Auparfum

Olga Alexandre, de Parfum d’Ambre : "Le parfum est comme un trait qui relierait nos racines à nos aspirations spirituelles"

Auparfum s’est promené à Bruxelles, et y a rencontré Olga Alexandre gérante, aux côtés de son mari Hubert, de Parfum d’Ambre, boutique qu’ils ont créée il y a trois ans.


Auparfum : Êtes-vous originaire(s) de Bruxelles ?
Je viens de Biélorussie mais j’habite à Bruxelles depuis 18 ans. Hubert, quant à lui, est né à Namur, une petite ville extrêmement pittoresque et jolie en Wallonie et il habite à Bruxelles depuis qu’il a terminé ses études de philosophie et journalisme, depuis une bonne dizaine d’années.

Comment en êtes-vous venu au monde du parfum ?
Quand je suis arrivée en Belgique, j’ai dû recommencer un petit peu ma vie a zéro, j’ai fait entre autres des études de biochimie appliquée à la cosmétologie et à la parfumerie. J’ai aussi créé un petit laboratoire de recherche, tests et dossiers techniques cosmétiques. En visitant des salons professionnels, j’ai découvert l’univers des parfums de niche et j’en suis tombée profondément amoureuse.

Hubert, de son côté, a été attentif aux odeurs depuis son enfance, mais était plus passionné par les senteurs de caves, greniers, de forêts ou de mer que par les parfums. Son premier contact avec des parfums inhabituels a eu lieu à Londres, lors d’une visite du British Museum. Scents of time, une gamme aujourd’hui disparue, proposait des reconstitutions de parfums de l’Égypte des pharaons, de la Rome antique... Ensuite, il s’est intéressé de plus en plus aux parfums hors norme, jusqu’au projet d’ouvrir une boutique qui leur soit consacrée.

Comment définissez-vous votre boutique ?
Hubert et moi avons deux approches complémentaires du parfum. La boutique se définit par l’union de ces deux approches.
Pour ma part, ma première formation étant en neuropsychiatrie, j’ai tendance à voir le parfum comme un outil de bien-être et de développement de soi, un instrument d’expression aussi.
Hubert considère plutôt les parfums comme des œuvres d’art, de petits univers à eux seuls, à forte dimension narrative et évocatrice. Nous prolongeons cet aspect par des expositions et événements qui associent parfums et musique, parfums et arts graphiques...

Est-ce simplement une parfumerie ?
Non, c’est très important pour nous que la boutique soit aussi un lieu d’événements et d’animations. Nous accueillons expositions, concerts, rencontres avec des parfumeurs. Par exemple, en ce moment, nous accueillons une exposition sur la riche histoire de la maison Oriza L. Legrand, fondée en 1720 par le parfumeur de Louis XV.
Nous organisons également de nombreux ateliers, qui sont une excellent outil d’initiation au parfum. Au cours de l’atelier « Parfum et personnalité », nous invitons les participants à déchiffrer le langage des parfums, à choisir sa fragrance en fonction de ce qu’il veut révéler de lui-même. Nous proposons aussi de découvrir les rapports étroits qu’entretiennent parfum et gastronomie, explorons l’histoire de la parfumerie, ou encore comment rendre sa maison plus accueillante grâce aux parfums.

A ce sujet, vous proposez aussi un concept original de stylisme olfactif®, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Lors des ateliers, j’ai réalisé qu’il y avait une demande d’une approche plus individuelle et approfondie. Après des mois de lectures d’ouvrages de neurosciences, de psychiatrie, de sociologie consacrés à l’olfaction, de rencontres avec des professionnels (médecins, psychiatres, psychologues, olfactothérapeutes), j’ai élaboré mon système de test psychosensoriel. J’établis au départ un profil psychologique de la personne et en fonction de ses besoins actuels, on va chercher les senteurs qui pourraient améliorer différents aspects de sa vie : parfum de confort, parfum destiné à la sphère professionnelle, à la séduction, à une meilleure acceptation de soi,...

