Auparfum

Épisode 4 - Un mouchoir et une voilette trouvés après la pluie

par - - - , le 9 juillet 2014

(Cet article fait partie de notre Saga Guerlain)

Chers lecteurs, les procès de Shalimar, de Jicky, ainsi que les quelques digressions théoriques que nous avons partagés avec vous ces dernières semaines, sont les cas les plus médiatiques de la Saga Guerlain. Mais ils ne couvrent cependant qu’une partie de l’iceberg. Quel iceberg ? Celui que notre assemblée de passionnés est partie explorer avec Thierry Wasser et Frédéric Sacone, les parfumeurs de la maison Guerlain, pour appréhender un patrimoine essentiel à la compréhension de la parfumerie.

En effet, ce sont bien 25 parfums reconstitués selon leur formule d’origine qui nous ont été présentés et qu’il nous faut exposer. Évidemment, nous aurons encore l’occasion de nous attarder sur quelques précisions théoriques ainsi que sur une affaire en particulier ; mais dorénavant, les audiences des parfums Guerlain seront plus animées ! En effet, certains jurés présents lors de cette folle journée vont se faire entendre sur auparfum : bulletins secrets, confessions murmurées et diatribes enflammées, ces rapports à plusieurs voix vont constituer la majorité du reste de la Saga. Un nouvel épisode sera donc synonyme de trois parfums appelés à la barre, et autant de débats.

La preuve à charge pour Mouchoir de Monsieur est un fragment de lettre écrite par Dau, du blog à la recherche. Ses liens avec le parfum accusé sont encore à étudier. En attendant, Frédéric Sacone fait défiler les touches du parfum de 1904 repesé.

Mouchoir de Monsieur - 1904 - par Dau

Mouchoir de Monsieur fut-il sorti en 2004 qu’il se serait appelé "Jicky, l’eau de parfum", ou le "Mouchoir de Jicky". Il aurait bel et bien été ce que nous appelons un flanker. En 1904, Mouchoir de Monsieur trouve sa place chez Guerlain et illustre à merveille le principe des formules à tiroirs qui s’est beaucoup pratiqué : des pans de formules qui voyagent d’un parfum à l’autre, qui sont réutilisés dans des contextes différents ou très proches. (Même si l’intégralité du "tiroir Jicky" n’a pas été versé dans "l’armoire Mouchoir de Monsieur", à la manière dont on se vide les poches en rentrant chez soi, une bonne part du contenu s’y trouve bien.)

Ces deux frères se ressemblent beaucoup. La fougère de Jicky, qui étend la lavande sur un fond animal, est franchement androgyne, ambiguë. Mouchoir de Monsieur reprend le thème de façon moins nette, plus sourde, de façon plus conventionnelle pourrait-on dire. L’ambiguïté a disparu, c’est un dandy, classique, élégant et retenu, qui est allé chez le barbier le matin. Mais, depuis, il est passé chez une cocotte, on peut encore sentir le parfum de la femme sur lui, un mélange de parfum, fleuri et poudré, et de chair nue, animale. L’équilibre repose sur la discrétion du parfum et sur l’art qu’avait Jacques Guerlain de fondre les notes, d’envelopper l’animalité et de la rendre présentable.

Hélas, le temps fut cruel pour Mouchoir de Monsieur, lui faisant subir une petite cure d’amaigrissement qui le dépare. Moins d’enrobage, un côté pisse franchement net qui peut gêner, tant parce que l’animalité est dérangeante que parce qu’il est devenu un peu caricatural. Il souffre également de l’ombre de son aîné. Pourtant, mature et élégant, ce Monsieur vaut encore le détour. Y compris pour ceux qui n’aiment pas Jicky et qui seront peut-être surpris.

Les réactions autour de Mouchoir de Monsieur ne se font pas attendre. Gardant le silence et faisant fi des discussions agitées, Frédéric Sacone continue son rituel silencieux. De nouvelles touches défilent. Sautant sur l’occasion, Opium - que l’on ne présente plus sur auparfum - rebondit sur la lettre de Dau en parlant de cette Voilette de Madame que nous découvrons tous ensemble.

