnels pour offrir un effet savonneux d’une complexité d’un autre âge, celle d’un produit de soin qui ne serait pas totalement "net".

En effet, si les aldéhydes transforment le bouquet floral suave en savon crémeux ultra-luxueux, des notes animales savamment dosées, bien qu’à profusion, réchauffent la composition et apportent leur frémissement. Sorte d’ébullition, de mise en vibration du reste de la composition, qui fait basculer le savon vers l’aspect plus voluptueux de la fourrure.

Le parfum, qui peut évoquer l’hygiène par ces aldéhydes qui deviendront le marqueur de la propreté dans la plupart des savons d’une grande partie du XXème siècle, par un mouvement de retour sur soi, laisse transparaître une part de l’animalité qu’il est censé effacer, finalement convoquée ici comme une survivance de la bête qui sommeillerait dans l’humain, entre crasse et récurage.

Des muscs, probablement pas totalement immaculés eux non plus, prolongent encore cet effet en évoluant dans la sensation d’un nuage de talc poudré qu’on appliquerait sur une peau souillée.

Il y a certains parfums, je suis certain que cela vous est arrivé, dont on se dit durant quelques bref instants d’abord que cela semble presque puer un peu, puis, à peine cette idée a-t-elle émergé, qu’elle est remplacée par une séduction divine qui nous fait croire que l’on s’est initialement trompé. Musc Ravageur ou Shalimar peuvent faire éprouver cette étrange succession d’impressions qui confinent au dérangeant avant de basculer dans le sublime. My Sin également.

Un ami déclare avec un certain humour, non dénué de justesse, que ce parfum lui évoque "la "duchesse d’Arpège" qui aurait été froufrouter masquée derrière les rideaux du salon" (et qui réapparaîtrait la robe froissée, le cheveu et le maquillage un peu défaits...).

My Sin est ainsi doublement révélateur. De la parfumerie depuis ses origines jusqu’à nos jours. Par sa proximité avec Chanel No. 5, on ne peut s’empêcher de se dire que l’imitation, en parfumerie, "ne date pas d’hier". De plus, plutôt que "Mon Péché", le choix d’un anglicisme révèle également déjà un certain opportunisme en plein américanisme en cette sortie de guerre où les américains, sauveurs de l’Europe, seront à la fois l’incarnation d’un rêve à atteindre en même temps qu’un public à cibler.

Enfin, en forçant aux épousailles le propre et le sale, My Sin, s’il ne sera pas le premier parfum à confronter les dimensions opposées de la crasse et de l’hygiène, ce qu’elle cache et révèle en creux, sera l’un des chefs de file des parfums fourrure qui exposeront aussi crûment ces thématiques, permettant à sa suite à des parfums comme Bal à Versailles, Tabu ou Absolue pour le Soir et autres savons croupis ou orientaux crapuleux d’exister.

En traitant de la suggestion aux péchés capitaux de la chrétienté, My Sin se révèle être un parfum à la dimension érotique, jamais vulgaire mais pas exactement convenable, un peu décadent donc, qui interroge, sur notre fascination à l’égard de l’esthétique et du corps, à ce qui est de bon goût et ce qui est plus suspicieux.

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par , le 10 janvier 2015 à 03:58

Cher Thomas
Votre post me rappelle de très vieux souvenirs. Mais où avez vous déniché une pareille rareté ?
J’ai possédé un flacon d’extrait de My Sin. J’ai du l’offrir -hélas, je ne sais plus à qui
C’était il y a longtemps, mais comme vous savez bien on n’oublie pas vraiment un parfum. Je suis donc en train de replonger dedans.
Je ressens comme vous la (relative) proximité avec Chanel 5 (par les aldéhydes), avec Joy et surtout avec Arpège (de la même époque, pas l’actuel). Bien que plus sombre, My Sin partage avec Arpège quelque chose de ferme et lumineux. On pourrait dire qu’il a de la race, comme on le dit d’un vin. Fermeté et race que je retrouve aussi dans Scandal (le plus lumineux parmi les cuirs, ce n’est pas contradictoire). Fermeté, race et luminosité qui représentent pour moi la signature de Lanvin. Mais peut être je rêve, il faudrait les sentir à nouveau !
Plus que la fourrure, pour moi My Sin évoque la chair, la peau. Une peau aussi claire qu’Arpège, aussi fine, aussi propre ; une chair plus ferme, légèrement plus musclée, légèrement chauffée par le mouvement. En effet, on voit "la duchesse d’arpège" à peine décoiffée, à peine rosie, réchauffée par l’évocation d’un désir qui pourrait la troubler. La blancheur de la peau est intacte, mais son éclat diffuse des notes plus charnelles qu’Arpège

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par , le 15 janvier 2015 à 12:04

Bonjour Giovanni.

