Auparfum

Vero Kern : "Ce que je cherche dans un parfum, c’est la complexité, l’originalité, la persistance entêtante".

par , le 28 mars 2008

Vero Kern, parfumeur et aromatologue, est la créatrice de la marque Vero Profumo qui propose sur son site une petite série de trois parfums hautement concentrés, Onda, Kiki et Rubj, élaborés avec un style et un savoir-faire de grande parfumerie traditionnelle. Elle nous dévoile aujourd’hui, dans le cadre de nos Questions bien senties, son parcours, son travail et son regard sur la parfumerie avec passion et sincérité.

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De votre diplôme de préparatrice en pharmacie à Vero Profumo, vous avez eu un parcours plutôt atypique. Pouvez-vous nous en parler ?

A l’époque où j’ai choisi ma profession, il émanait encore des pharmacies cette odeur unique d’herbes séchées, de réglisse, de mélanges insaisissables, de poussière, d’eau de Cologne classique... et c’est justement ces senteurs indéfinissables et mystérieuses qui ont exercé sur moi leur fascination et ont influencé mon choix professionnel, plus encore que le côté artisanal des préparations sur ordonnance ou le contact avec la clientèle. Elles ont donc constitué, pour ainsi dire, la base de ce qui allait devenir plus tard mon désir de créer des parfums.

Par la suite, alors que j’avais changé de métier et travaillais dorénavant dans l’aviation civile, j’ai eu l’occasion de beaucoup voyager et ma mémoire olfactive s’est enrichie des « parfums lointains du vaste monde ». Un précieux « arsenal » où je peux toujours puiser au moment de composer mes créations.

Enfin, le choix d’élaborer mes propres parfums signifiait un « retour aux sources » sous d’autres auspices : des odeurs originelles de la pharmacie aux effluves de la parfumerie. Vero Profumo est l’aboutissement logique de ma longue histoire d’amour avec les parfums, de mon activité d’aromatologue et de ma formation de parfumeuse à Paris.

Onda, Vero Profumo

Il est rare de devenir parfumeur aussi tardivement. D’où vous est venue votre motivation ?

J’ai débuté ma carrière de parfumeuse il y a près de dix ans. L’un dans l’autre, voilà donc près de vingt ans que je travaille sur des matériaux olfactifs. Le désir et la motivation de créer des parfums sont nés durant toutes ces années de pratique de mon métier d’aromatologue.

Après de longues recherches, j’ai enfin trouvé chez « Cinquième Sens » à Paris le cadre idéal pour me former. L’école était dirigée par sa fondatrice, Monique Schlienger, qui avait appris son métier auprès de Jean Carles, que je considère comme l’un des parfumeurs les plus important du vingtième siècle.

Pourquoi avez-vous choisi de créer votre marque plutôt que de travailler pour une marque déjà installée ?

À cette époque, le monde de la parfumerie avait déjà beaucoup changé sous l’effet de la globalisation et aucun produit ni marque existante n’arrivait à me convaincre.

Ma propre inclination me ramenait toujours vers la parfumerie traditionnelle française. Je voulais à tout prix composer mes créations dans ce sens. Ce que je cherche dans un parfum, c’est la complexité, l’originalité, la persistance entêtante. Outre le savoir-faire technique, cela demande de la fantaisie, de l’intuition et une certaine liberté artistique décomplexée dans l’accentuation des notes et le choix des composants.

Entre la création des parfums et les phases de fabrication et de commercialisation, comment s’organise votre travail ? Avez-vous une équipe autour de vous ou gérez-vous tout toute seule ?

À l’heure actuelle, je fais tout moi-même : création et distribution, production du parfum (y compris la mise en flacon et l’étiquetage), secrétariat. Par moments, cela peut être très intensif.

Vous semblez aimer les belles matières. Quelles sont celles que vous préférez travailler ? et celles que vous détestez ?

J’aime les notes florales profondes du jasmin, de la fleur d’oranger ou de la tubéreuse et tout ce qui rappelle la « peau ». Surtout les muscs, les baumes, le vanilline… J’adore travailler le vétiver. Par ailleurs, les notes animales me fascinent littéralement. Non seulement parce qu’elles fixent bien le parfum, mais aussi parce qu’elles lui confèrent une dimension érotique supplémentaire.