Voilette de Madame - 1904 - par Opium

Parce que Guerlain est une marque qui a innové dans de nombreux domaines, la communication ne devait pas faire exception. Il en est de même pour ses lancements. Si, avec Mouchoir de Monsieur et son tiroir "Jicky" (souligné par le fragment de lettre retrouvé précédemment), on a pu observer auparavant les prémisses de ce que deviendront les futurs flankers, avec Voilette de Madame, parfum lancé la même année que celui qui affichait un ciblage plutôt masculin, ce sont les déclinaisons "Pour Femme" et "Pour Homme" qui sont préfigurées en 1904, permettant de proposer une paire de parfums destinée, pourquoi pas, à un couple qui aurait l’envie, qui sait, d’être parfaitement assorti.

De son association autour d’un bouquet floral qui sera l’archétype d’une belle part de la parfumerie féminine durant des décennies, entre jasmin, fleur d’oranger, ylang ylang, on retient d’abord surtout une rose et une violette qui se font très cosmétiques et crémeuses, rappelant que le bâton de rouge à lèvres ne date pas d’hier (mais, plutôt, d’avant hier, La Rose Jacqueminot de 1904 et Voilette de Madame se battant au coude à coude pour le titre de "premier cosmétique" !).
Girofle à odeur d’œillet, cassie, muscs et ambre gris soufflent leur haleine un peu chargée sur ce bouquet et lui évitent la niaiserie des floraux pour jeunes filles. Le jasmin se fait ainsi dense et voluptueux, équilibrant une partition très poudrée qui échappe donc à l’impression gaine et bas de contention.
La rose, poudrée et avec une sensation très matière, conservera des nuances amères de bergamote "brute" (accompagnée de verveine) durant des heures ; on y sentirait presque le feuilletage des différents étages rosés depuis les facettes citronnées initiales jusqu’aux impressions savonneuses type Camay et Dove de la clôture de ce ballet de notes.
Les notes animalisées, moins caricaturales qu’on pourrait l’imaginer (comme on l’a vu précédemment dans les cas de Jicky et Mouchoir de Monsieur), attribuent une certaine androgynie au parfum ou, tout au moins, nous rappellent que la féminité, à l’époque, n’était pas synonyme de mièvrerie. (On retrouvera ce type de démonstration avec Voilà Pourquoi J’Aimais Rosine dans quelques semaines...)
Sur son fond alliant mousse et tonka, la fragrance annonce déjà l’Émeraude de Coty et, donc, fait siffler les premières trompettes qui dévoileront Shalimar vingt ans plus tard, sans ses inflexions de cuir fumé ni d’hyper vanille ; pour autant, les premières notes sont parfaitement "audibles". Par son cœur floral poudré de rose géranium et d’iris posé sur un lit ambré, prototypique d’Habit Rouge et Chamade, on voit se dérouler un arbre généalogique remontant plus loin, et dans des branches plus rares, qu’on l’imagine habituellement.
Signant une trajectoire depuis Jicky jusque Chamade en passant par divers autres, Voilette de Madame se révèle donc être vraiment un parfum de transition.

Plutôt que d’évoquer une image d’Épinal, les femmes portant ombrelles et voilettes de la Belle Époque, Voilette de Madame fut ainsi nommé car les parfums se portaient encore, et ce jusqu’en 1910 et dans les années qui suivirent, sur les vêtements, foulards, étoles, mouchoirs, pour messieurs, et voilettes pour mesdames. Le geste du parfumage sensuel, délicatement appliqué au goulot à même la peau, faisant couler une mince goutte d’extrait le long de la nuque et des poignets, n’était pas encore devenu le prototype de l’imagerie fantasmée qui permettra d’écouler les flacons par millions ensuite.

