Auparfum

Olivier Durbano, des parfums inscrits dans la pierre

par Jean-David, le 27 janvier 2015

Depuis 2005, Olivier Durbano crée des parfums inspirés des pierres.
Voyageur à la curiosité toujours en éveil, ardent spiritualiste, il est, depuis son enfance, épris des minéraux et de leur symbolique. Après des études d’architecture et de premières armes dans la décoration, il dessine en 2000 ses premiers bijoux en choisissant pierres dures et fines, qu’il assemble en des pièces uniques, baptisées pierres-poèmes. « Manière de dire, précise-t-il, que la poésie c’est l’âme ; que, derrière les choses, il y a quelque chose d’autre. »

Sa collection de parfums compte aujourd’hui dix opus, extrêmement distinctifs, pointus, polarisants, ayant en commun d’émaner d’une lente introspection, de mêler des matières nombreuses, fortement dosées, où sont tentés des alliages inattendus autant que fascinants.

Exemples : dans Améthyste, le raisin, la framboise et le poivre se fondent dans l’ambre et la vanille, le palissandre et l’iris ; Jade, symbole d’amour, de vertu, mais aussi de pouvoir absolu, jette sur la peau d’improbables fusées mentholées, soulignées de facettes intrigantes, thé vert, cardamome, cannelle, vétiver, maté ; Turquoise est une évocation marine très virtuose, où la myrrhe, la genièvre, le miel et l’encens suggèrent d’antiques réminiscences, héroïques et sacrées.

L’encens, ou plutôt les encens, voilà bien le fil rouge qui, outre l’inspiration minérale, relie toutes ces fragrances, et leur confère un caractère contemplatif et mystique. Si bien que le parfum se conçoit ici non seulement comme une parure que l’on se donne, un accessoire que l’on adopte, mais encore comme un tableau olfactif, hiératique et baroque, que l’on admire à la manière d’une œuvre exposée, avec une certaine gravité : ces parfums, manifestement surgis des profondeurs d’une intention, d’une sincérité palpable, invitent à la réflexion.

J’ai rencontré Olivier Durbano dans l’appartement du Marais où il expose ses bijoux et ses flacons, en surplomb d’une cour où le buis le dispute au magnolia. Il s’apprêtait alors à lancer son dixième parfum, Prométhée (Sortie sept. 2014). Voici cette conversation, qui fut pour moi un moment d’assez intense joie.

Olivier Durbano, êtes-vous, en matière de parfum, le produit d’une génération spontanée, ou bien y a-t-il, dans l’histoire de votre famille, quelque élément qui vous prédestinait à la création de parfums ? Seriez-vous né à Grasse ?

Non, mais pas loin, à Cannes. Mais il est vrai que je ne viens pas du tout d’une famille de parfumeurs. Toutefois, mes arrière-grands-parents, d’origine italienne, étaient venus vivre dans le sud de la France parce que mon arrière-arrière-grand-mère avait décidé de changer de vie, de s’installer à Grasse, précisément, et d’y cultiver des fleurs !

Une hérédité parfumesque !

Je ne sais pas, mais j’ai eu le sentiment de « raccrocher un wagon », de manière symbolique plus que réelle. Certes, il y a un lien.

Que représente pour vous le fait de se parfumer ?

Certaines personnes se parfument pour adhérer à un groupe, à une mode, comme on achète un sac, un vêtement. C’est aussi accéder à une étiquette que le vêtement ne suffirait pas à donner. Mais dans la parfumerie artistique, de niche, que je préfère appeler exclusive, on cherche souvent un parfum pour accéder à une dimension qui nous échappe. On peut appliquer beaucoup de mots à cette recherche ; pour ma part, je l’appellerais volontiers spirituelle. On peut ne pas avoir conscience du caractère spirituel de cette quête, mais dès lors que l’on cherche une identité qui est ailleurs, c’est que cette quête est au-delà de la mode. Cela touche à l’esprit, à l’aura, à l’âme. Je n’ai pas de certitude, mais je pense que c’est de cet ordre. Dans le domaine du bijou, c’est exactement la même chose. Lorsque j’ai commencé à dessiner des bijoux, j’avais déjà ce sentiment, mais l’expérience a confirmé l’intuition : c’est plus qu’un bijou, c’est au-delà d’un accessoire. Quand c’est un collier, par exemple, cela joue avec le visage, cela ouvre vers un ailleurs.

C’est une invitation au regard ?