Il n’y a aucun produit que je déteste vraiment.

Vos créations (production artisanale, grande qualité des matières premières, un certain classicisme olfactif) sont en décalage avec la plupart des parfums actuels. Quel regard portez-vous sur le marché de la parfumerie en 2008 ?

Avec 700 à 800 nouvelles créations par année, il est très difficile de définir les tendances actuelles de la « parfumerie ».

Des produits comme ceux que je propose ne peuvent êtres fabriqués qu’en très petites quantités. Ils n’intéressent donc nullement le marché conventionnel, mais beaucoup, par contre, certains amateurs de parfum qui apprécient et recherchent tout ce qui est particulier.

Selon vous, pourquoi les grandes marques ont-elles aujourd’hui autant de difficulté pour produire des parfums à la fois durables et de qualité ?

L’immense majorité des nouveaux parfums lancés sur le marché, et qui retournent bien vite à l’oubli, s’appuient sur une stratégie marketing destinée à des consommateurs sans cesse à l’affût de quelque chose de nouveau, du dernier stimulus olfactif, une attitude que l’on pourrait qualifier de zapping olfactif !

Par ailleurs, on a pu assister ces dernières années à l’émergence d’un segment misant délibérément sur le luxe : éditions limitées, rééditions de vieux produits, exécutions personnalisées de parfums pour un public particulièrement exigeant.

Pensez-vous, comme Isabelle Doyen (1), qu’un parfum ne puisse pas être critiqué, comme un livre ou un film ?

Au fond, TOUTE critique est subjective, qu’il s’agisse de films, de pièces de théâtre, de livres ou de parfums.

Sans parler de tous ces guides gastronomiques ou œnologiques, assortis quelquefois de classifications par points... il faut bien alors avoir un « nez » critique.

Face à l’énorme quantité de nouveaux parfums lancés chaque année, une critique olfactive vraiment professionnelle serait la bienvenue. Cela aiderait les amateurs éclairés, les connaisseurs, à se faire une meilleure idée. Je ne serai pas étonnée de voir des guides spécialisés dans les parfums haut de gamme faire bientôt leur apparition dans ce secteur.

Comment imaginez-vous votre marque dans quelques années ? Aspirez-vous à une diffusion plus importante ou souhaitez-vous qu’elle reste confidentielle ?

Aucune distribution à grande échelle n’est prévue pour les produits Vero Profumo. Les parfums seront vendus exclusivement dans de rares endroits choisis. A l’avenir, j’espère juste pouvoir élargir un peu la palette actuelle.

Quand sortira votre prochaine création ?

Dès que les trois produits existants seront bien implantés sur le marché, je développerai de nouveaux parfums. Combien de temps ce processus de création me prendra-t-il ? Je ne peux le dire à l’avance. Mais je prendrai le temps qu’il faudra.

Zurich, 25 Février 2008/vero kern

Le site Vero Profumo

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Thelittlebox

par , le 1er juillet 2015 à 17:01

Il semble que Vero travaille sur un nouveau parfum (d’après son facebook) !!!

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Améthyste

par , le 26 juillet 2011 à 18:17

Salut à tous. Avec un peu de retard je vous l’annonce : Vero m’a dit que normalement, elle sera distribuée en France à partir de mi août. C’est une chouette nouvelle !!!

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Améthyste

par , le 2 avril 2011 à 15:58

Merci pour l’info Jicky ! en effet c’est une très bonne nouvelle !!! vivement !

PS : ça fait plaisir de te revoir, te relire est toujours aussi intéressant !

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par , le 2 avril 2011 à 16:31

Eh bien merci =)

Je vous dis si j’ai plus d’infos...