Sur ces images invitant à la rêverie, les personnes présentes n’eurent pas le temps de laisser leur esprit gambader trop longtemps. En effet, alerte et attentif, Frédéric Sacone fit poursuivre immédiatement avec les touches d’un parfum très attendu...
Perdus dans les voiles perturbateurs et orientaux de Shalimar, Jicky et quelques autres, notre groupe de passionnés scrutateurs commençait doucement à comprendre que cette enquête allait nous mener plus loin que nous n’osions réellement l’imaginer. Notre émerveillement n’avait fait que commencer, et petit à petit, il devenait évident que nous ne savions presque rien. Comme ce fut le cas pour Jicky quelques minutes avant, Après l’Ondée représentait, parmi la communauté des passionnés, un mastodonte, un dinosaure, une pointure du genre, une œuvre majeure et intouchable. La tension était à nouveau palpable… et c’est Poivre Bleu qui s’est lancée pour la raconter

Après L’Ondée - 1906 - par Poivre bleu

Après L’Ondée, lancé en 1906, fut l’un des premiers représentants de l’influence qu’ont pu avoir (et qu’ont sûrement encore) les arts visuels sur la composition en parfum. En l’occurrence, l’assistance s’est plus ou moins accordée à dire qu’Après L’Ondée pouvait être perçu comme un parfum « impressionniste » : ce mouvement pictural est notamment caractérisé par […], l’utilisation d’angles de vue inhabituels, une tendance à noter les impressions fugitives, la mobilité des phénomènes climatiques et lumineux, plutôt que l’aspect stable, (réel) et conceptuel des choses, et à les reporter directement sur la toile. (Selon la définition de Wikipedia)

Descendant de Jicky par une tête aromatique de lavande et de romarin, accompagnée de notes anisées et filant sur un cœur plus chaud et épicé, Après L’Ondée se démarque tout d’abord par le fait que sa composition s’attache à rendre compte d’un moment, d’une ambiance, d’une atmosphère. Il se distingue en cela de la représentation d’une matière noble (Cuir de Russie), d’un être idolâtré (Jicky), d’un objet social (Mouchoir de Monsieur, Voilette de Madame), ou d’une civilisation ou d’un pays fantasmé (Shalimar)... Il tente, avec une subtilité et un doigté d’une souplesse rare, de photographier une conjonction de phénomènes naturels et apparemment simples, provoquant chez le spectateur une vague d’émotions éclatantes, comme le fera L’Heure Bleue six ans plus tard. Après L’Ondée, c’est un tableau vivant de couleurs et de lumières uniques, retranscrit en parfum.

Et par cette inspiration, la composition prend alors une tournure bucolique et poétique, que l’on teintera d’un sentiment diffus, joyeux ou triste, selon les prédispositions du spectateur. Cette sensation est touchante car nous l’avons tous connue, quel que soit notre milieu, notre époque et notre éducation. La lumière et les couleurs pastel de la scène se fondent dans une héliotropine (note amandée douce) et une violette qui tissent une trame du début à la fin, et sur laquelle a été brodée toute la construction. A la tête un peu verte, brillante d’aromates et de bergamote, succède un cœur floral tendre de rose, d’aubépine et d’œillet, mais aussi de mimosa et de cassie, dont on sent presque les pompons vous caresser les joues et qui semble vaporeux par l’humidité ambiante qui se dégage de ses pétales. Les notes fleuries, piquées d’une giroflée à la fois montante et moelleuse (l’iso-eugénol présent dans le clou de girofle est un précurseur de la vanilline) retombe enfin sur l’un des plus beaux fonds irisés de toute l’histoire du parfum, ou scintille alors un iris blanc et brumeux, paré de quelques notes santalées et vanillées, mais aussi musquées.

Vous l’aurez peut-être compris, les grands coupables de la version actuelle d’Après L’Ondée sont l’eugénol et l’iso-eugénol, aujourd’hui fortement réglementés, qui faisait alors le lien avec la rose, la vanilline. Mais au registre des absents, on peut aussi citer les muscs nitrés, qui par un grand retour de cape, jetaient sur la composition d’alors un fondu et un liant caractéristique qui ne devait pas être étranger à la sensation pastel de ce parfum. (L’aldéhyde anisique pourrait être un énième absent. C’est qu’avec une formule de plus de cent ans, les membres apparaissant sur la photo de famille se font plus rares...) Après L’Ondée 2014 a vu son piquant et son moelleux perdre nettement en puissance. Sa tonalité pastel n’est plus aussi touchante qu’auparavant, et il manque un peu d’humidité à ce tableau. Mais il garde néanmoins, grâce au travail mené sur les matières premières, une excellente qualité de naturalité, et notamment d’iris (iris pallida), que l’on ne saurait bouder, quand on sait combien sont nombreux les imposteurs à réclamer les notes irisées dans leurs formules.