J’aime bien les appeler parfois mes colliers de chaman. Sont-ils magiques ? Oui et non… mais oui !

Ce chemin initiatique commence par la pierre et se poursuit par le parfum.

Je ne l’ai pas choisi. La pierre m’accompagne depuis que je suis tout petit. J’avais cinq ans : j’ai fait un « caprice » auprès de mes parents, dans un marché à la brocante, en demandant qu’on achète un gros caillou gris. Ce fut le déclic. Je me suis passionné pour les pierres, non dans une quête de connaissance, mais de manière intuitive. Est-ce de la paresse ? Je trouve plus intéressant de ressentir que de savoir. Dans le parfum, il arrive souvent que l’on ne maîtrise pas ses réactions ; on ne sait pas pourquoi on aime ou non telle note, tel accord. On peut simplement se laisser aller à l’émotion.
Quand j’ai créé mon premier parfum, qui fut ma « première pierre », l’idée était de dire que le parfum reflète tout un univers. Je glane donc ce qui me parle dans l’histoire d’une pierre. Je retiens certains aspects, mais en délaisse d’autres. Ce premier parfum était Cristal de Roche.

Qu’est-ce qui, dans la pierre, vous a tellement touché, parlé, ému ? Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Auriez-vous ressenti une force, un magnétisme, un appel ? Y a-t-il entre vous une connivence ?

Je dirais : une reconnaissance. Elles me parlent. Donc elles m’attirent, et j’ai l’impression d’avoir déjà dialogué avec elles quand je les ai en main.

Diriez-vous que certaines se laissent plus facilement apprivoiser par vous, et donc plus facilement façonner… ou traduire olfactivement ?

Je dessine mes bijoux, mais après avoir choisi mes pierres, je les fais tailler. Je ne suis ni bijoutier, ni « nez ». Là encore, je ne sais pourquoi je veux travailler certaines pierres, certaines essences, et non d’autres. C’est purement intuitif.

Il n’y a pas de théorie.

Non, parce que pour moi ce n’est pas nécessaire. Les pierres, c’est un voyage. Elles ont quelque chose d’intemporel. Il y a un passé immense dans les pierres. Quand une pierre est neuve, elle n’est en réalité jamais neuve. Même si elle a été travaillée récemment, elle est issue d’une longue histoire. Quand une pierre est ancienne et a été travaillée il y a longtemps, elle est chargée aussi de tout son vécu.

Avez-vous toujours eu une personnalité créative ?

Oui, qui s’exprimait par le dessin. Curieusement, quand j’étais petit, je dessinais des plans ; mais c’est bien plus tard que j’ai fait tout le cursus de l’école d’architecture… alors que je n’ai jamais voulu être architecte ! Je l’ai fait pour apprendre à concevoir : c’est un bon apprentissage du processus de création ; avec des choses très variées, qui vont de la géométrie à la philosophie.

Diriez-vous que l’apprentissage de l’architecture vous a aidé à structurer vos bijoux et vos parfums ?

Cela m’a donné un état d’esprit, une manière d’équilibre, une faculté d’harmoniser les choses. L’inspiration première est une étincelle, mais en elle-même elle reste une simple potentialité si l’on ne lui donne pas une forme équilibrée.

Comment la pierre vous a-t-elle mené au bijou, et le bijou au parfum ?

Je faisais de la décoration, parallèlement à l’école d’architecture, quand, lors d’un voyage, j’ai « craqué » pour des pierres, et suis revenu avec un plein sac, sans savoir ce que j’en ferais. Quelque temps après, j’ai voulu en faire un collier, alors que je n’avais jamais rien fait de tel. J’ai créé mon premier collier, et là, il y a eu une sorte d’étincelle. J’ai continué, mais comme par jeu, sans intention de montrer ces bijoux ni de les vendre. D’une idée naissait la suivante, jusqu’au moment où j’ai eu vingt pièces. Un jour, un ami m’a encouragé à les montrer à une importante boutique de Lyon, où j’habitais : Solis, la boutique qui me faisait le plus rêver, qui vendait des vêtements de Dries van Noten, Yohji Yamamoto, Rick Owens – et où je n’avais jamais osé entrer jusque-là. La créatrice de la boutique, Suzy Wilner, m’a dit : « Je prends les vingt. » C’est ce qui m’a fait démarrer ; je n’imaginais pas faire des bijoux professionnellement, mais petit à petit, c’est devenu mon activité.
Je me suis davantage intéressé aux pierres, j’ai lu des livres qui s’y rapportaient, essayé de comprendre quelle en était la symbolique, et pourquoi cela me touchait tant. A partir de là, se dessine un univers, et cet univers peut être transposé dans le monde olfactif.