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Améthyste

par , le 2 avril 2011 à 14:39

Bonjour Jeanne, ça me fait plaisir de vous lire, depuis le temps que je n’ai plus mis de commentaires. Oui comme vous dites c’est dommage qu’en France elle n’arrive pas à se faire distribuer, mais je suis sûr que ça viendra. Nous verrons bien comment ça évoluera par la suite, mais je lui souhaite la meilleure réussite possible.
Pouvez vous me donner quelques noms si ça ne vous dérange pas de marques niche qui ne servent parfois pas à grand chose comme vous dîtes ? je pose la question parce qu’au niveau de leur histoire il y en a pas mal que je connais désormais, mais pas au niveau olfactif.

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par , le 2 avril 2011 à 15:20

Véro Kern m’avait dit que probablement elle serait distribuée en France au cours de l’année :D !!!

Si c’est pas une bonne nouvelle !

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Améthyste

par , le 31 mars 2011 à 14:47

Bonjour à tous. ça fait des mois que je n’ai plus fait de commentaires, sans doute parce que je n’ai plus eu l’occasion de sentir des parfums que je ne connaissais pas encore, et qui plus est de marques moins connues. Mais j’ai souvent visité le site. Et bizarrement, il y a deux jours, je me suis informé sur toutes les marques présentées sur le site et je ne croyais pas qu’il y en avait autant qui pourraient m’intéresser. Et Vero Profumo en fait partie. J’ai beaucoup apprécié l’interview sur Vero Kern, et je dois dire que j’ai été très touché par ce qu’elle a dit. On sent que c’est une femme sensible à l’intelligence fine. J’ai visité son site et je le trouve très intéressant, elle a une vision bien à elle pour créer ses parfums. De plus, je trouve qu’elle a beaucoup de courage de tout faire elle même, ça ne doit pas être évident. Je trouve sa démarche très bien, car elle ne s’adonne pas aux lois du marketing et autres, elle a quelque chose d’unique, et c’est tant mieux. Je préfère largement des marques qui ont vraiment quelque chose de personnel et qui ne gaspillent pas leur temps à la médiatisation et toutes ces choses. Vero Profumo fait certainement partie de celles là, celles qui sont uniques en leur genre et qui ont vraiment une démarche personnelle.

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par , le 1er avril 2011 à 22:15

Bonsoir Dreamparfum, vous prêchez une convaincue ! C’est en effet une personne qui gagne à être connue, ses qualités humaines se reflètent dans ses parfums, et c’est vraiment dommage qu’elle n’arrive pas à se faire distribuer en France, quand on voit toutes les marques niche qui pullulent, et certaines qui ne servent parfois pas à grand chose...

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Jeanne Doré

par , le 4 mai 2009 à 23:55

Ravie qu’ils vous aient plu, Tambourine. Des parfums qui ont une âme, c’est tout à fait ça !

J’ai hâte de découvrir la suite du travail de Vero Kern, et attends avec impatience sa distribution en France, où elle aurait je pense un succès certain.

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par , le 4 mai 2009 à 15:54

après avoir testé ces trois parfums, je trouve vraiment encore plus intéressante la démarche de Vero kern. j’ai personnellement beaucoup aimé Rubj, mais les trois ont une touche en effet vintage, une âme qui les distingue de ce qu’on voit aujourd’hui.

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par , le 3 avril 2008 à 20:20

C’est la première fois que je commente ici mais je suis votre site depuis longtemps déjà...
Je suis ravie de la reconnaissance que Vero Kern rencontre de plus en plus dans la blogosphère parfums, et enchantée de la retrouver ici. J’ai eu le privilège de la rencontrer et je peux confirmer l’impression que dégage votre entretien : celle d’une femme chaleureuse, sensuelle, généreuse et d’une intelligence très fine, dont les compositions traduisent la réelle profondeur. Son Onda, vetiver cuiré à fond miellé, a quelque chose d’à la fois profondément rassurant — un odeur terreuse et animale — et de très troublant. Les parfums de Vero ont une âme. C’est rare aujourd’hui.

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par , le 4 avril 2008 à 20:53

Bienvenue sur le forum !
Je suis heureuse également de lire un peu partout des avis plus que favorables sur les créations de Vero, j’espère que cela incitera les internautes à commander ses parfums les yeux fermés !

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