Après une consultation, une personne m’a dit : « en portant ce parfum, je vais avoir l’impression qu’il y a une troisième personne dans notre lit ». C’était très amusant et illustrait à quel point un parfum pouvait jouer un rôle important. J’ai la chance d’avoir de bons feedbacks : les gens reviennent et me racontent ce qu’il se passe dans leur vie. Les parfums peuvent agir comme des déclencheurs, mais ne sont évidemment qu’un des aspects d’un travail en profondeur. En olfactothérapie, on sait qu’une senteur peut exercer une influence très forte, et peut s’inscrire dans de nombreux types de thérapie.
A partir du mois de janvier, suite à une nouvelle formation récente, je propose également des séances d’olfactothérapie. Ici, l’insistance est encore plus grande sur la fonction du parfum comme outil de mieux-être.
Ce qui ne devrait pas surprendre les passionnés de senteurs, qui savent déjà que la parfum, même envisagé sous l’angle du plaisir, peut toucher des cordes très sensibles de notre être.

Comment choisissez-vous les marques avec lesquelles vous souhaitez travailler ?
Nous fonctionnons essentiellement au coup de cœur. Pour bien conseiller, il faut partager une passion. C’est, là aussi, une richesse d’être deux, que les choix soient le reflet de deux sensibilités différentes.
Nous sommes aussi attentifs à une série de valeurs : l’artisanat, l’engagement personnel, une production à taille humaine.
Nous cherchons un vrai engagement stylistique et esthétique. Nous aimons qu’une gamme ait une identité marquée, que l’on puisse lire la patte, voire l’âme d’un créateur dans ses parfums.
Nous essayons, enfin, de maintenir un équilibre entre les différentes approches. Nous aimons les parfums déroutants, à l’expression très forte, mais aussi des parfums à la belle simplicité, de jolis souvenirs d’enfance encapsulés. Nous veillons à ce que les novices comme les amateurs avertis puissent trouver de quoi s’émerveiller.

Comment avez-vous choisi le nom de la boutique, Parfum d’Ambre ?
L’ambre en soi est une matière que j’adore, c’est non seulement sensuel, profond mais dans les textures, c’est presque comme du velours, c’est chaud, il y a un aspect tactile dans cette matière. Ensuite, c’est une pierre, une résine fossilisée. En Biélorussie, c’est une pierre sacrée : on dit que c’est une larme de sapin qui tombe dans la mer baltique. C’est quelque chose de naturel, joli et mystérieux.

Quel type de clientèle fréquente la boutique et quelles demandes formulent-ils ?
Parfum d’Ambre c’est d’abord un lieu de rencontre. Beaucoup de clients sont des passionnés qui recherchent quelque chose d’exceptionnel. Nous avons même mis sur pieds un « cercle des amateurs de parfums » qui se réunit une fois par mois pour sentir des parfums, des matières premières, visiter des expositions... Mais il y a aussi des curieux qui poussent notre porte par hasard, ou qui participent à un atelier. C’est très agréable pour nous de les voir revenir et s’intéresser petit à petit à des créations moins faciles d’accès.

Comment conseillez-vous les clients ?
Depuis trois ans, j’étudie l’influence émotionnelle des odeurs et j’ai la chance extraordinaire d’avoir une formation en neuropsychiatrie. Je me base sur le caractère des personnes, les émotions qu’elles veulent exprimer. Les questions que je pose à la personne qui veut un conseil sera complètement différente de ce qu’elle peut attendre. Souvent, en fonction de signes discrets comme le langage corporel, et grâce à mon expérience, je peux conseiller aux clients des parfums vers lesquels ils ne se seraient pas tournés spontanément. Mais dans lesquels ils se retrouvent, naturellement.
Hubert conseille lui aussi en fonction de l’émotion suscitée, mais il a une approche d’esthète plus que de psychologue. Chaque parfum est pour lui une histoire, écrite par un nez, mais toujours redécouverte en fonction de la personne qui le porte, de sa peau comme de son histoire propre.