Quel plaisir de vous lire ici !
Encore une fois, c’est exactement cela.
Celles et ceux qui s’expriment à propos de My Sin maîtrisent bien leur sujet, ils savent parfaitement parler du parfum qui les fascine.
L’évocation de la chair, la "race", la "fermeté" et la "luminosité" sont bien des caractéristiques très vraies de My Sin et des parfums Lanvin de cette époque.
D’ailleurs, un certain Scandal devrait avoir lieu très prochainement sur AuParfum, introduit par le "spécialiste en vintages maison" avec son grand talent habituel. ;-)

Bonne journée.
À bientôt.
Opium

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Hermeline

par , le 8 janvier 2015 à 23:43

J’adore ce parfum, indéniablement sensuel, troublant, mais jamais vulgaire. Le choix du chat noir est parfait, tant il fait référence à la fourrure, celle de l’animal vivant d’ailleurs, et des mystères de la nuit. J’ai l’extrait en flacon carré et une edt, les deux sont belles, mais il est vrai que ce parfum a ses moments. Je me vois mal le porter en toutes occasions, quoique ma pudeur ne se manifeste guère pour les choix de parfums. On est un peu sur le fil du rasoir avec My sin, on sent qu’il pourrait basculer dans le trop, l’impudeur totale, mais non il garde juste ce qu’il faut de contenance pour ne pas tout dévoiler au grand jour. Cet équilibre fragile le rend encore plus attitant qu’une démonstration explicite d’une sensualité vulgaire et mal assumée. C’est en effet dommage qu’il ne se fasse plus, mais la clientèle d’aujourd’hui pourrait-elle, outre une minorité, vraiment l’assumer (un parfum d’adulte et non d’éternels ados)et l’apprécier ?

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par , le 15 janvier 2015 à 12:03

Bonjour Hermeline.

Voilà encore des mots parfaitement ajustés pour un parfum pas si simple à décrire tant tout est dans la maîtrise la plus totale.
C’est exactement cela : on croit que l’on va basculer dans le mauvais goût ; mais, non, on se maintient presque parfaitement. D’au-delà du sensuel vers le franchement érotique on ne franchit jamais le pas en direction du pornographique. La nudité, si elle est exposée, ne vire jamais au graveleux ici. ;-)
Je crains que, actuellement, ni les plus jeunes ni même certain(e)s plus âgé(e)s ne puissent apprécier My Sin, trop complexe, trop transgressif pour la plupart malgré son maintien dans le jeu érotique.

À bientôt.
Opium

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Farnesiano

par , le 7 janvier 2015 à 21:43

Opium écrit : "... on se dit durant quelques brefs instants d’abord que cela semble presque puer un peu, puis, à peine cette idée a-t-elle émergé, qu’elle est remplacée par une séduction divine... " Un parfum a déclenché en moi l’exacte sensation : Musc Tonkin de Parfum d’Empire. Ne connaissant pas My Sin, j’ignore si on peut le rapprocher de Musc Tonkin par l’un ou l’autre aspect. J’imagine le Lanvin nettement plus élégant, ne serait-ce que par son côté fourrure quand MT démarre de façon carrément animale, voire brutale, peau, chair et sueur intime directement offertes au désir. Deux variations de l’érostisme en parfumerie ?

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par , le 15 janvier 2015 à 12:02

Re-Bonjour pour la dernière fois Farnesiano.

La comparaison entre My Sin et Musc Tonkin est très judicieuse. Je n’y avais pas pensé, mais elle est juste.

Entendons-nous bien. L’un et l’autre ne sentent pas du tout la même chose. Mais, le feulement dans la sophistication les rapproche tous deux. Ce jeu entre ce qui est élaboré et construit et ce qui est dégradé et souillé est bien un élément commun dans les deux cas. L’érotisme assez explicite, bien qu’en aucun cas vulgaire, est fascinant dans un cas comme dans un autre. ;-)

À bientôt.
Opium

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Fairy47

par , le 7 janvier 2015 à 12:07

Dommage que l’on ne puisse plus sentir cette merveille ! Cette description m’attire tout particulièrement, tout autant que le chat noir (ou la panthère ?) qui accompagne le flacon sur la photo... D’ailleurs, cela va vous sembler étrange mais j’ai toujours aimé l’odeur de la fourrure de chat, l’odeur des chats en général (car ils sont propres, pas comme les chiens), qui participe de leur mystère... Une idée de parfum qui pourrait retranscrire l’impression laissée par ce petit félidé ?

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par , le 15 janvier 2015 à 12:01

Bonjour Fairy47.