Trois parfums du début du XXème siècle viennent de se présenter à notre tribunal. Les jurés commencent à bien se connaître et ils parviennent à trouver une mécanique d’analyse du patrimoine olfactif. Comme pour éviter une routine, Thierry Wasser se lève, attend que le silence s’installe et s’exprime : "Alors, elle est pas belle notre parfumerie moderne ? Eh bien attendez, vous n’avez pas encore senti ceci !". D’on ne sait où, il sort un flacon réservant une nouvelle surprise, une incroyable surprise.
A la semaine prochaine...

(Cet article fait partie de notre Saga Guerlain)

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ghost7sam

par , le 22 octobre 2014 à 20:30

Après une longue période d’hibernation estivale -en termes de rédaction- je tenais à partager mon ressenti sur ces créations de Guerlain, que j’ai découvert seul avec Françoise, la responsable de la boutique du 68.
Après une visite des lieux, nous nous installons dans un magnifique salon de l’ancien appartement des Guerlain.
Je retranscris ici les notes prises lors de cet entretien, ayant eu lieu en Juillet.
Soyez indulgents avec les probables erreurs de jugement ; n’étant pas technicien j’essayais juste de décrire une impression.

Mouchoir de Monsieur - 1904
Un départ Cologne, la signature masculine par excellence -et encore plus il y’a 100 ans. Une signature que l’on retrouvera déclinée dans plusieurs autres parfums de cette ’collection’. Ensuite se développait un effet cuir, peut être le mariage de ces notes fraîches avec des muscs naturels, salins, un peu animaux. Cet homme est un Homme.

Voilette de Madame - 1904
Si je me souviens bien, ces 2 parfums sont lancés en même temps, comme un couple passant sous le dais nuptial. Je n’en suis pas certain mais je crois me souvenir que ce duo a justement été composé pour un couple d’ami de JG se mariant. Ici j’ai une violette poudrée, avec une rose qui montre ses atours. Ma première impression pour cette rose a été "géranium" justifiant un côté androgyne, en sachant que la rose et le géranium partagent une molécule en coloc : le linalol.
En parlant de violette, on la retrouve dans beaucoup d’autres créations de JG dans cette série.

Après l’ondée - 1906
Je reconnais ce parfum à son aspect anisé et humide. La personne avec qui j’ai eu le privilège de sentir la saga m’a avoué, au détour de quelques confidences et digressions, que c’était son parfum. J’y retrouvais aussi une sensation aromatique et aussi notre bonne vieille violette. Je comprends tout à fait le mot ’bucolique’ pour cette création mais je ne vois pas vraiment un jardin naturel mais plutôt domestique, comme le jardin d’une belle maison de campagne après une pluie normande.

— -
Je continuerai à retranscrire mes notes sur les autres articles de la saga, mais une chose m’a frappée dès la fin de cet entretien.
On parle de "guerlinade" en évoquant la bergamote, l’iris, la violette, la fève tonka, la vanille... mais pourtant ces matières ne sont pas toujours réunies pour pouvoir parler de guerlinade. Mon impression a été qu’il y’a comme plusieurs guerlinades. Comme si Jacques Guerlain piochait parmi ces matières pour établir sa signature. Certaine fois la guerlinade est très dans l’esprit Shalimar, baumée sensuelle et vanillée, et d’autres elle est plus violette poudrée, légère et féminine "gentiment"


peace

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Thelittlebox

par , le 11 juillet 2014 à 15:20

Bonjour à tous,

A vous lire depuis ces quelques épisodes, il semble bien que les Guerlains vintages soit, d’une manière générale, plus fondus et plus crémeux, plus enrobées que les versions actuelles. Pour autant, ses anciennes versions sont-elle plus lourdes et compactes ? Plus « grasses » ? Moins fraîches ?
Je me demande ce qu’en penserait le public des versions vintages aujourd’hui.

Guerlain, sa guerlinade, ses formules à tiroirs, cela donne l’impression d’unité dans la collection. Les parfums semblent avoir la même structure, si l’on aime c’est banco, sinon….
A ce titre vous nous montrez bien, tous les trois, que chacun des parfums est le descendant d’un autre, et le parent d’un suivant. Je me mets a imaginer que Guerlain c’est un parfum de base, et que chaque sortie est une évolution de la précédente.
Cela illustre joliment l’évolution de la parfumerie.