Il n’y a pas de correspondance calque entre pierre et odeur.

Une pierre n’a pas d’odeur. Mais ses légendes, sa symbolique, sont suggestives de senteurs… Il n’y a pas que les choses, il y a l’énergie qui porte les choses. Je suis persuadé que l’on peut puiser l’inspiration dans les racines de la pierre. C’est certes une chose que l’on ne maîtrise pas, mais il y a parfois une étrange proximité entre ce que les gens ressentent à partir d’un parfum et la pierre qui lui a servi de modèle.

Une sorte de vibration commune ?

Une logique, peut-on dire, une correspondance.

Mais vous n’avez pas un tableau précis de correspondances, comme Olivier Messiaen dans le domaine musical : des sons bleus, des sons oranges ?

Un tableau trop figé m’ennuierait. C’est parfois d’ailleurs pour se donner l’illusion qu’on comprend, que l’on cherche à tout systématiser. J’aime bien raconter l’histoire d’un bijou, d’un parfum, donner le ton, mais c’est ensuite à chacun de se l’approprier. De même pour une toile, puisque j’ai commencé aussi à peindre, par collage, par assemblage.

Troisième chapitre ?

En réalité j’ai toujours peint, mais ces différentes formes d’art tendent vers le même but expressif. Mes bijoux, mes parfums aussi sont des compositions, des assemblages.

Entre l’idée initiale de faire un parfum associé à une pierre – ou une pierre-poème, comme vous le dîtes – et sa réalisation, il y a tout un apprentissage ; comment avez-vous procédé ?

Je me suis fait aider par des chimistes. Ce travail d’équipe, j’en ai pris l’habitude à l’école d’architecture. Un architecte ne fait jamais rien seul, sans d’autres personnes qui ont de multiples compétences. Comme un chef d’orchestre. Ne pas tout savoir ne m’effraie pas ; je ne peux tout faire ; je fais une partie de la tâche, qui m’appelle, qui s’accorde avec ma personnalité. C’est pour ça aussi que mes parfums sortent au rythme d’un par an, chacun correspondant à une année de vie : c’est que je prends le temps.

Saviez-vous, dès l’abord, que le premier parfum s’appellerait Cristal de Roche, qu’il y aurait tel et tel composant ?

Le choix du cristal de roche comme première pierre était une évidence, parce que cette pierre représente la prise de contact avec le ciel ; c’est une pierre très utilisée en méditation. Une matière a ensuite été le fil conducteur de tous mes parfums : les encens, car ils ont la même symbolique. L’homme utilise l’encens pour se connecter. Je me suis aperçu que travailler les encens, dans les parfums, c’était créer cette idée du minéral, paradoxalement. Quand j’ai donc commencé à réfléchir précisément à un parfum, j’avais donc déjà une liste de composants dans la tête, composants dont chacun avait un lien avec un aspect de l’histoire de la pierre.

Cette liste est donc d’abord écrite, elle ne naît pas de l’expérimentation de mélanges !

En effet, ça part de l’esprit. Ce qui parfois, au début, avec certaines personnes associées à la formulation, créait des difficultés : « Ah, mais non, ce n’est pas possible », me disait-on. Et je répondais : « Si, si, si, on essaie ! » C’est aussi cela, la liberté. De plus, je n’ai jamais fait les choses pour les vendre. Cela peut paraître absurde, si longtemps après, mais je mets un point d’honneur à ne jamais prendre en considération le caractère vendable ou non. Qu’importe, de toute façon : je suis tout seul ! Si je ne vends pas, ce n’est pas grave !

Que voulez-vous dire par : « Je suis tout seul » ?

Je ne suis pas une grosse boîte, il n’y a pas de pression, je suis libre.

Précieuse liberté !

… qui me permet par exemple d’envisager des formules sans m’inquiéter des tendances du marché. J’évite, d’ailleurs, de sentir les nouveautés de la parfumerie. J’apprécie l’amitié d’Andy Tauer, comme j’aimais la regrettée Mona di Orio, sans nécessairement suivre pas à pas leur création.

Vraiment ? N’est-ce pas vous priver d’un point de vue intéressant sur l’état de la création ?