My Sin peut être découvert à l’Osmothèque.
La réclame est d’une justesse rare. Le seul parfum qui me vient à l’esprit pour l’esprit fourrure serait Muscs Koublaï Khän... Et, à la rigueur, mais plutôt "fourrure" que "fauve", Bal à Versailles.

Bonne journée.
Opium

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dau

par , le 7 janvier 2015 à 09:20

J’adore My Sin, mais je ne le porte quasi jamais... Soyons honnêtes, cette impression de nudité sous fourrure et de me mettre un doigt en douce, en public, ça peut être un peu perturbant. Mais il reste un des petits trésors de mon armoire à parfum...

Mais que c’est plus joli que ces parfums qui joue l’animal et le sale au grand jour. Franchement, cette élégance me semble bien plus érotique, plus excitante, que les muscs de type "je suis à quatre pattes sur la moquette, prends moi vite" dont je me dis qu’il ne vont pas toujours beaucoup plus loin que le plaisir de choquer le bourgeois.

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par , le 15 janvier 2015 à 12:00

Bonjour Dau.

Je suis tout à fait comme toi et parfaitement sous le charme du type de séduction assez franche mais sans étalage de My Sin (même si des messages plus directs peuvent aussi, parfois, me satisfaire... ^^). L’érotisme est souvent plus excitant que la pornographie.

Tes mots m’ont fait, avec ceux de Cymoril, sourire (tant ils sont justes). Ce parfum révèle et recèle une forme de perversion assez jubilatoire. ;-)

Passe une agréable journée.
Opium

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Cymoril

par , le 6 janvier 2015 à 23:09

My Sin... Je crois que c’est un des parfums à l’érotisme le plus pointu pour moi ! L’élégance et la maitrise sont une véritable perversion ici. C’est tout simplement splendide ! Rien n’est étalé mais ça frissonne de partout, la possibilité d’une débauche, l’attente, la montée... Mais toujours ce corset en soie qui retient le souffle.
Rien n’est balancé de façon ostentatoire ou facile, la fourrure est là, racée, elle mène le jeu avec assurance et évidence sans avoir besoin de brailler pour exister. Oui, élégant et pervers !

Une de mes versions a conservé le nom français "mon péché", il faudrait que je me décide à le dater un peu plus !!!

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par , le 6 janvier 2015 à 23:37

Oh j’adorerais le croiser sur toi :-) (promis je ne te sentirai pas trop ostensiblement ^^)
Passe une très bonne soirée, à bientôt !
Potra

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par , le 6 janvier 2015 à 23:42

Ho, mais, ostensible ou non, ça devrait être possible ;-)
Belle soirée à toi Potra, à bientôt !

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par , le 15 janvier 2015 à 12:00

Salut Cymoril.

Tes mots sont, comme toujours, parfaits ! C’est exactement cela : une torture divine et lancinante.
Il faudra que je sente My Sin sur toi, de manière ostensible, je ne sais pas faire dans la discrétion, et tant pis si c’est un "péché"... ;-)

À très très vite.
Opium

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par , le 16 janvier 2015 à 19:17

Ayons le péché ostensible, sinon à quoi cela servirait-il ? ;-)

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potra

par , le 6 janvier 2015 à 23:01

Ah la douce torture du mardi soir... cette série sur les disparus est passionnante et si frustrante !

Merci de nous transmettre au moins l’histoire et l’esprit de ces parfums :-)
Bonne soirée
Potra

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par , le 15 janvier 2015 à 11:59

Salut encore Potra.

J’aime bien infliger cette torture-là... ;-)

Merci encore beaucoup.
Il est possible, pour moins souffrir de ne pas appréhender de quoi il s’agit vraiment, de découvrir cette merveille à l’Osmothèque.

Bonne journée.
Opium

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Farnesiano

par , le 6 janvier 2015 à 21:26

Un article terrible, qui intrigue, trouble, fascine, aussi beau sans doute que le parfum lui-même et aussi profond que le manque que nous ressentons tous au constat de ne pouvoir sentir cette merveille...

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par , le 15 janvier 2015 à 11:58

Bonjour encore Farnesiano.

Merci, merci, merci beaucoup.

Le parfum est plus fascinant et troublant que l’article qu’il a inspiré. ;-)
Il peut être découvert à l’Osmothèque à Versailles.
Très sincèrement, il mérite vraiment d’être découvert, senti et approfondi tant il insinue un trouble maîtrisé, presque perfide et lancinant. C’est indéniablement un chef d’œuvre du genre (c’est-à-dire de la fascination pour ce qui ne devrait pas l’être selon les codes sociaux de l’époque). ;-)

Encore merci.
À bientôt.
Opium

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