On pourrait croire que Guerlain fonctionne de la sorte par facilité, mais ils nous ont prouvé qu’ils savent faire de beaux parfums qui ne ressemblent pas à ce que la maison propose habituellement. Je pense à Champs-Elysées notamment que je trouve superbe et qui n’est pas tout Guerlinesque, et la Petite Robe Noire dans une moindre mesure.
Probablement d’autre que je ne connais pas.

Merci,
Thelittlebox

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par , le 15 juillet 2014 à 21:05

Bonsoir encore Thelittlebox.

Bon, je vais tenter de vous donner mes réponses sur mes ressentis à moi, mais, si mes camarades souhaitent intervenir, surtout, qu’ils ne se gênent pas hein... #appeldupied ^^

A propos de la texture et tessiture des parfums re-pesés, je dirais que vous avez utilisé le bon terme : "enrobés", c’est ainsi qu’ils sont davantage. Ils paraissent plus fondus effectivement, plus denses aussi, compacts mais sans être trop lourds. En tous les cas, ils sont évolutifs, simplement leur course se joue plus lentement, les matériaux, s’ils évoluent, le font plus lentement. Les parfums ne sont jamais engoncés ; riches, oui, mais jamais balourds.
Probablement du fait des matières, l’évolution ne se fait pas en 2h30 comme c’est le cas aujourd’hui dans la parfumerie contemporaine, toujours trop pressée (comme le reste de notre société et comme nous en avions déjà discuté ailleurs... ^^). On se situe à une époque où les parfums accompagnaient celles et ceux qui les portaient durant toute la journée et même davantage parfois. Les parfums se devaient d’être frais au matin, plus floraux au cœur de la journée et intenses et animalisés en soirée. Au final, le parfum évoluait comme le cycle d’une journée et suivait, que cela soit voulu ou non, le rythme circadien de manière somme toute logique.

Ensuite, à propos des parfums "hors codes de chez Guerlain", vous avez tout à fait raison. On pourrait citer Nahéma qui n’était pas tout à fait dans le style "guerlinade" / "à la Guerlain" (et ne sera pas présenté ici), mais encore quelques autres aussi. (Quoique, Nahéma s’orientalise sur le fond, mais, se "guerlinise" peu malgré tout par des facettes moins diverses).
Pour le moment, ont été présentés encore peu de parfums. A partir de la semaine prochaine, trois parfums par semaine seront présentés, le rythme des parfums concernés va s’accélérer. Mais, avant cela, il fallait poser quelques bases et principes afin de mieux appréhender la suite.
Puis, par un retour en arrière, nous reviendrons à la fin sur certains éléments vus. Et, je crois ne rien trop dévoiler en vous précisant que, lors du survol de la vingtaine de parfums qui vont être abordés durant près d’un mois et demi ensuite, nous serons confrontés à deux grands cas de figure : des parfums qu’on pouvait imaginer peu dans la signature de la maison et des parfums affichant de manière bien plus marquée les traits de la famille "Guerlain". Mais, il y aura quelques surprises... (Des parfums dont l’histoire nous compte des différences qui seront moins dissemblables que prévu et un parfum, surtout, qui aura de l’intérêt par son grand éloignement des chemins habituels de la maison, ce qui expliquera peut-être le "statut" de ce parfum a posteriori.) Et puis, bien entendu, il y aura les entre-deux, ceux qui ont bien des traits de famille "à la Guerlain" mais sans qu’ils soient des caricatures de Jicky ou Shalimar.
Mais, avant de nous éloigner des modèles mythiques, rapprochons-nous de l’un d’entre eux... et ce, dès demain tiens ! ^^
En espérant que la poursuite de ces évocations sera toujours agréable pour vous...
A bientôt.
Opium

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par , le 15 juillet 2014 à 21:54

Eh, ban, vous savez comment monter la tension...vivement demain.

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par , le 17 juillet 2014 à 05:54

Salut TheLittleBox !