Quand vous commencez un chemin dans votre propre traduction de l’olfactif, c’est difficile de multiplier les points de vue. C’est la même chose pour les bijoux, je me détourne des tendances de la mode, cela me paraît nuisible.

Vous êtes donc davantage dans l’introspection, vous creusez votre sillon.

Oui, mais tout en étant très heureux que ce soit l’occasion de rencontres. Les créations ne sont que des supports, des médiats, qui amènent à la chose principale, la rencontre d’autrui.

Le parfum serait donc d’abord un moyen de communication ?

Ah, mais énorme ! Certaines personnes, presqu’à l’autre bout du monde, sont devenues des amis parce qu’il y avait entre nous le parfum ! Une personnalité américaine de la mode portait Tourmaline noire depuis des années ; ce parfum a fait de nous des amis. Toute ma vie est faite de rencontres ; tout ce qui m’a fait grandir vient des autres. Si un collier peut accompagner quelqu’un à un moment de sa vie, ou toute sa vie, si un parfum peut faire partie du chemin « initiatique » de quelqu’un – sans que ce soit nécessairement la même expérience que moi, son propre chemin –, c’est merveilleux.

Revenons au premier parfum, Cristal de roche : comment a-t-il été accueilli par le public ?

Que pouvais-je faire de ces flacons, alors que je ne savais pas vendre ? Je vivais alors à Lyon, et j’y avais une galerie. Le parfum était donc exposé en premier lieu dans cette galerie. L’accueil a été positif, mais très modeste, à l’échelle du lieu, mon petit nuage de clientes lyonnaises. Ensuite, la parfumerie Taïzo à Cannes – la plus ancienne parfumerie sélective de France, créée par Didier Pinier –, qui présentait certains de mes bijoux, a fait connaître ce parfum. A l’occasion d’un salon à Milan, j’ai croisé une superbe parfumerie, dont la responsable a, elle aussi, voulu présenter cette création. Un ensemble de rencontres, donc… mais c’est en somme un long parcours : dix ans, en septembre, pour le lancement de mon dixième parfum. Dès le premier, j’avais annoncé qu’il s’agirait d’une collection.

Vous aviez posé votre première pierre…

Comme le petit Poucet, une pierre après l’autre.

Comment cette collection s’est-elle donc constituée au fil des années ?

Je ne le voyais pas comme ça quand j’ai commencé, mais il m’apparaît, rétrospectivement, que c’est un parcours : le premier, Cristal de Roche, est le commencement d’une quête, une tentative de connexion avec le ciel. Tout cela peut paraître pompeux, pesant…

Le spirituel fait partie de la vie…

Quand on commence dans cette voie, on a besoin de se sentir protégé : l’Améthyste est cette première protection, douce. En avançant, on recherche une protection plus forte, une pierre ancrée dans la terre, la Tourmaline noire ; dans cette quête vers le ciel, il y a aussi une nécessité de garder les pieds sur terre. Quand on a amorcé ce mouvement, des voyages dans le temps, dans l’espace, s’amorcent, peut-être aussi dans des vies antérieures : le Jade nous ramène donc dans la Chine antique, la Turquoise en Egypte. Au terme de ces voyages, on est plus apte à ouvrir son cœur : c’est le Quartz rose, ma traduction de la compassion, de l’amour.

Arrive la septième année : la septième eau de parfum sera parallèle à la première : le Cristal de Roche est un mouvement de nous au ciel, la Citrine un mouvement du ciel à nous. C’est un parfum solaire. On commence à recevoir une lumière. L’Héliotrope était la pierre de Babylone, les prêtres s’en servaient pour faire des présages. Cette pierre d’oracles suggère un parfum d’intuition. Après avoir reçu la lumière solaire, on peut être plus réceptif à l’inspiration. C’est une pierre double dans sa coloration, un jaspe sanguin, une pierre complexe.
Le chiffre 9 marque une fin de cycle, le début d’un autre ; le neuvième parfum s’essaie donc à l’évocation de la Pierre philosophale, ou tout au moins son amorce : nous ne la possédons pas encore ! Mais je suis persuadé qu’elle existe : il y a toujours des alchimistes contemporains. Il ne s’agit pas seulement de transformer un métal en or, mais de transcender le mal en nous, l’élever au bien. C’était donc pour moi une manière de dire qu’il y a toujours l’envers des choses : le sens des choses, ou leur énergie.