Avez-vous pu définir une typologie de ce qui se vend bien (ou mal) ?
Nous savons évidemment ce que nous vendons le mieux, mais nous résistons à toute approche quantitative et aux effets de mode. Ce que nous voulons avant tout, c’est que chacun puisse découvrir le parfum qui lui plaît. Il est évident qu’un agrume frais est plus facile à vendre qu’une audacieuse association tubéreuse/vétiver, mais notre rôle est justement d’amener nos visiteurs à apprécier des parfums moins évidents. La simplicité est un très beau choix, mais ça doit être un choix, pas une solution de facilité.

Quelle différence y a-t-il selon vous entre les parfums de peau et d’intérieur, du point de vue de la vente ?
Pour les parfums de peau, nous insistons sur l’émotion générée et la continuité entre personnalité et parfum.
Les parfums d’intérieur accompagnent plutôt les rythmes de vie, et l’on peut plus facilement utiliser une senteur inhabituelle, trop typée pour nous accompagner au quotidien, mais parfaitement adaptée à une pièce ou un moment.

Suivez-vous les blogs et les magazines sur le parfum ?
Bien sûr, que ce soit pour découvrir les nouveaux parfums et projets, ou pour lire l’opinion d’autres personnes, ce qui est toujours enrichissant. Nous suivons Fragantica, Auparfum, Parfumista, Basenotes, Now Smell This... et bien d’autres.
Mais nous aimons aussi prendre le temps de lire le plus possible de livres et articles consacrés au parfum et à l’olfaction. Pour ma part, mon attention est tout de suite captée par les molécules, la chimie, l’aspect scientifique de l’olfaction. J’ai envie de creuser toujours un peu plus.

Qu’est-ce que le parfum selon vous ?
Source de bien-être ou œuvre d’art, le parfum a de multiples facettes. Mais pour Hubert comme pour moi, le parfum est aussi quelque chose de profond, sacré, comme un trait qui relierait nos racines à nos aspirations spirituelles.

— 
Propos recueillis par Lauren Zaccaï, le 20 décembre 2015

Parfum d’Ambre
Rue du Bailli 45, 1050 Bruxelles - Belgique

Le site de Parfum d’Ambre

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par , le 23 décembre 2015 à 21:13

Formidable, j’ai visité votre boutique un soir de fin novembre, avec une de mes cousines bruxelloises, à la fin de la journée, proche de la fermeture,... le clou du jour parfumé !! pourtant riche en visite olfactives dans diverses autres boutiques.
Quelle passion , quel savoir , j’ai senti un puits infini et généreux de connaissances érudites , d’instinct et d’intuitions à la fois.
Sans aucun doute, je m’inscrirai à vos ateliers mensuels, je m’en réjouis déjà.
Bruxelles est belle et cette boutique fait absolument partie de sa beauté pour les passionnés de parfum, courrez-y !!!

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par , le 24 décembre 2015 à 11:25

Souvent, en lisant les articles et commentaires sur Auparfum, je me dis "Mais pourquoi donc est-ce que je n’habite pas Paris !" (Et à ce regret, il y a d’ailleurs d’autres raisons que le parfum...)
Après lecture de cette interview, ma nouvelle interrogation, c’est plutôt "Mais pourquoi est-ce que je n’habite pas Bruxelles !"
J’adorerais discuter avec Olga Alexandre. Le lien entre personnalité et parfum semble en l’occurrence dépasser de beaucoup le simple "développement personnel" : j’adorerais avoir des conseils de lecture sur le sujet neurosciences/parfum.
Si je vais à Bruxelles, c’est sûr, je passe par sa boutique.

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par , le 24 décembre 2015 à 14:22

Bonjour Garance,

Je suis Hubert, de Parfum d’Ambre. Heureux que l’article vous inspire, et bienvenue quand vous en avez l’occasion. Je demanderai à Olga de vous donner quelques pistes de lecture de son côté, mais je vous recommande déjà la lecture de flavourjournal.com, qui rassemble des articles unissant neurosciences et goût ou olfaction.

Bonne lecture et joyeux Noël !

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