Votre interrogation est très intéressante. Je vais d’abord rejoindre Opium : les originaux étaient construits sur une durée plus importante qu’aujourd’hui, impliquant un déploiement que l’on considérerait aujourd’hui comme plus lent. Néanmoins, je pense être plus radical dans l’appréhension de la fraîcheur : si les originaux sont plus texturés, je les considère aussi plus "frais" que ce que le marché propose aujourd’hui !

En effet, la richesse et le traitement des naturels comme des synthétiques plus hesperidés ou verts (voire certains floraux frais) permettent des envolées beaucoup plus scintillantes et indépendantes que les actuels, moins consistants en brillance et surtout à l’heure où planent les ombres des fonds des parfums dès les dix premières minutes passées ( c’est saisissant avec l’Eau de Magnolia de Frédéric Malle : si la tête hespéridée est d’une singulière virtuosité, presque aussi fraîche et facettée que d’anciennes eaux, très vite vient planer l’ombre des bois ambrés les plus effrayants de la Terre, sans mesure et sans autre intérêt que de faire durer une pseudo fraîcheur, alors dépecée de toute naturalité et de toute beauté).

Du coup, quand on sent un Pao Rosa, un Sous Le Vent ou une Fleur de Feu chez Guerlain (que nous traiterons dans la saga), on a trois fraîcheurs complètement différentes (une hespéridée, une verte et une aldéhydée), et beaucoup plus "fines et légères" que ce que l’on pourrait croire. Quant à ce que pourrait penser le "grand public", je me suis amusé à faire tourner les touches dans mon amphi d’étudiants de chimie (qui ne se rendaient pas compte un seul instant de l’importance de ce qu’ils sentaient, j’ai pensé aux lecteurs d’auparfum qui ne peuvent pas sentir ces bijoux à ce moment là en me disant "dire qu’il y en a qui seraient prêts à porter le dernier flanker Cacharel pendant une semaine pour sentir cela"). Bien évidemment, beaucoup ont dit "ça sent fort" et "ça sent la vieille" (forcément, ça ne sent ni le sucre, ni le déo, ni le shampooing). Mais quand on cherche à creuser, j’ai souvent "c’est épicé", "ça pique le nez" et ils remarquent vraiment la capacité que certains ont à se diffuser dans l’espace. Intéressant, ils ne remarquent pas l’animalité et surtout, quand ils comparent à l’aveugle une repesée et une version actuelle (testé avec Shalimar et Après L’Ondée), ils préfèrent systématiquement... La repesée !

Quant à l’écriture Guerlain, j’avoue être plutôt un "Guerlinade-sceptique". Il y a évidemment certains gimmicks, certains clichés que l’on entrevoit chez Guerlain, mais ils sont déconstruits plusieurs fois par décennies. Je crois plutôt qu’une écriture Guerlain dépend de son parfumeur, qu’en ce sens un Guerlain de Jacques est différent d’un Guerlain de Jean-Paul mais aussi d’un Guerlain de Mathilde, Maurice ou Thierry. En revanche, j’ai tendance à croire qu’il y a une forme d’écriture Guerlain non-codifiée que chaque parfumeur interprète. Je ne suis pas clair, ce que je dis c’est que je ne pense pas qu’il y ait une Guerlinade d’écrire comme on peut le lire (les fameux "six ingrédients de la Guerlinade") mais plutôt que les parfumeurs ont une vision de l’écriture Guerlain, et que leur composition reflète cette appréhension plus abstraite du parfum tout en y insufflant des thématiques personnelles (c’est criant chez Roucel qui traite l’opulence et la générosité et y déploie une texture très lumineuse toute personnelle, L’Instant et Insolence étant des parfums très Guerlain mais différents des canons un peu trop restrictifs de ce qu’Opium nomme "les sous Shalimar").

Je ne suis pas sûr d’être parfaitement clair, n’hésitez pas si vous voulez que je précise ma pensée sur certains points :)

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par , le 18 juillet 2014 à 15:17

Bonjour,

Je suis d’accord avec mes petits collègues, bien sûr : réduire Guerlain a quelque matière et à du réemploi de formule, c’est peut-être commettre une erreur. Parmi les parfums, et je parle des versions actuelles encore en vente, beaucoup ne rentre pas vraiment dans ce moule. Et même si on tient compte des seul parfums de Jacques. Bien sûr, il y a des ingrédients communs parfois, mais il y a surtout un effet qui est plus une signature du parfumeur qu’une signature maison comme dit Jicky. Forcément quand en plus vous avez appris le métier avec votre prédécesseur, il y a des chances que vous ayez des choses en commun avec lui, surtout quand vous avez passer des années à peser ses formules... Mais il me semble qu’il y a surtout un effet, une esthétique générale qui se dégage, assez enveloppante et flatteuse pour celle ou celui qui le porte et passablement aguicheuse.