Tourmaline noire est assez explosif…

Le noir, ici, n’est pas du tout associé à l’idée du négatif, du mal. Cette pierre, qui ressemble à un morceau de charbon, je la trouve très intéressante. On en parle comme d’une pierre de grande protection, contre toutes les mauvaises ondes, le mauvais œil, les mauvaises énergies, les courants électriques… C’est aussi la pierre de l’enracinement dans la terre. L’idée était donc de se situer entre terre et cendre, mais d’une manière extrême. Je crois que tous ces parfums demandent du temps pour être apprivoisés, pour se les approprier. Ils se mettent en vie, ont besoin de prendre vie. C’est un peu difficile, il faut les appréhender, patiemment, ressentir… Au départ, c’est peut-être même un peu trop ! Mais quand, ensuite, l’évolution du parfum au cours de la journée fait apparaître de nouvelles facettes, c’est une histoire qui se raconte.

Quant au dixième parfum, il ne porte pas le nom d’une pierre mais, pour la première fois, celui d’un mythe : Prométhée. Est-ce le signe d’une nouvelle orientation dans votre création ?

En réalité, le mythe de Prométhée est directement lié à la pierre : avec Athéna, il crée les hommes à partir de boue transformée en roches ; pour avoir volé le feu sacré de l’Olympe, qu’il a caché dans une tige de fenouil afin de le rendre aux hommes, il est condamné par Zeus à être enchaîné à un rocher du mont Caucase. Libéré par Héraclès, il fait la première bague du monde avec une roche et le bronze de ses chaînes. Depuis 2005, de pierre en pierre, la dimension symbolique est la ligne directrice de mes inspirations, que la pierre soit réelle, mythique ou, cette fois, liée à une figure mythologique... Il est bien possible que, la prochaine fois, je revienne à une pierre réelle, à son inscription dans un mythe, ou à un autre thème. Cela reste ouvert. Il y a également beaucoup de lieux, liés aux pierres, auxquels j’ai souvent pensé, qui m’ont marqué. J’ai souvent eu envie de traduire ces souvenirs de « lieux de pierre ».

Par quel biais avez-vous cherché à traduire le mythe de Prométhée ?

Cette transposition n’a rien de littéral, il s’agit plutôt de traduire une atmosphère, en superposant plusieurs images de la vie de Prométhée. J’ai retenu des notes boisées, anisées et ambrées, notamment avec le fenouil, bien sûr, le myrte, le ciste, le cèdre, le vétiver, la myrrhe, l’ambre gris, et un cœur de lys du Caucase, de narcisse, de lavande absolue et de sauge russe… Sur le papier, cela semble assez masculin ! Mettons cela sur le compte du personnage pris pour modèle, mais des femmes l’ont adopté, aussi bien que des hommes.

N’êtes-vous pas gêné par la législation, qui limite de plus en plus certaines matières premières ?

Pour l’instant, nous n’avons pas eu à changer nos formules. Il y a parfois des variations que nous imposent les matières elles-mêmes, mais les compositions restent les mêmes. Le cas échéant, on s’adaptera ; mais la vibration continuera. On pourrait bien sûr se révolter contre tout cela, mais il y a tant de choses révoltantes : quelles sont les révoltes prioritaires ?

Jade ne ressemble à rien de connu, ce déploiement de menthes est une sorte d’OVNI olfactif…

Peut-être parce que je fais exactement ce que j’ai dans la tête, en ne me souciant de rien d’autre.

N’est-ce pas, au fond, la définition du luxe ?

C’est vrai : le luxe, pour moi, c’est une personnalité, un univers, une qualité, une exclusivité. Sans être un guerrier, s’il faut se battre, battons-nous pour ça. Les changements actuels, c’est vrai, ne sont pas sains, ils sont dictés par des lobbies ; on ne communique pas assez sur ce thème, d’ailleurs, mais ce n’est pas notre rôle. C’est celui des journalistes.

Quant aux concentrations : pensez-vous que vos eaux de parfum et vos extraits soient différents, dans leur image olfactive ? Est-ce seulement une question d’intensité, ou bien diriez-vous que la forme diffère ?

Je pense que l’évolution est différente. Mais le fil conducteur et le cœur sont identiques. J’ai commencé par des eaux de parfum, car c’est ce que je préfère porter moi-même, une concentration à 20% me va très bien. Les extraits ne sont apparus que dans un second temps : il y a un an, j’avais fait de petites séries de l’un, puis de l’autre de ces parfums, pour expérimenter une concentration plus forte. C’est une autre manière de se parfumer. Certains aiment utiliser les deux. L’extrait est à 40%, et c’est un produit encore plus luxueux. J’ai trouvé que c’était un joli développement de la collection. Mais l’histoire, l’univers, l’énergie sont les mêmes.