Même les parfums plus froids ou frais chez Guerlain me semble faire du charme.
Vous me direz que c’est souvent pour charmer qu’on met du parfum, mais pensez aux parfums Chanel de l’époque Beaux et vous y verrez pas mal de hauteur et de raideur, quand aux créations signées Germaine Cellier, s’ils vous font du charme, c’est surtout en vous mettant des claques. Il y a des amateur du genre, mais enfin, Guerlain flirt beaucoup plus aimablement à mon nez.

Oui, il y a un style personnel, peut-être même une école mais comme un peintre ne peint pas toujours le même thème dans le même registre de couleur, dieu merci.

Mais ce qui me dérange surtout dans cette vision des choses, c’est qu’elle est particulièrement sclérosante, puisqu’à chaque sortie, on attend, on réclame, la même chose qu’avant, sinon on boude. Ce genre de chose conduit Guerlain à sortir toujours plus de vanillés, de gourmandises orientales et sexy (je caricature à peine) en prenant un minimum de risques. Et là, je ne vois plus l’intérêt... À quoi servirait une maison qui ne ferait que décliner son patrimoine, l’indétrônable Shalimar surtout ? Dieu merci, il y a toujours eu de la variété chez Guerlain. Sans ça, la maison n’aurait probablement pas tenu. elle s’est mise à toutes les modes pour traverser les époques et il y a eu des parfums pour tous les genres. (Bon, Guerlain n’a probablement jamais sorti un parfum punk, je vous l’accorde.)

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par , le 21 juillet 2014 à 22:31

Bonsoir à tous,

C’est avec beaucoup de retard que je vous remercie tous les trois pour vos retours, vos appréciations permettent de mieux saisir ce que peuvent sentir les vintages #joie

Je crois que j’imagine bien le développement d’un vieux Guerlain, plus enrobé à l’évolution plus lente qui nous laisse d’avantage de temps de découvrir et de l’apprécier. Cette évolution lente qui doit jouer un fondu bien incroyable... Quelque chose de moins fuguasse et de beaucoup plus présent. Je l’imagine plus sensuel et plus opulent également.

Un parfum présent toute la journée, ça me laisse rêveur. J’ai furieusement envie d’un Shalimar vintage maintenant , je vous envoi la facture !?

Merci également vous votre analyse de ce qu’est Guerlain, c’est intéressant, et ça le sera encore d’avantage à la fin de la saga, lorsque nous pourrons en tirer des conclusions. Je ne reviendrais pas ici d’ailleurs. Et puis ça dépoussière un peu l’image de la parfumerie de mémé que peut évoquer Guerlain.

Je vous rejoins, Dau, sur ce qu’est l’utilisation de la formule à tiroirs, ou guerlinade. Ce sont des effets, des associations intéressantes. Il s’agit d’avantage d’obtenir un effet donné, que de copié un parfum.
J’y reviens encore (nous en avions discuté avec Opium), mais cela me fait penser à l’utilisation des « sucres » (au sens large) en pâtisserie. Pour le gout, pour la texture, pour le décor, pour les réactions chimiques, nous disposons de dizaine de ces sucres différents. C’est le résultat de leurs combinaisons avec d’autres éléments qui sont recherchés. Les combinaisons sont connues et utilisées, mais le résultat final est différent d’une pâtisserie/parfum à l’autre

Au plaisir,
En m’excusant pour l’orthographe.
Thelittlebox,

PS : petite remarque de la part de Jicky sur laquelle j’ai percuté : « trois fraicheurs différentes, une hespéridée, une verte et une aldéhydée », la fraicheur est un mot qu’il faut éviter en parfumerie, ça n’a pas vraiment de sens, pour moi la fraicheur se limitait à "hespéridé"… vous voyez ;D

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