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Isabelle

par Isabelle, le 30 janvier 2015 à 17:32

J’ai découvert ce créateur grâce à un échantillon de Tourmaline Noire qu’un ami m’avait fait passer et j’ai été immédiatement séduite. Depuis, de passage chez Jovoy, j’ai pu en tester plusieurs et j’ai craqué pour le bel encens de Cristal de Roche.
Une bien belle collection, en effet, même si les couleurs un peu vives de certains jus me retiennent un peu (toujours peur de tacher les vetements ...)

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par Jean-David, le 31 janvier 2015 à 21:32

Bonsoir Isabelle. En effet, Tourmaline est un tour de force. Cette fumée enveloppante, qui s’élève d’un feu de bois, avec un fond de oud et de patchouli, a quelque chose de spectaculaire. Il partage avec le très beau Serge Noire de Serge Lutens ce côté danse du feu, mais va plus loin dans l’introspection, à mon sens. C’est le prochain Durbano de ma wish-list !
Cristal de roche est l’un des plus beaux encens que je connaisse, tellement scintillant, riche de facettes virevoltantes, de reflets sur la peau ; et curieusement, il n’a pas de réelle connotation religieuse, je ne sens pas de référence à une église, à la différence de Cardinal de Heeley, ou d’Avignon de Comme des garçons. Oui, nous sommes là dans des compositions très investies émotionnellement, on sent que beaucoup de cœur , beaucoup de soi y a été mis.
D’accord avec vous pour certains colorants, en particulier le rouge d’Héliotrope, qui est un peu vif. Toutefois, d’après ce que j’ai pu voir, mes cols de chemise n’ont pas été teintés (attention, en revanche, au délicieux Myrrhiad de 8ème Art !).

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Jean-David

par Jean-David, le 30 janvier 2015 à 07:48

Merci à tous ceux qui ont mis un petit coeur à cette interview ; à Jeanne, première lectrice enthousiaste ; à Dominique pour sa mise en page et en ligne (et sa légendaire patience) ; et, tout de même, en premier lieu, à Olivier Durbano sans qui cet entretient n’eût carrément pas été possible !
N’hésitez pas, camarades auparfumesques, à écrire ce que tout cela vous inspire, et, pour ceux qui auraient eu l’occasion de découvrir les parfums de cette collection "minérale", comment, en vous, cela respire. Pour ma part, j’ai les deux premiers opus, Cristal de roche et Améthyste, que j’aime tant pour l’originalité de composition que pour leur propriété méditative, sans parler du sillage et de la tenue sans faiblesse. On peut trouver toute la gamme chez Jovoy, qu’on se le dise !

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par Thelittlebox, le 30 janvier 2015 à 11:05

A noter que les parfums de Monsieur Durbano sont disponibles dans la Black Box de chez Jovoy.
Pour découvrir c’est vraiment sympa : 5ml x 5 parfums pour 30€

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par dreamparfum, le 24 avril 2017 à 09:35

C’est une très belle interview d’Olivier Durbano, avec qui j’ai déjà eu l’occasion de discuter aux travers de quelques mails.
Je suis d’accord avec vos propos Jean-David. Je viens d’ailleurs de recevoir la black box de chez Jovoy, avec 5 parfums d’Olivier Durbano : Améthyste, Jade, Tourmaline, Turquoise et Cristal de Roche.
Au moment où j’écris ces lignes, j’ai apposé Cristal de Roche il y a quelques minutes. Je peux d’ors et déjà affirmer que c’est un parfum étonnant. Les notes épicées se ressentent immédiatement (notamment le poivre) mais ne prennent pas au nez. Il dégage à la fois quelque chose de fumé et de légèrement zesté, c’est étrange... L’encens (la fameuse durbanote) se fait également déjà ressentir. Je verrais ce qu’il en sera au fil de l’évolution, mais il m’apparait comme un encens lumineux, qui n’a en effet aucune connotation religieuse, et c’est un plus.
Je pense que ses parfums doivent être à l’image des pierres dont il s’inspire : énigmatiques et originaux, qui se ressentent plus qu’ils ne se comprennent.

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